Miss Suisse 2014 – Laetitia Guarino «Un bon médecin doit savoir écouter et reconnaître ses erreurs»

Dernière mise à jour 15/12/14 | Questions/Réponses
Miss Suisse 2014 – Laetitia Guarino «Un bon médecin doit savoir écouter et reconnaître ses erreurs»
Elle a posé momentanément ses livres d’anatomie pour la couronne de Miss Suisse. Le 11 octobre 2014, Laetitia Guarino, étudiante en médecine de 4e année, a été élue la fille la plus jolie du pays. Rencontre.

On lui a donné rendez-vous dans le temple du café en capsules. Ça tombe bien, elle boit beaucoup de café. Laetitia Guarino, élue Miss Suisse 2014, arrive avec son «chaperon» (Samuel Meuwy, responsable Miss Suisse pour la Suisse romande). Simple, douce et très souriante, la jeune femme de 22 ans est déjà rôdée à l’exercice de l’interview. En cet après-midi pluvieux de novembre, elle enchaîne les entrevues, à commencer par nous.

Laetitia, vous êtes Miss Suisse depuis quelques semaines seulement. J’imagine que ça a dû bouleverser votre vie…

Oui, beaucoup. Je n’avais jamais imaginé une vie comme cela. Ce n’est que du bonheur. Pendant trois ans, j’ai passé mes journées dans les livres de médecine et à la bibliothèque. Du jour au lendemain, je fais des interviews, des shootings photo. Tout le monde est aux petits soins avec moi, je reçois plein de cadeaux, c’est une vie de princesse! Je n’en reviens pas de tous les contacts que je me suis déjà créés. J’ai reçu des félicitations de chirurgiens, dont René Prêtre, cela m’a beaucoup touchée.

Les hôpitaux et les paillettes sont des univers extrêmement différents. Allez-vous revenir à vos études après cette année de règne?

Oui, ce sont des mondes opposés, il n’y a pas de comparaison possible. On vit des stress très différents. En médecine, on doit se donner à cent mille pour-cent. J’ai fait énormément de sacrifices pour mes études, il me serait impossible d’arrêter maintenant.

Pourquoi voulez-vous devenir médecin?

J’ai toujours eu de très bonnes notes en biologie, en physique et en maths. Au départ, je voulais plutôt faire vétérinaire, mais le problème est que les animaux détestent les vétérinaires! A l’école, on a dû faire une dissection de poisson. Mon professeur de l’époque, Monsieur Hoyois, m’a dit ce jour-là que je devrais faire chirurgienne. C’était aussi l’avis de mon grand-père. Comprendre ce qui se passe dans le corps m’intéresse. Dans ma famille, dès que quelqu’un a besoin d’aide, je suis la première à intervenir.

La pédiatrie est votre but, n’est-ce pas?

Oui, mais rien n’est fixé en médecine. J’ai fait un stage à l’Hôpital du Chablais qui accueille les Enfants de Massongex (ndlr les enfants malades de Terre des Hommes). Il y avait un enfant, de deux ans à peine, à qui on avait mis un pacemaker. J’ai demandé au médecin ce qui se passerait si l’enfant, de retour en Afrique, avait un problème avec cet appareillage. Il m’a répondu: «S’il arrive quelque chose, il est cuit». Cela m’a tordu le cœur.

Êtes-vous plutôt de nature optimiste ou pessimiste?

Mes copines trouvent terrible de travailler en pédiatrie car si on ne peut pas sauver un enfant, il meurt. Mais pour moi, si on n’agit pas, c’est encore pire. Je suis de nature optimiste. Si cela ne marche pas, on fait quand même tout pour que cela marche un petit peu.

Les études de médecine sont réputées difficiles, comment cela s’est passé pour vous?

La première année, c’était la mort! La concurrence est énorme. Seule une centaine d’étudiants sur plus de six cents la réussissent. Tous les soirs, dans le bus, je pleurais. Il n’y a pas de notes, on ne sait pas comment réfléchissent les autres et ce sont les premiers grands examens. Je n’avais personne pour m’aider en rentrant chez moi le soir, contrairement aux étudiants dont les parents sont médecins. Au début, je n’ai pu compter que sur moi.

