Trop d’alcool ou de somnifères: attention danger

Dernière mise à jour 15/10/22 | Article
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Alcool, médicaments: c’est un fait, de nombreuses personnes âgées ont une consommation excessive de ces substances, voire en sont dépendantes. La crise du Covid-19 a accentué le problème.

À chaque âge ses dépendances. Celles des personnes âgées concernent principalement l’alcool et les médicaments. Sans compter les seniors, beaucoup plus nombreux, «qui ont une consommation excessive de ces substances. C’est un problème qu’il ne faut pas sous-estimer», constate la Pre Barbara Broers, médecin-adjointe dans l’Unité de dépendance du Service de médecine de premier recours des Hôpitaux universitaire de Genève (HUG). 

Après la retraite

On estime qu’un tiers des personnes âgées qui souffrent d’une alcoolodépendance ont développé cette addiction après la retraite. Parmi elles, «il y a celles pour qui la boisson était associée aux congés», constate la Pre Broers. Lorsqu’elles cessent de travailler, elles ont tout le loisir de multiplier les apéritifs et se mettent à consommer de plus en plus. D’autres sont affectées par la perte de proches, la maladie ou la dépression et «boivent pour se remonter le moral. C’est alors qu’elles peuvent développer une dépendance». La pandémie de Covid-19 a aggravé la situation. La crise sanitaire se prolongeant, «elle a engendré un isolement qui a incité certaines personnes à boire davantage», constate l’experte. 

Cela est d’autant plus inquiétant qu’à mesure que l’on vieillit, on réagit de plus en plus fortement à l’alcool, car le métabolisme change. La quantité d’eau dans le corps diminuant, l’alcool se trouve moins bien dilué. «Pour une même quantité d’alcool ingurgitée, le taux d’alcool dans le sang est donc plus important», précise la professeure. Ce phénomène explique en partie pourquoi la dépendance s’installe plus rapidement chez les seniors que chez les plus jeunes. 

Pas plus d’un verre par jour

La toxicité de l’alcool se manifestant dans tous les organes et tissus, une consommation excessive peut provoquer de multiples maladies, notamment des cancers, mais aussi des pathologies gastro-intestinales, des troubles du sommeil et des problèmes neurologiques susceptibles d’impacter les facultés cognitives. «À court terme, l’esprit est moins clair et les réflexes diminuent, ce qui augmente le risque de chutes et d’accidents de la circulation. À plus long terme des problèmes neurologiques qui accroissent encore ce risque peuvent survenir», constate la Pre Broers. 

Par ailleurs, l’alcool interagit avec divers médicaments qui, comme lui, sont métabolisés dans le foie. Sans compter que leur action cumulée peut avoir un effet délétère. C’est notamment le cas des médicaments contre l’hypertension ainsi que des somnifères à base de benzodiazépines, «dont les effets secondaires, en particulier l’endormissement et les vertiges, sont exacerbés par l’alcool», poursuit l’experte. 

Pour toutes ces raisons, «la recommandation, du point de vue de la santé, est de ne pas boire du tout», indique la Pre Broers. Mais, soucieuse de ne pas tomber dans l’excès, la spécialiste préconise «de ne pas boire plus d’un verre par jour et cela, pas tous les jours. Dans les situations festives, on peut prendre deux ou trois verres, mais ensuite il est conseillé de faire plusieurs jours de pause». 

Ne pas arrêter sans se faire aider

Certains médicaments provoquent, eux aussi, une dépendance. C’est notamment le cas des benzodiazépines (psychotropes utilisés pour lutter contre les insomnies et l’anxiété) et de certains antalgiques employés contre les douleurs neuropathiques. «Quand on les prend tous les jours, le corps s’y habitue, explique Barbara Broers. Comme dans le cas de l’alcool, il est donc conseillé de ne pas en consommer quotidiennement pour ne pas perdre sa "liberté de choix" envers la substance.» 

La recette pour lutter contre la consommation excessive d’alcool ou de médicaments passe, une fois encore, «par l’adoption d’une bonne hygiène de vie: une activité physique régulière, une nourriture équilibrée et un sommeil régulier», précise la professeure. En cas de dépendance, «on ne doit pas arrêter seul de consommer, car cela peut être dangereux. Mieux vaut en parler à son médecin et ne pas hésiter à se faire épauler en participant à des groupes d’entraide ou en faisant appel à des spécialistes, de psychoéducation par exemple. Et surtout, ajoute l’experte, trouver une activité qui donne du sens à sa vie».

En chiffres: dépendance chez les seniors 

Alcool: en Suisse, 5% de la population adulte est dépendante à l’alcool. Quant à sa consommation régulière, elle augmente avec l’âge. D’après le Monitorage suisse des addictions de 2012, environ 22% des personnes âgées de 65 à 74 ans et 26% de celles ayant plus de 74 ans boivent tous les jours. Par ailleurs, 7% des 65-74 ans ont une consommation chronique à risque (c’est-à-dire plus de 40g d’alcool par jour pour les hommes et plus de 20g pour les femmes). 

Médicaments: près de 15% des plus de 75 ans font usage d’antidouleurs forts et environ 18% de somnifères et de tranquillisants. 

Sources:

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Paru dans Générations, Hors-série «Comment rebondir… dans son corps, dans sa tête, dans son couple, dans sa famille, dans sa vie», Octobre 2022.

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