Manuella Maury carbure au café noir et aux remèdes de grand-mère

Dernière mise à jour 16/11/19 | Questions/Réponses
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Victime d’un burn-out en 2014, l’animatrice voudrait parfois lever le pied. Mais comment faire dans un monde qui s’emballe?

    

Êtes-vous en bonne santé?

Manuella Maury  Je suis de «bonne constitution», comme dirait mon père, et donc bien ingrate avec ce corps qui parfois me donne l’impression de se battre pour moi. J’approche de la cinquantaine, et forcément, il se rappelle à moi plus souvent. Il est temps que je prenne soin de lui, avant qu’il ne se lasse.

Êtes-vous du genre hypocondriaque ou plutôt négligente niveau santé?

Un joyeux mélange! Terrorisée par un bouton suspect, une rougeur étrange ou un lombric dans l’intestin (j’en ai ramené quelques-uns de voyages…). Et, paradoxalement, peu attentive à une migraine, un rhume à répétition ou un estomac dans les chaussettes. Dieu Merci, j’ai eu un très bon psychiatre. Malheureusement, il a pris sa retraite. Je suis intimement convaincue de la force du cerveau sur les autres organes.

Avez-vous un rituel santé?

J’abuse de fruits au réveil et ce, depuis toujours et au mépris du respect des saisons et de mon bilan carbone. Je n’en suis pas fière, mais j’ai du mal à renoncer au pamplemousse rose. Et puis, cycliquement, je me prends soudain d’amour pour le jus de bouleau ou le basilic sacré, mais je suis d’une totale infidélité à tout traitement… Je rêverais de pratiquer la pleine conscience avec régularité au réveil, je me le dis chaque matin en buvant le contenu intégral de ma cafetière italienne. Du café noir, serré, bouillant, voilà mon rituel.

Être en bonne santé, qu’est-ce que cela signifie pour vous?

Avoir la tête au réveil qui décide d’être gentille avec le corps… toute une aventure en ce qui me concerne. Ouvrir les yeux et me dire: je suis vivante! Je me réjouis d’être vivante. C’est ça la santé.

Quel regard portez-vous sur le système de santé suisse?

Je défends et applaudis le système du médecin de famille. Être suivie par un humain qui parvient à lire votre corps au-delà des 15 minutes Tarmed et qui cherche à comprendre plutôt qu’à prescrire, c’est un gain de temps et une reconnaissance partagée. Je pense que, malgré tous les excès, les défauts, les manquements, nous vivons dans un pays de riches, avec un système de santé qui coûte cher, mais qui est extrêmement pointu. Il suffit de devoir consulter à l’étranger pour mesurer le luxe qui est le nôtre. Reste que l’humain est ainsi fait: lorsqu’on lui donne la possibilité de se plaindre, il se plaint au-delà de ce qui est nécessaire. Plus on est gâté, moins on est responsable. J’ai parfois l’impression de m’en remettre au système un peu trop lâchement.

Avec les différentes casquettes que vous endossez, comment faites-vous pour ne pas vous épuiser?

Je suis épuisée. Le pire, sans doute, c’est d’oublier que le temps passe, que le corps récupère moins vite, de faire comme si j’avais 30 ans. Tout le système entretient cette illusion. À 44 ans, on me disait qu’il était encore possible d’avoir des enfants, on me parlait comme si j’avais 20 ans. J’ai la sensation d’avoir grimpé, il y a longtemps déjà, dans un très beau manège, d’avoir proposé de faire tourner la machine, d’avoir rajouté des pièces à chaque fois que le système semblait ralentir. Dans cette course folle, j’ai peu à peu développé la peur du vide. Aujourd’hui, j’en suis profondément lasse, je regarde le paysage tout autour et je me demande comment je vais faire pour en descendre.

«Ouvrir les yeux et se dire: je suis vivante! Se réjouir d’être vivante. C’est ça la santé.»

Avez-vous vécu des expériences difficiles en lien avec votre santé?

J’ai fait un burn-out il y a cinq ans. J’ai perdu l’usage de ma jambe droite pendant une semaine et j’ai plongé dans un état dépressif. Après avoir tout arrêté, j’ai passé un mois dans ma montagne à marcher, puis trois mois sac à dos en Amérique latine. Je suis rentrée pleine de bonnes résolutions. J’ai dit: plus jamais ça! Et voilà que je flirte à nouveau avec la sensation. Comment stopper ma course dans un monde en pleine accélération? Je cherche, une question de discipline sans doute…

Fumez-vous?

Je fumais un paquet et demi par jour quand j’ai commencé les matinales à la Radio Suisse Romande. On fumait encore dans les studios. J’ai stoppé net en 2005 durant une émission de télévision avec Roland Pierroz. Un pari. Une libération. Mon grand succès. J’étais complètement asthmatique et j’avais deux nodules sur les cordes vocales, disons que ça aide à tenir son engagement. Je n’ai plus jamais eu envie de fumer. Mais j’aime le vin… et là j’aurais du mal à faire un nouveau pari.

Faites-vous régulièrement un bilan de santé?

J’ai un problème de thyroïde et je ne fixe pas le fer. Du coup, je consulte périodiquement, environ deux fois par année, parfois plus quand le dosage pose problème. Pour le reste, j’ai trouvé de plus en plus de combines de grand-mère pour les bobos de saison. J’évite les antibiotiques pour accélérer la remise en forme. Je recommande le mélange marrube et thym pour les grippes qui n’en finissent pas. Mon voisin René m’en a livré cette année, j’en ai filé à ma voisine Tilly. Ça a dû faire trois consultations en moins!

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Paru dans le hors-série « Votre santé », Le Nouvelliste, Novembre 2019.

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