Plongée dans la médecine hyperbare

Dernière mise à jour 07/01/20 | Article
plongée_médecine_hyperbare
Avec ses gros hublots, elle a l’air d’un sous-marin échoué dans les sous-sols des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). La chambre hyperbare est pourtant une merveille de technologie, irremplaçable pour traiter avec l’oxygène les accidents de plongée, les intoxications à des fumées, les plaies à cicatrisation difficile, les lésions après une radiothérapie, les gelures ou encore les infections des os.

Fiche technique

Longueur

9 mètres

Diamètre

2,4 mètres

Poids

40 tonnes

«La médecine hyperbare est 100% naturelle. Elle n’utilise qu’un médicament: l’oxygène», affirme le Dr Rodrigue Pignel, médecin responsable de la Consultation de médecine et thérapie hyperbare des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Inhalé à travers un masque dans une atmosphère pressurisée à environ 1,5 bar, l’équivalent d’une plongée à 15 mètres de profondeur, l’oxygène afflue en plus grande quantité vers les lésions et les régions mal vascularisées. Après quinze séances de 95 minutes, on observe fréquemment l’apparition de nouveaux vaisseaux sanguins: les tissus revivent.» En 2019, cette consultation a traité quelque 400 patients avec plus de 5500 séances.

«Mon pied est sauvé!»

Franck Houdin, 66 ans, est un «plongeur» expérimenté. «Je suis diabétique. J’ai une plaie au pied qui s’infecte souvent et cicatrise mal. On a essayé les greffes de la peau. Sans succès. L’amputation n’était plus loin… En avril dernier, j’ai commencé l’oxygénothérapie hyperbare. Les progrès ont été fulgurants. La lésion rapetisse au fil des semaines. La cicatrisation complète, et j’espère définitive, n’est plus une utopie. Mon pied est sauvé!», s’exclame-t-il avec un immense soulagement.

Ce matin d’octobre, il est confortablement installé dans la chambre pressurisée avec une dizaine d’autres patients, assis dans les fauteuils rouges ou couchés dans un lit. Auparavant ils ont été informés et préparés: les pansements ont été refaits et les plaies nettoyées –une opération qui peut prendre une heure et demie. A noter aussi que pour une première «plongée», les débutants sont toujours accompagnés par un infirmier.

A l’extérieur du caisson, Yoann Mykijewicz, infirmier hyperbariste, dirige la manœuvre et communique par le biais de haut-parleurs installés dans la chambre. «Mesdames et messieurs, la compression va débuter. Effectuez régulièrement l’équilibration des tympans, comme vous l’avez appris.» Pendant toute la séance, il garde un œil sur les patients et l’autre sur les nombreux écrans de contrôle: pression, température, diffusion de l’oxygène, etc.

«Descente» express

Au bout d’un moment, une patiente âgée peine visiblement à ajuster correctement son masque à oxygène. Un autre infirmier doit pénétrer dans la chambre en passant par le sas, où il subira une compression accélérée. «Nous sommes entraînés. En cas de problème, n’importe lequel d’entre nous peut descendre à 15 mètres en 30 secondes», commente Yoann.

La sangle du masque remise en place, l’infirmier ressort du caisson. «Mon collègue a respiré de l’air compressé pendant 10 minutes. Cela provoque une saturation excessive d’azote dans le sang. Pour compenser, il va inhaler de l’oxygène pur pendant la décompression, qui a lieu dans le sas», explique-t-il, en manœuvrant le joystick qui lui permet d’obtenir sur l’écran de contrôle une décompression optimale.

Dans la chambre, tout est calme. Sieste, lecture, méditation… chacun passe le temps comme il l’entend. Une heure plus tard, Yoann Mykijewicz annonce la «remontée»: «Mesdames et Messieurs, nous allons entamer la décompression. Une sensation de fraîcheur peut accompagner cette phase. Si le chauffage n’est pas suffisant, utilisez les couvertures à votre disposition. »

Puis les patients ressortent, décontractés, souriants. Franck Houdin échange quelques mots avec l’équipe médicale, puis se tourne vers nous: «Tout s’est bien passé. Comme d’habitude. J’ai dormi un peu… cinq séances par semaine, c’est un boulot à mi-temps!», plaisante-t-il. Mais convaincu des bienfaits de cette thérapie, il veut lancer la première association suisse de patients hyperbares.

L’oxygène est un médicament

L’oxygène est indispensable à la vie. Sans ce gaz, les cellules du corps ne peuvent pas « brûler » leur carburant favori : le sucre. L’oxygénothérapie hyperbare (OHB) consiste à administrer de l’oxygène pur ou mélangé dans un milieu pressurisé (la chambre hyperbare) afin d’augmenter considérablement la quantité d’O2 dans le sang. Lorsque des tissus lésés en reçoivent davantage, ils « brûlent » davantage de sucre et, grâce à ce surcroît d’énergie, se régénèrent mieux et plus vite. L’OHB présente également un effet anti-infectieux, car elle réduit la prolifération de certaines bactéries qui se développent dans les régions mal vascularisées pauvres en oxygène.

__________

Article repris du site  pulsations.swiss

Articles sur le meme sujet
BV19_Verre

LES VERRES CORRECTEURS Leurs secrets pour corriger les troubles de la réfraction.

Myopie, hypermétropie, astigmatisme et presbytie se corrigent grâce au port de lunettes. Celles-ci allient efficacité visuelle, confort au quotidien et expression du style personnel.
P26_02_Pina Marziliano

«Je suis émerveillée par la concrétisation des idées»

Après s’être passionnée pour les mathématiques et l’informatique au Canada, avoir fait sa thèse à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et être notamment devenue professeure associée à la Nanyang Technological University à Singapour, Pina Marziliano dirige depuis sept ans le Centre d’imagerie biomédicale (CIBM), avec un enthousiasme sans cesse renouvelé.
PS60_recherche par hasard

PRE JOCELYNE BLOCH «JE SUIS ARRIVÉE À LA RECHERCHE UN PEU PAR HASARD»

Récemment nommée cheffe du Service de neurochirurgie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et professeure ordinaire à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne (UNIL), la neurochirurgienne Jocelyne Bloch s’est fait connaître du grand public par ses recherches pionnières sur les lésions de la moelle épinière, menées avec son collègue Grégoire Courtine, professeur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Ensemble, ils ont fondé la start-up Onward Medical et codirigent le centre de recherche .NeuroRestore au sein duquel des projets sont également consacrés à la maladie de Parkinson et aux accidents vasculaires cérébraux.
Videos sur le meme sujet

La médecine spatiale hier et demain

Rencontre avec Claudie Haigneré, première femme française et européenne dans l’espace, et Anne Pavy Le Traon, experte en médecine spatiale.

Aux HUG, 20 ans dʹessor pour la chirurgie assistée par robot

Les HUG célèbrent 20 ans de chirurgie robotique.

Mangrove GS: un outil pour anticiper le risque de métastases

Des chercheurs genevois ont créé Mangrove GS, un algorithme d’IA capable de prédire le risque de métastases à partir des cellules tumorales.