JÉRÉMY FRICK «JE VEUX METTRE MON STATUT DE FOOTBALLEUR AU SERVICE DES AUTRES»

Dernière mise à jour 24/03/26 | Questions/Réponses
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Sur le terrain comme dans la vie, Jérémy Frick s’est fixé comme mission de se mettre au service des autres. Capitaine du Servette FC, le gardien genevois incarne un rôle fédérateur qui dépasse largement les limites du stade. Très investi auprès de la Fondation de l’Hôpital de La Tour, il consacre une partie de son temps aux enfants malades, convaincu que sa vocation de sportif va bien au-delà des matchs. Rencontre avec un footballeur au grand cœur, lucide, engagé et profondément humain.

Planète Santé: Quel bilan tirez-vous de la saison 2025, marquée par des défis et changements stratégiques dans votre club?

Jérémy Frick: Cela faisait six ou sept ans que tout fonctionnait bien, mais cette année a en effet été une saison un peu compliquée pour nous, avec un changement d’entraîneur, des résultats mitigés et des mouvements dans l’équipe. Il y a des saisons comme ça. Il faut tenir bon. Tout va rentrer dans l’ordre, c’est ce que je nous souhaite pour 2026.

En un mot…

La personne que vous admirez?

Roger Federer.

Votre plus gros défaut?

J’ai parfois un peu trop d’ego.

Votre plus grande qualité?

La bonne humeur. J’arrive toujours dans les vestiaires avec le sourire.

Une superstition avant un match important?

Oui… mais je la garde pour moi!

Vous êtes très investi au niveau associatif, notamment auprès de patients via la Fondation de l’Hôpital de la Tour. Comment est née cette envie d’engagement?

C’est grâce au médecin de l’équipe, le Dr Finn Mahler. Il y a deux ans, il m’a demandé à la fin d’un match si j’acceptais de faire une photo pour le Dr Omar Kherad (médecin-chef du Service de médecine interne générale de l’Hôpital de la Tour, ndlr), qui cherchait à récolter des fonds pour soutenir la recherche sur les maladies rares infantiles. Le dévouement et le parcours de ce dernier m’ont touché, et j’ai eu envie de participer, à ma manière, à sa démarche, en étant présent à des événements par exemple.

Est-ce une mission qui vous tient à cœur?

J’ai toujours voulu mettre mon statut de footballeur professionnel au service des autres. Cela fait aussi partie de notre mission de sportifs de haut niveau. En tant que père, mais avant tout en tant qu’être humain, la question de la santé des enfants me touche particulièrement. Si je peux donner de ma personne pour apporter un peu de joie à ces patients, faire progresser la recherche ou encore braquer l’objectif sur des maladies rares, alors, tant mieux.

Être capitaine d’équipe est également une mission importante. Que représente ce titre pour vous?

Étant Genevois, j’ai toujours supporté le Servette FC. Porter aujourd’hui le brassard de capitaine de l’équipe, c’est avant tout une fierté, mais aussi une responsabilité qu’il faut tenir sur le terrain, et en dehors. Depuis que je suis petit, j’essaye d’être leader et rassembleur. J’essaye de le faire, tant bien que mal, d’une manière toujours positive. Je ne veux pas être un capitaine tyrannique.

Comment est née votre passion du football?

Cela remonte à très loin. J’ai le souvenir, enfant, de longues heures passées à jouer dans la rue avec mon frère et des copains du quartier. Nous n’avions pas de cages, on utilisait une bouche d’incendie et un pull pour faire les buts. On jouait non-stop, jusqu’à ce que nos parents nous demandent maintes et maintes fois de rentrer pour manger. Je garde un souvenir ému de ces moments.

Auriez-vous pu faire un autre métier que footballeur?

Si je n’avais pas opté pour le football, je pense que je serais devenu ostéopathe. Cela m’a toujours intéressé. C’est un métier du soin, très important dans le cadre de la préparation physique chez les sportifs.

Vous êtes en effet entouré d’une équipe médicale complète. Ce soutien est-il essentiel pour vous?

