«Notre corps nous dit tout… encore faut-il l’écouter»

Dernière mise à jour 12/01/23 | Questions/Réponses
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Si l’audace avait un visage, ce serait celui de Géraldine Fasnacht. Que ce soit sur la neige ou dans les airs, celle que l’on surnomme «la femme oiseau» brave la pesanteur depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui maman comblée, elle n’en a pas pour autant renoncé à sa passion des sports extrêmes et du dépassement de soi. Rencontre avec une aventurière hors normes.

Bio express

18 juin 1980: Naissance à Lausanne.

2002, 2003 et 2009: Remporte l’Xtreme de Verbier.

2009: Part en expédition en Antarctique où elle réalise le premier saut de base jump du continent.

2014: Ouvre le Cervin en wingsuit, une première mondiale.

2019: Naissance de son fils, Odin.

   

Quand on voit les vidéos de vos exploits incroyables, la première question qui vient est… pourquoi?

Géraldine Fasnacht Pour moi, c’est naturel. J’ai toujours aimé explorer, aller plus loin. La question serait plutôt: pourquoi les gens cessent un jour de sortir de leur zone de confort? L’enfance est une prise de risque permanente pour apprendre à marcher, à courir, à skier… Ce qui me fait me lever le matin, c’est la volonté tenace de retrouver cet état de découverte, d’apprentissage, d’exploration. 

Sortir de sa zone de confort, c’est aussi prendre des risques. Comment gérez-vous cette mise en danger permanente?

Je sais que dans mes disciplines (snowboard freeride, base jump et wingsuit, ndlr), je n’ai pas droit à l’erreur. Évoluer dans la nature m’a appris à travailler mes sens. J’ai développé mon côté animal, mais je reste humaine et je peux donc me tromper. Tout le travail est de ne pas sous-estimer cette marge d’erreur et de réussir à trouver le point de bascule: savoir jusqu’où je peux pousser, tout en restant vivante et en prenant du plaisir. 

À quoi pensez-vous avant de sauter?

Je suis très concentrée. J’ai un ami parapentiste qui prie son ange gardien avant chaque vol… ce n’est pas vraiment mon genre! Dans les minutes qui précèdent un saut, je déroule mon plan de vol. Un peu comme un pilote d’avion qui a en tête tous les imprévus possibles et des plans secondaires, afin que je puisse réagir à la seconde. J’ai très vite compris qu’il fallait créer un cadre de sécurité et s’y tenir avec rigueur. J’ai établi une série de limites personnelles auxquelles je ne déroge pas. Par exemple, à moins d’une certaine distance de verticalité, je ne saute pas, peu importe l’enjeu du moment. Si toutes les conditions ne sont pas réunies, je sais renoncer. Ça m’aura au moins fait une jolie balade! 

Vous donnez des conférences sur la gestion du risque, vous êtes présidente du Verbier Freeride Club et vous soutenez de jeunes freeriders avec votre Fondation*. Est-ce important pour vous?

Oui, c’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. J’essaye de donner la chance à de jeunes talents de pouvoir percer dans le sport. Les orienter dans la bonne direction. À l’époque, j’aurais rêvé avoir un peu d’aide. Dans ces disciplines notamment, le talent est une chose, mais le travail est essentiel pour aller le plus loin possible et parvenir à son objectif sans se mettre en danger. 

Ce qui ressort aussi de vos exploits, c’est votre amour profond pour la nature. Que vous apporte-t-elle?

Tellement de choses! L’humilité, le respect, la paix intérieure, la zénitude. La montagne est si belle, si puissante… Simplement en regardant la nature et en respirant profondément, je me sens vivre. D’ailleurs, je ne peux pas en être éloignée trop longtemps… Si je reste plus de trois jours en ville, je tombe malade! 

Quelle est votre approche de la santé en général?

Je pars du principe que les docteurs… c’est pour les malades! Plus sérieusement, je pense que prendre soin de son corps et de son esprit, être à l’écoute de soi, permet déjà d’entretenir sa santé. Que ce soit en termes d’alimentation, de sommeil, d’activité physique… il faut se faire confiance. Pendant ma grossesse par exemple, j’ai eu une soudaine envie de viande et il s’est avéré qu’en effet j’avais une carence en fer. Notre corps nous dit tout… encore faut-il l’écouter. 

Comment gérez-vous le vieillissement inévitable du corps?

Honnêtement, j’ai beaucoup de chance. J’ai 42 ans et un corps qui m’a toujours supportée et suivie dans les challenges que je lui ai imposés. J’essaye d’en prendre soin du mieux que je peux et j’espère qu’il me supportera encore longtemps. 

Quels sont vos projets?

Je vais bientôt faire une doublure wingsuit sur le tournage d’une adaptation d’un dessin animé en film, pour Netflix. Quelques événements sportifs sont aussi prévus dans le cadre de deux partenariats que j’ai récemment signés avec Longines et la banque Alpian. Mais dans l’immédiat, je vais profiter des Alpes qui sont magnifiques en toute saison! 

Un mantra?

«Ne rêve pas ta vie, mais vis tes rêves».

_________

* Pour en savoir plus:

  • mountainlinefoundation.ch
  • geraldinefasnacht.com

Paru dans le hors-série «Votre santé», La Côte/Le Nouvelliste, Novembre 2022.

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