Hypertension artérielle: et si les bienfaits du vin ne devaient rien à l’alcool?

Dernière mise à jour 27/09/12 | Article
Hypertension artérielle: les bienfaits du vin
C’est une étude espagnole qui met le feu aux poudres: les avantages de la consommation de vin sur les chiffres de la tension artérielle ne seraient pas dus à l’alcool. Or le vin sans alcool n’est pas du vin. Dès lors, que faire?

Au départ, nous avons grappillé l’information en feuilletant numériquement le New York Times. Et cette information paraîtra bientôt dans la version papier du célèbre et vieux quotidien. Nicholas Bakalar attire l’attention du lecteur sur une étude catalane qui ne manquera pas de faire jaser. Elle vient d’être publiée dans le non moins célèbre Circulation Research. Les onze auteurs sont ici dirigés par Gemma Chiva-Blanch et Ramon Estruch (Hospital Clínic de Barcelona et Instituto de Salud Carlos III).

Leur travail? Un essai clinique qui n’a pas été mené contre placebo ni double aveugle, et pour (la bonne) cause. Il a concerné soixante-sept hommes âgés de 55 à 75 ans. Tous présentaient un risque élevé de souffrir d’une maladie cardiovasculaire. Et tous étaient volontaires pour boire quotidiennement des boissons alcoolisées. Pourquoi? Parce que des études expérimentales ont ces derniers temps montré que certains ingrédients présents dans les vins rouges avaient la propriété potentielle de faire baisser les chiffres de pression artérielle. Les vertus de ces vins semblaient résider dans les polyphénols.

Les polyphénols, des antioxydants naturels?

On désigne ainsi une famille de molécules très présentes dans le règne végétal et qui prennent aujourd’hui une importance croissante dans notre univers; on leur prête des effets bénéfiques sur la santé du fait de leur rôle d’antioxydants naturels. Or, ces antioxydants sont tenus pour avoir de l’intérêt dans le cadre de la prévention des maladies cardiovasculaires, cancéreuses, inflammatoires ou neurodégénératives. On les voit de ce fait de plus en plus fréquemment utilisés comme additifs dans l’industrie agroalimentaire, pharmaceutique et cosmétique et ce, à l’image des oméga-3. Pour ce qui est des vins rouges, la question qui demeure ouverte est celle de savoir si l’action anti-hypertensive est entièrement induite par les polyphénols qu’ils contiennent ou si la fraction alcool de ces breuvages joue aussi un rôle.

A Barcelone, on a estimé que le moment était venu de (commencer à) répondre. Ainsi, l'objectif du travail était d'évaluer les effets de la consommation de vin rouge sur la pression artérielle et de mesurer dans le plasma les taux d’un vasodilatateur naturel (le monoxyde d’azote, NO) chez des sujets à haut risque cardiovasculaire. Une fois les soixante-sept volontaires réunis, on les a préparés durant une période de deux semaines dites de rodage. Ils ont ensuite été partagés en trois groupes correspondant à trois périodes de traitement. Alimentation commune mais agrémentée pour les uns de vin rouge (correspondant à 30 grammes quotidiens d’alcool), pour les autres de gin (30 grammes d’alcool également) et, pour les derniers, d’une quantité équivalente d’un vin dit «désalcoolisé». Nous y reviendrons. Chaque période était d’une durée de quatre semaines. La provenance et l’identité du vin rouge ne sont pas connues.

Le vin «désalcoolisé» arrive gagnant

Tous les examens nécessaires ont été pratiqués en temps et en heure: mesures précises (systoliques et diastoliques) et répétées de la tension artérielle, paramètres anthropométriques et mesures biologiques au sein du plasma pour évaluer la qualité de l’oxygénation sanguine. Conclusion? Les deux chiffres tensionnels (systolique et diastolique) baissent de manière significative; mais ils baissent surtout après la consommation du vin dont on a extrait la fraction alcoolique. Pour les auteurs, aucun doute: la consommation quotidienne de vin rouge désalcoolisé pourrait être utile pour prévenir ou lutter contre les hypertensions faibles et modérées. Selon les auteurs de Barcelone, les polyphénols du vin (et non l’alcool) aurait cette propriété anti-hypertensive par l’intermédiaire de l’effet vasodilatateur du monoxyde d’azote.

