«Je trouve mon équilibre dans le mouvement»

Dernière mise à jour 22/06/22 | Article
PEOPLE_Linda Bourget
Toutes les semaines, elle nous renseigne sur les dessous opaques du monde de la consommation dans À Bon Entendeur, la fameuse émission de la RTS dont elle est la productrice et présentatrice. Mais ce n’est pas tout: elle est aussi co-autrice d’un livre sur les femmes politiques suisses qui paraîtra cette année dans les librairies francophones. Rencontre avec Linda Bourget, une journaliste passionnée qui mène sa vie à cent à l’heure.

    

Présentatrice, productrice, journaliste, écrivaine, mère d’un jeune enfant… on peut dire que vous menez une vie bien remplie. D’où tirez-vous cette énergie?

Bio express

25 septembre 1980
Naissance à Lausanne.

1998-2001
Danseuse interprète au Ballet Junior de Genève.

2006
Licence de journalisme à l’Université de Fribourg.

2007-2010
Stage de deux ans à La Liberté, où elle devient en 2009 co-responsable des rubriques suisse, internationale et économique.

2011-2013
Journaliste économique à L’Hebdo, où elle devient en 2012 responsable de la rubrique économique.

2013-2016
Correspondante parlementaire à Berne pour la RTS.

2016-2019
Cheffe de la rubrique politique pour la RTS.

2018
Naissance de son enfant.

2020
Productrice et présentatrice de l’émission «À Bon Entendeur» pour la RTS.

2022
Co-autrice du livre Engagées! 21 portraits inspirants de femmes politiques suisses (Éd. LEP).

Linda Bourget: J’ai la chance d'avoir deux traits de caractère qui, combinés, forment un moteur très efficace. Le premier est une insatisfaction chronique me poussant sans cesse à vouloir faire mieux. Le second, un optimisme à toute épreuve qui me fait me lever chaque matin avec le sourire. Mais je n’ai guère de mérite car il n’est pas très difficile d'être optimiste dans mon cas: j’ai une vie personnelle heureuse et un travail qui me passionne. 

Cet optimisme, le retrouve-t-on dans votre rapport à la santé?

Oui, car là aussi, je sais que j’entretiens avec ma santé un rapport de privilégiée. Je n’ai encore jamais eu de problème majeur, il m’est donc facile de ne pas trop y penser! Mais je me sais chanceuse et j’espère que cela va durer (elle touche du bois). Un évènement m’a toutefois brusquement ramenée à cet aspect de la réalité: le décès brutal de ma mère suite à un problème de santé fulgurant. J’ai alors très clairement réalisé la finitude de notre existence et la fragilité de nos corps physiques. 

Cela vous a-t-il poussée à ralentir et à être plus attentive à votre santé?

Non, tout le contraire. Paradoxalement, cette prise de conscience m’a plutôt poussée dans l’intensité et le moment présent. Je sais bien que je ne dors pas assez, que je m’économise peu… Peut-être devrais-je apprendre à le faire? C’est possible, mais je reste convaincue que le rapport à la santé est très individuel et que nous avons tous des besoins différents. 

Justement, où se situe votre équilibre personnel?

Il y a dans ma vie bien remplie un élément qui me fait beaucoup de bien: me déplacer à vélo chez moi, à Fribourg. Quel que soit le temps qu’il fait (et je sors vraiment par tous les temps!), j’enfourche mon vélo pour mes trente minutes quotidiennes de trajet. Cela me permet de m’aérer, de ne penser à rien, d’être en mouvement… Car c’est précisément là que réside mon équilibre: dans le mouvement, dans l’action. Comme le vélo, je ne tiens debout que si ça bouge! 

Un mouvement perpétuel que vous retrouvez dans votre métier de journaliste…

Tout à fait, car il n’y a pas deux jours qui se ressemblent dans cette profession. Un journaliste, c’est un peu comme une balle de flipper: il va dans tous les sens! Je considère ce métier comme un privilège car il permet tant de rencontres, tant de découvertes… Je garde un souvenir très vivace de certaines de ces rencontres, tour à tour incongrues, émouvantes, mais toujours d’une grande richesse humaine. 

Avez-vous toujours voulu être journaliste?

Non, et je considère d’ailleurs ce métier comme une vocation tardive. Avant cela, je me suis d’abord consacrée durant plus de dix ans à ma première passion: la danse. J’ai suivi une formation de danseuse interprète au Ballet Junior de Genève. Mais un jour, comme une belle histoire d’amour qui se termine, j’ai réalisé que la passion n’était plus là. J’ai alors décidé de changer radicalement de voie. Une décision prise sur un coup de tête, comme le sont toutes les grandes décisions de ma vie! À 21 ans, j’ai débuté mes études de journalisme à l’Université de Fribourg. 

