Henri Dès: «Je suis un Monsieur Hibou»

Dernière mise à jour 22/07/13 | Article
Henri Dès: «Je suis un Monsieur Hibou»
Eternel optimiste, Henri Dès nous livre sa vision de la vie et de la santé. Un homme sain qui fait tout pour le rester.

Planète Santé: Une interview sur la santé, est-ce indiscret?

Henri Dès: Non, cela ne l’est pas pour moi car je vais plutôt bien. Ce serait différent si ce n’était pas le cas.

Quelle place tiennent les préoccupations autour de la santé dans votre vie?

La santé est essentielle pour moi. Je ne suis pas hypocondriaque, mais je considère que c’est la base de notre existence. Si on n’y fait pas attention, cela ne va pas. Je n’ai jamais exagéré de quoi que ce soit et je tiens beaucoup à ma santé. J’ai des copains fumeurs, d’autres qui ont abusé de produits, de bonne chair et qui sont complètement détruits. Quand on a 40 ans, on se ressemble tous d’une certaine façon, ce n’est que plus tard, à mon âge (ndrl 72 ans), qu’un écart s’installe entre ceux qui ont fait des excès et les autres. Ces phénomènes existent dans tous les milieux, pas seulement dans celui de la musique. Moi j’aimerais mourir en bonne santé.

Vous êtes donc attentif à votre hygiène de vie?

Oui, je fais très attention. Je fais moi-même à manger, je prépare des portions modestes, je ne sors pas de table «bourré». Je bois pour le plaisir, mais pas pour me saouler. Je connais des gens qui boivent pour s’enivrer, qui mangent trop, qui ont des problèmes de cholestérol, de cœur et qui après se lamentent. J’avoue que cela m’énerve un peu. A côté de cela, je fais du sport. J’ai de la chance d’avoir une piscine, je fais chaque matin une demi-heure à 45 minutes d’exercices de respiration et de l’apnée pour augmenter mes capacités respiratoires en vue de mes spectacles, pour être à l’aise sur scène. Mais je fais aussi tout ça pour le plaisir, c’est moins une contrainte qu’une réflexion sur moi-même.

Êtes-vous acteur dans votre santé?

Oui, je suis un bon patient. Je suis plutôt du genre à anticiper les choses. Par exemple, j’ai décidé de renouveler mon dépistage du cancer du côlon. La coloscopie est un mauvais moment à passer, ce n’est pas rigolo, mais il vaut mieux que cela soit derrière soi, savoir si on a des risques d’être malade et pouvoir réagir en conséquence. Je fais par ailleurs des contrôles réguliers, la tension, le cholestérol, etc. pour vérifier que tout va bien.

Quel rôle joue la psyché dans la santé?

Le soma et la psyché s’influencent mutuellement. Tant que mon corps ne m’envoie pas de mauvais signaux, cela veut dire que je vais bien. On apprend cela en sophrologie.

Vous pratiquez la relaxation?

Oui, j’ai connu la sophrologie il y a 40 ans avec le Pr Abrezol. J’ai eu l’impression d’avoir acquis un bagage formidable pour m’occuper de moi tout seul. C’est une façon d’agir qui permet d’anticiper bien des problèmes. Cela m’est utile en particulier pour maîtriser mon trac avant d’entrer sur scène. Je n’ai jamais eu besoin de produits bizarres.

Êtes-vous ouvert aux médecines douces?

«La source du bonheur n’est pas dans l’argent ou dans tout le falbala de la vie, mais dans le reste»

Oui, je ne prends jamais rien contre le rhume, je ne fais pas le vaccin contre la grippe et je ne suis jamais malade. Je me souviens, à l’Olympia, les gens toussaient et s’étonnaient que je ne sois pas vacciné. Je fais attention, je sors couvert et tout va bien. Si les petits problèmes peuvent se régler avec des produits naturels, j’en prends. Pour le reste, je me soigne avec des médicaments ou je fais ce qu’il faut.

Êtes-vous fidèle à votre médecin?

Oui, j’ai un médecin de famille qui me connaît depuis longtemps et qui est un ami. Je lui fais confiance. Quand il me demande d’aller faire d’autres examens chez un spécialiste, je le fais.