«Il y a eu de nombreuses études qui montrent les bienfaits cardiovasculaires associé à la consommation de vin rouge», explique Gemma Chiva-Branche. «Notre étude ne porte que sur la pression artérielle. Si vous voulez diminuer votre pression artérielle, boire du vin rouge sans alcool peut être une bonne mesure diététique». Le problème est que l’on ne peut pas parler, en toute rigueur, de «vin sans alcool». L’alcool est en effet consubstantiel au vin: «le vin est une boisson alcoolisée» obtenue par la fermentation du raisin, fruit, pour l’essentiel, de Vitis vinifera. En Europe, la définition légale fait valoir que le vin est le produit exclusif de la fermentation alcoolique, totale ou partielle, de raisins frais, pressés ou non, ou de moûts de raisins.

Comment, dès lors, pourrait-on prescrire des vins «désalcoolisés» aux hypertendus? Il faudra innover. Et parler peut-être de boisson, sinon de décoction, aux polyphénols. Le succès risque de ne pas être au rendez-vous. Les polyphénols d’une Romanée-Conti, d’un Haut-Brion, d’un Pinot noir du Valais voire d’un Bourgueil tinteraient peut-être mieux aux tympans des hypertendus. On peut imaginer que d’autres essais cliniques sont actuellement en cours d’élaboration, cette fois en France ou en Suisse.

A LIRE AUSSI

Alcool

Les excès d’alcool provoquent des arythmies cardiaques

Même ponctuelle, l’alcoolisation massive est délétère pour le cœur. Elle expose des personnes jeunes...
Lire la suite
Drogues
interview_luscher_addiction

«L’addiction et la dépendance sont deux choses différentes»

Ces phénomènes n’affectent pas le cerveau de la même manière. Éclairages de Christian Lüscher, neuroscientifique...
Lire la suite
Alcool
Rangée de bouteilles

L'alcoolique face à ses émotions

Le patient alcoolique est démuni face aux situations émotionnelles. Pour lui, il est plus facile de boire...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Illustré_dry_january_mettre

«Dry January» ou janvier sans alcool: pourquoi faut-il s’y mettre?

Pour la première fois, la Suisse soutient officiellement la campagne «Dry January» (lire encadré). Lancée en Grande-Bretagne en 2014, elle prône un mois d’abstinence d’alcool en janvier. Selon les experts, ce janvier sec permettrait de sensibiliser la population face à la banalisation de la consommation d’alcool. Pourquoi pourriez-vous y mettre, vous aussi? Les explications de la professeure Barbara Broers et du docteur Thierry Favrod-Coune, tous deux spécialistes en addictologie aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG).
PS37_gmel_personne_soigne

«Seule une personne sur dix se soigne»

En 2019, le Pr Gerhard Gmel a reçu le prestigieux Prix Jellinek pour ses travaux sur la consommation d’alcool. Chercheur à Addiction Suisse et professeur associé à la Faculté de biologie et de médecine au sein du Service de médecine des addictions du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), il nous parle de ses travaux et soulève les enjeux de la problématique épineuse des addictions.
Videos sur le meme sujet

Je pense qu’un de mes proches boit trop, comment lui dire ?

Face à une consommation excessive d’alcool, il peut être légitime de s’inquiéter. Mais lorsqu’un proche boit trop, comme aborder ce sujet le plus sereinement possible?

Le comment du pourquoi: médicament et alcool

La consommation modérée d'alcool est-elle vraiment déconseillée avec la prise de médicaments?
Maladies sur le meme sujet
Hypertension artérielle

Hypertension artérielle

On parle d'hypertension artérielle lorsque la pression systolique est supérieure à 140 millimètres de mercure (mmHg) et/ou lorsque la pression diastolique est supérieure à 90 mmHg.

Foie

Cirrhose

La cirrhose et une maladie chronique du foie. Les cellules normales sont progressivement remplacées par une grande quantité de tissu cicatriciel, ce qui conduit à une diminution du fonctionnement de cet organe.

Symptômes sur le meme sujet
Hypertension

Poussée HTA

Je suis traité(e) pour une hypertension et j’ai une poussée hypertensive