J’en suis convaincu. L’encadrement médical pour une équipe sportive, que ce soit dans le football ou un autre domaine, est extrêmement important. D’abord pour être pris en charge et recevoir les bons traitements en cas de blessure, ou simplement à titre préventif. Mais également, et c’est pour moi un sujet crucial, sur le sujet de la santé mentale. C’est une question qui a beaucoup évolué dans le domaine sportif ces dernières années. Lorsque l’on voit nos physiothérapeutes, médecins ou ostéopathes, on échange, on discute, on se décharge, au-delà de l’aspect purement sportif. C’est un réel soutien, essentiel dans le sport de haut niveau.

Quel rapport entretenez-vous avec votre propre santé?

Je ne suis pas du tout quelqu’un d’hypocondriaque. En tant que sportifs professionnels, nous sommes très bien suivis et souvent soumis à des bilans de santé. Je ne suis pas non plus inquiet pour d’éventuelles blessures. J’ai eu la chance de ne pas avoir été souvent blessé au cours de ma carrière, donc j’essaye de ne pas y penser.

BIO EXPRESS

8 mars 1993

Naissance à Genève.

2002

Entrée au Football Club Collex-Bossy en catégorie junior.

2011-2015

Olympique lyonnais (France).

2015-2016

Rejoint le FC Biel-Bienne.

Depuis 2016

Gardien de but du Servette FC.

Depuis 2024

Soutient la Fondation de l’Hôpital de La Tour.

Et quand il s’agit de la santé de vos proches, êtes-vous de nature inquiète?

Ce n’est pas quelque chose qui me traverse l’esprit. Je pars du principe que si une maladie nous tombe dessus, on ne peut rien y faire. Bien sûr, en tant que papa de deux enfants, je fais attention à ce qu’ils mangent, à leur hygiène de vie. Mais je pense qu’à partir du moment où on se donne les chances d’avoir la meilleure santé possible, cela ne sert à rien de se stresser, ce qui doit arriver arrivera.

Votre corps est votre outil de travail. Ressentez-vous une certaine pression face à sa possible vulnérabilité?

Oui, il y a forcément une certaine pression. Mais je me suis toujours appuyé sur la grande confiance que j’ai dans mon corps, dans mes capacités physiques. Ces derniers mois, mon dos m’a lâché deux fois, et cela m’a en effet fait prendre conscience que tout pouvait basculer assez rapidement. Cette expérience m’a aussi appris la résilience, car lorsque l’on souffre du dos, on ne peut plus rien faire. Il faut savoir attendre que cela aille mieux.

Êtes-vous sujet au stress avant un match important?

Non, pas vraiment, notamment parce que j’ai un certain nombre de matchs dans les jambes. Mais il y a toujours une certaine excitation avant d’entrer sur le terrain. Ce n’est pas du stress, c’est plutôt cette exaltation que l’on ressent avant de monter sur un grand huit. Pour ma part, elle mêle joie et envie de bien faire.

Comme pour tout sportif, l’alimentation doit être un pilier important de votre préparation. Y faites-vous attention?

Oui en effet, surtout dans les périodes où je ressens de la fatigue. J’essaye d’éviter tout ce qui relève d’une alimentation inflammatoire, comme les produits laitiers, la viande rouge, etc. Mais je ne me mets pas de barrière. Si un soir –pas une veille de match bien sûr–, je veux me faire une raclette avec des amis, je ne vais pas me priver.

Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, je suis plus vigilant à mon alimentation en période de trêve hivernale car, comme mes dépenses énergétiques sont réduites, c’est là que je dois faire attention.

Que signifie pour vous «être en bonne santé»?

C’est ne pas être limité dans sa capacité à faire des choses. C’est également, selon moi, être en bonne santé mentale. Vivre sa vie comme on l’entend, sans limitations physiques ni psychologiques.

L’entourage participe-t-il, selon vous, au bien-être psychologique?

Oui et non! Depuis que j’ai des enfants, j’ai davantage de pression, car je veux bien faire pour ne pas les décevoir. Et puis ma fin de carrière est plus proche que son début, donc je me pose aussi beaucoup de questions sur l’après.

Heureusement, j’ai un entourage familial qui évolue en dehors de l’univers du football. Quand je rentre à la maison, ma femme ne me parle pas du tout de foot et je pense que c’est cela le secret: réussir à séparer le travail et la vie de famille.

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Paru dans Planète Santé magazine N°60 - Mars 2026

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