Consommation d’alcool: la pente de la dépendance

Dernière mise à jour 15/02/15 | Article
Avec le temps, la consommation d’alcool peut devenir excessive. Lorsque la dépendance est présente, les conséquences sont physiques, psychiques et sociales.

«Trop, c’est combien?» Cette question est souvent posée au Dr Thierry Favrod-Coune, médecin adjoint à l’unité des dépendances de médecine de premier recours des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Parce que boire un verre d’alcool apporte du plaisir, est bien vu en société et a même des effets bénéfiques sur la santé, mais qu’en est-il ensuite? «On place des jalons dans la consommation d’une substance: modérée, excessive, ou avec une dépendance. Mais cela ne se fait pas d’un coup. La problématique est insidieuse. Elle s’installe par la bande, tranquillement: un peu de perte de contrôle, moins de performance au travail, des conflits conjugaux, etc.», répond l’alcoologue.

En Europe occidentale, le tableau demeure assez stable avec environ 15% d’abstinents, 60% de consommateurs modérés, 15% d’excessifs et 5% de dépendants. En Suisse, on estime que cette dernière catégorie rassemble plus de 250 000 personnes, «dont au moins les trois quarts ne sont pas pris en charge par un médecin», précise le Dr Favrod-Coune.

De l’excessif à la dépendance

Selon les critères de l’Organisation mondiale de la santé, les buveurs excessifs prennent plus de trois verres (deux pour les femmes) par jour ou ne s’abstiennent pas de boire au moins un jour par semaine. Ces personnes sont à risque de développer une maladie cardiovasculaire, de l’hypertension, un cancer, une cirrhose, des problèmes comportementaux ou psychiques (anxiété, trouble du sommeil, dépression) et de devenir accros souvent lors d’une difficulté (perte d’emploi, deuil). «Elles ont souvent peu conscience qu’elles boivent plus que les recommandations. Pourtant, ce serait le bon moment pour elles de réduire plutôt que d’attendre quelques années lorsqu’elles auront peut-être glissé vers la dépendance», explique le Dr Favrod-Coune.

Il existe six critères pour la dépendance:

  • l’envie compulsive de boire;
  • l’augmentation des doses pour avoir le même effet (tolérance);
  • le manque à l’arrêt (sevrage);
  • la perte de contrôle (boire plus et plus souvent que prévu);
  • la poursuite malgré les effets négatifs ;
  • la diminution des activités habituelles au profit de la consommation.

«Le diagnostic est posé si trois de ces six critères ont été constatés durant un mois lors de la dernière année. La majorité de ces personnes nient pendant longtemps leur problème, mènent tant bien que mal leur vie et consultent tardivement avec des atteintes à la santé, parfois même une désinsertion totale», détaille l’alcoologue.

Trois piliers du traitement

Tant pour le buveur excessif que pour l’alcoolodépendant, le traitement repose sur trois piliers. En premier lieu, un suivi psychologique avec des entretiens motivationnels où le patient détermine ses objectifs et une thérapie cognitivo-comportementale afin de repérer les situations à risque. Deuxièmement, une approche globale visant à reconstruire l’aspect psychosocial des personnes, en rendant le cadre de vie favorable à la guérison. Enfin, la prise de médicaments qui diminuent l’envie de boire.

A LIRE AUSSI

Addiction au travail
Qu’est-ce que la dopamine?

Qu’est-ce que la dopamine?

C’est le New York Times qui l’écrit: notre cerveau «regorge de substances chimiques», et l’une de ces...
Lire la suite
Alcool
oktoberfest

Les excès d’alcool provoquent des arythmies cardiaques

Même ponctuelle, l’alcoolisation massive est délétère pour le cœur. Elle expose des personnes jeunes...
Lire la suite
Cigarette électronique
vapotage_nocif_pas

Le vapotage: nocif ou pas?

Inventée en Chine au début des années 2000 puis peu à peu distribuée sur le marché mondial, la cigarette...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
substances_mieux_fonctionner

Des substances pour mieux fonctionner?

Le marché regorge de produits qui nous permettraient d’aller mieux, d’être plus efficace et moins stressé. Faut-il pour autant céder à la tentation? Au salon Planète Santé live, une conférence menée par la Pre Barbara Broers, spécialiste des addictions aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), et Bengt Kayser, professeur à l’Institut des Sciences du sport de l’Université de Lausanne (UNIL), pose la question et nous invite à nous interroger.
Une aide est indispensable pour sortir de l'alcoolisme

Une aide est indispensable pour sortir de l'alcoolisme

En Suisse, près de 25% de la population adulte dépasse la ligne rouge fixée par l’OMS en matière de consommation d'alcool.
vin_plaisir_dose

Le vin peut être un plaisir quotidien, mais à petite dose

Le vin entraîne peu de risques pour la santé quand il est consommé à faible dose. Mais l’excès a de fortes répercussions sur le cerveau, le foie et le cœur.
Videos sur le meme sujet

Pourquoi a-t-on mal à la tête quand on a trop bu?

Il arrive parfois de consommer trop d'alcool. Si bien que le lendemain matin, les murs semblent trop près, les gens parlent tous trop fort. Bref, on a la gueule de bois.

Le comment du pourquoi: médicament et alcool

La consommation modérée d'alcool est-elle vraiment déconseillée avec la prise de médicaments?

Le comment du pourquoi: mélanges et gueule de bois

Les mélanges aggravent-ils la gueule de bois?
Maladies sur le meme sujet
Foie

Cirrhose

La cirrhose et une maladie chronique du foie. Les cellules normales sont progressivement remplacées par une grande quantité de tissu cicatriciel, ce qui conduit à une diminution du fonctionnement de cet organe.