Quel contact direct avez-vous avec le monde médical en tant qu’étudiante?

En troisième année, on suit un médecin généraliste et on interroge déjà les patients. A chaque fois qu’on fait une anamnèse, on se sent comme Sherlock Holmes. Mais c’est la rencontre d’une personne également. Je travaillais aussi de nuit dans un hôpital. Je m’occupais de handicapés moteurs lourds. Je devais les doucher, les préparer et les coucher. C’est un travail que j’adore. Si j’avais le temps, je continuerais. On se sent vraiment utile. Les pensionnaires partagent leurs expériences les plus improbables. Nous les jeunes, on leur raconte aussi nos vies. Ce sont des gens très positifs malgré leur handicap. Quand on ressort de là, on n’a plus de problèmes, on a la patate!

C’est un monde toutefois difficile, où l’on côtoie la souffrance et la mort. Comment se prépare-t-on à cela?

Je ne pense pas qu’on puisse s’y préparer. En première année de médecine, on doit disséquer une main, puis en deuxième année tout un corps. Quand je suis entrée dans cette salle, j’ai pleuré et je n’ai rien osé toucher. La deuxième fois aussi. Après, j’ai regardé, puis j’ai révisé mon anatomie. Le professeur vous dit d’aller chercher le nerf X, et vous y allez. Avec quelqu’un de vivant, je pense que c’est plus compliqué. Il m’est arrivé d’être présente quand un médecin devait annoncer à un patient qu’il était condamné. Je me suis dite «Mon Dieu, si c’était moi qui devais le faire?». On a des cours sur la façon de communiquer les mauvaises nouvelles, mais après on le fait en fonction de qui l’on est.

Vous êtes Miss de beauté. Les cosmétiques sont régulièrement accusés de contenir des substances indésirables. Y êtes-vous attentive?

Oui. Surtout depuis que ma belle-sœur m’a imprimé la liste de toutes ces substances à éviter (rires)! De manière générale, toutes ces substances toxiques qu’on ingère me font peur. Je ne fume pas. J’utilise des «Tupperware» en verre. J’évite les sodas et la graisse de palme. Je regarde les étiquettes, j’achète le plus «bio» et le plus suisse possible.

Êtes-vous fidèle à votre médecin?

Non pas du tout (rires)! Je suis hypocondriaque, alors dès que mon médecin ne me croit pas, je vais en voir un autre! Ma mère est pire que moi, elle est sûre d’avoir tous les cancers de la terre. Docteur Google, c’est un grand problème. En faisant des recherches sur internet, elle tombe sur des forums où on raconte n’importe quoi. Il faut rester critique. Vis-à-vis de la santé de mes proches, je suis devenue plus inquiète depuis que je suis étudiante en médecine. J’ai passé mon stéthoscope sur toute la famille!

Avez-vous déjà été confrontée à une maladie grave dans votre entourage?

Mon parrain était atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA). Au gymnase, j’ai fait mon travail de maturité sur cette maladie. Je ne connaissais rien à la médecine, mais cela me rendait folle qu’on ne connaisse pas les causes de la SLA. Je me suis documentée, j’ai rencontré plein de patients à qui j’ai posé toutes sortes de questions. Je trouve horrible de savoir que ces malades ne peuvent ni parler, ni bouger, alors que leur cerveau fonctionne. Leur corps est une véritable prison.

Quelles devraient être selon vous les qualités d’un bon médecin?

Savoir écouter et reconnaître ses erreurs.

Allez-vous profiter de votre visibilité pour défendre une cause en lien avec la santé?

Je suis l’ambassadrice de la Fondation Corelina, active dans le domaine de la chirurgie cardiaque pédiatrique. Pour la première fois, tout ce que gagne Miss Suisse à côté de son salaire fixe est reversé à la fondation. Je trouve cela juste. Mon rôle ne s’arrête pas là: j’irai rendre visite aux enfants malades à l’hôpital et j’aurai l’occasion de me rendre à l’étranger pour parler de cette cause.

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