Que gardez-vous de votre passé de danseuse?

De nombreux éléments, qui peuvent parfois sembler un peu «bateau» mais qui occupent toujours une place importante dans ma vie. La discipline d’abord: danser, c’est entretenir un haut rapport d’exigence avec son corps. Je n’ai rien perdu de cette rigueur. Peu importe qu’on soit fatigué ou qu’on n’en ait pas envie, quand il faut le faire, on le fait! Mais je conserve surtout de cette formation la volonté de toujours donner le maximum. J’entends encore ma directrice qui répétait sans cesse: «Ne t’économise pas!» Ça m’est resté. 

Votre carrière journalistique a aussi été marquée par de nombreux changements: spécialisée dans l’économie, vous vous êtes ensuite penchée sur la politique avant de présenter et produire l’émission «À Bon Entendeur» de la RTS. Pourquoi ces revirements?

Pour moi, ces domaines se rejoignent sous plusieurs aspects. Le premier est la rigueur qu’ils demandent dans leur traitement: il faut être précis dans les faits et se documenter longuement. Mais surtout, ils me permettent d’exercer mon métier comme je le conçois: donner l’information la plus objective possible dans une logique de service public. 

C’est justement ce que vous faites dans «A Bon Entendeur», magazine consommation dans lequel sont notamment régulièrement traités des sujets en lien avec la santé. Quelle relation existe-t-il entre ces deux domaines?

Le lien entre consommation et santé est très fort, sans doute aujourd’hui plus que jamais. La présence de dioxines dans les aliments, de perturbateurs endocriniens dans les urines des enfants… Tous ces sujets véhiculent des enjeux sanitaires importants et même si l’émission n’y est pas exclusivement dédiée, la santé soustend beaucoup de nos enquêtes. 

Il y a donc un réel enjeu de santé publique dans l’information liée à la consommation. Comment tentez-vous d’y répondre dans l’émission?

Selon moi, une des principales forces de l’émission réside dans sa capacité de test. Dernièrement, nous avons par exemple pu mettre en évidence la présence de microplastiques dans différents aliments de la région, dont certaines pommes bio! Cette possibilité de test, peu de médias la possèdent, car elle exige un savoir-faire important ainsi que des moyens financiers. Elle est toutefois précieuse, car elle nourrit le débat sur ces enjeux primordiaux tout en fournissant l’information nécessaire pour que le public consomme en connaissance de cause. 

Cette connaissance approfondie des produits du commerce a-t-elle eu des impacts sur votre propre consommation?

Évidemment, certains sujets ont modifié ma façon de consommer en me faisant réaliser des choses dont je n’avais pas conscience. On peut tous se faire gruger par un emballage, moi la première! Cela m’est déjà arrivé de penser acheter un sirop artisanal alors qu’il était en réalité 100% chimique (rires). 

Vous avez co-écrit le livre Engagées! 21 portraits inspirants de femmes politiques suisses, qui paraîtra début mai aux éditions LEP. Pourquoi ce sujet?

La place des femmes dans la société et notamment dans les sphères de pouvoir est selon moi un des débats essentiels de notre société contemporaine. Avec mes co-autrices Nathalie Christen et Simona Cereghetti, toutes deux également journalistes, nous avons souhaité documenter cette problématique par le témoignage. Il ne s’agit pas d’un acte militant, mais de donner à voir la réalité des femmes politiques en Suisse aujourd’hui, quels que soient leurs partis. 

Subsiste-t-il toujours une différence de traitement entre hommes et femmes dans notre société?

Il est évident que le fait d’être femme, et a fortiori mère, induit des constructions auxquelles on ne peut échapper. Je l’ai personnellement senti à l’arrivée de mon fils. Soudainement, lorsque je travaillais tard le soir, des personnes (sans doute bien intentionnées) me conseillaient de rentrer m’occuper de lui. Merci, mais il a aussi un papa qui s’en occupe très bien! Un autre élément sont les biais intériorisés faisant que nous, les femmes, peinons globalement plus à nous faire confiance, à oser nous mettre en avant. Tout ceci, les femmes de notre livre l’ont vécu. L’enjeu était de montrer, en exposant leur parcours, qu’il est possible de trouver des solutions malgré ces difficultés.

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Paru dans Planète Santé magazine N° 45 – Juin 2022

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