Vous avez l’âge de la retraite, est-ce une réalité qui vous échappe totalement?

Oui, la retraite est une notion qui m’est étrangère, mais j’estime que c’est une chance. Evidemment, je suis plus vite fatigué. Les spectacles et tout ce qu’il y a autour –les répétitions, les voyages, les interviews avec les journalistes, les gens qui veulent me rencontrer après les concerts, les autographes et les bisous– c’est certes agréable mais aussi lourd à gérer. Je ne me voile pas la face, je sais l’âge que j’ai, je ne peux pas être aussi solide qu’à 35 ans, mais j’adapte mon emploi du temps. Chaque jour je fais une belle sieste en début d’après-midi.

Est-ce que vieillir vous ennuie?

Non, c’est la vie. Cela ne m’a jamais énervé de passer d’une dizaine à l’autre. Il y a des gens qui, déjà à vingt ans, s’en plaignent. Il faut vivre avec. Je profite de la vie, de ma femme, de mes enfants, de mes petits-enfants. Les plaisirs sont différents avec l’âge, je n’ai plus envie de  grands voyages par exemple, et j’aménage mon temps différemment.

Êtes-vous inquiet en général, pour vous-même ou pour vos proches?

La mort de mes proches me fait plus peur que la mienne. Dans la vie, on ne peut pas être confiant bêtement. Je suis attentif à ce que font mes enfants, je suis inquiet pour eux, j’ai peur pour mon fils qui fait de la scène et qui voyage beaucoup sur les routes, qui rentre tard, je ne sais pas s’il dort assez. Bien sûr, la mort d’un proche est la pire chose qui puisse arriver, mais on ne peut pas vivre en ne pensant qu’à ça. Je ne me demande pas ce que je ferai si cela arrivait.

Vous-même avez-vous déjà frôlé la mort?

Non, jamais.

Êtes-vous engagé pour des causes solidaires?

Je suis sensible et je sais ce qu’il se passe autour de moi. Je suis parrain d’une quinzaine d’associations qui militent pour le Sida, les maladies orphelines, infantiles, etc. Je me sens assez proche de ces réalités. Il est difficile d’y accorder beaucoup de temps malgré tout, mais j’écris des chansons.

Vos chansons sont-elles un antidote à la morosité?

Je pense, oui. Je n’écris pas des chansons qui racontent des histoires tristes comme la douleur d’un enfant malade, car je pense justement que dans une telle situation, on a besoin de gaieté et d’optimisme. C’est ce que font les clowns dans les hôpitaux d’ailleurs. Je chante plutôt des chansons qui font du bien et qui vont aider. C’est essentiel pour sortir un peu du côté pénible de la maladie. Beaucoup de gens m’en parlent d’ailleurs. L’optimisme de mes chansons est utile et leur fait du bien.

L’optimisme est une seconde nature chez vous? Qui vous l’a transmis?

Oui, je suis né comme ça et je l’ai cultivé. Même quand quelque chose de négatif arrive, je sais que ça ne l’est jamais complètement et je cherche tout de suite ce qu’il y a de positif. Je me demande quoi en faire, quelle leçon en tirer et comment je peux rebondir. J’amène cette positivité-là dans mes chansons.

Vous êtes très zen…

Oui. Je me souviens d’un musicien lors d’une tournée complètement paumé dans sa vie, il se posait des questions complexes et me demandait mon avis. Bien sûr, quand on est plongé dans ses propres difficultés, c’est plus compliqué de les analyser. Mais je l’écoutais et je lui donnais mon avis, répondais à ses questions si bien qu’il m’avait surnommé Monsieur Hibou.

Quels trucs vous aident en particulier?

La sophrologie m’a beaucoup aidé, sinon, j’utilise le système de la page blanche. A gauche, je note le négatif, à droite le positif. En fonction de la page qui est la plus remplie, le choix est vite fait. Cela fonctionne assez bien. En général, je me rappelle que la source du bonheur n’est pas dans l’argent ou dans tout le falbala de la vie, mais dans le reste.

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