Un verre, ça va…

Dernière mise à jour 31/08/15 | Article
Un verre, ça va…
Un nouveau concept, la consommation contrôlée, séduit les professionnels romands de la santé pour lutter contre l’abus d’alcool.

Trop boire n’est pas toujours synonyme d’alcoolisme. «La population suisse comprend 5% de personnes dépendantes à l’alcool, mais aussi 15 à 20% dont la consommation est jugée «excessive»», relève Thierry Favrod-Coune, médecin alcoologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une consommation excessive consiste à boire plus de 21 verres standards par semaine pour un homme, et 14 pour une femme, sans être dépendant (voir encadré).

Mais comme pour les 5% de la population dépendante à l’alcool, cette consommation importante a toutefois un impact négatif sur la qualité de vie et celle de l’entourage. Elle expose, par exemple, ces personnes à un risque accru de cancers, de maladies cardiovasculaires et du foie, de dépression ou encore d’anxiété.

Mesurer sa consommation

Un verre standard contient 10 g d’alcool pur. Ce qui correspond à:

  • Une bière (5°) 25 cl
  • Un verre de vin (12°) 10 cl
  • Un apéritif (20°) 6 cl
  • Un alcool fort (40°) 3 cl

Privilégier l’autonomie

Pour limiter ces atteintes, les professionnels de l’addiction ont constaté que le discours centré sur l’abstinence ne fonctionnait pas. Trop moralisateur, il est en décalage avec le vécu concret des personnes concernées. C’est pour cette raison que des programmes dits «de consommation contrôlée» sont désormais proposés.

Plusieurs méthodes existent, mais Alcochoix+ est la plus utilisée en Suisse romande. Ce parcours comprend six semaines d’activités que l’on effectue avec le soutien d’un thérapeute ou de manière autonome, après une consultation. Une personne qui entreprend ce programme commence par observer sa consommation. Elle apprend à compter les unités d’alcool qu’elle ingère et les note. Elle repère ensuite les situations où elle risque de boire plus que ce qu’elle souhaite, et réfléchit à ce que lui apporte (ou non) la boisson dans ces cas-là. Elle élabore enfin des stratégies pour faire face à ces situations et fixe un objectif de limitation d’alcool.

Pas pour les dépendants

Cette approche renverse délibérément les rôles entre le soignant et le patient. «Nous disons aux gens qu’ils sont les experts de ce qui est bon pour eux. Nous privilégions l’autonomie, ajoute Thierry Favrod-Coune. La personne est entièrement libre de fixer l’objectif qu’elle souhaite, quand bien même il dépasserait les recommandations de l’OMS.»

Les programmes de consommation contrôlée sont efficaces. Au Canada, on a observé des diminutions de consommation de 40% après Alcochoix+. Encore faut-il faire appel à ces ressources. «Les buveurs excessifs doivent réaliser qu’ils le sont, et savoir que l’on peut réduire sa consommation sans forcément arrêter l’alcool», insiste le spécialiste. Pour les vrais dépendants, le but demeure en revanche l’abstinence, la consommation contrôlée n’ayant un effet durable que chez 10% environ d’entre eux.

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