Une prise de sang pour dire le temps qu’il vous reste à vivre

Dernière mise à jour 07/08/13 | Article
Une prise de sang pour dire le temps qu’il vous reste à vivre
Jadis on lisait les lignes de la main. Demain on mirera une goutte de sang. Avec sans doute une plus grande précision.

Vieillir, sans doute, mais jusqu’à quand? Nous savons aujourd’hui, grâce à de multiples travaux de biologistes, que la durée de la vie humaine est la résultante de nombreux facteurs. Et tous ne sont pas le fait du hasard. Cette durée est influencée par des éléments génétiques, par notre mode de vie ainsi que par l'environnement qui comme chacun sait est changeant. On estime que la génétique n’entrerait que pour un quart dans notre espérance de vie. Le reste impliquant là encore de très nombreux facteurs qui peuvent d’ailleurs interférer avec la génétique elle-même (via cette nouvelle dimension qu’est l’épigénétique). Et tout ceci laisse des traces, des empreintes biologiques.

Une biochimie complexe

On connaît déjà plusieurs des marqueurs du processus de vieillissement. C’est le cas de la longueur des télomères, ces extrémités de nos chromosomes, ou des taux sanguins du célèbre sulfate de déhydroépiandrostérone (DHEA). Ce ne sont là que de premiers éléments de la biochimie complexe qu’est celle du vieillissement. Différents travaux sont en cours pour établir des corrélations entre, d’une part, des paramètres et des changements moléculaires, et de l’autre l’aptitude au vieillissement et la durée de l’espérance de vie.

Le dernier travail en date dans ce domaine vient d’être publié1 sur le site de l’International Journal of Epidemiology par une équipe de scientifiques du King’s College de Londres associés à ceux d’autres instituts de recherche basés en Allemagne, aux Etats-Unis, au Qatar et en Australie. Ces travaux ont pour partie été soutenus financièrement par le laboratoire Roche Diagnostic. Les chercheurs ont pu travailler sur des échantillons sanguins de 6055 paires de jumeaux du registre britannique «Twins». Ils ont de la sorte examiné de manière systématique les paramètres biologiques pouvant être associés au vieillissement en bonne santé.

Au final ils expliquent avoir pu identifier vingt-deux éléments (ou métabolites) associés à l'âge car présents à des niveaux plus élevés chez les personnes âgées. Une forme de grille qui pourrait, demain, constituer la trame d’un futur «test de prédiction de la durée de la vie». Pour ce faire les chercheurs ont recueilli des données aussi diverses que l’indice de masse corporelle (IMC), la fonction pulmonaire, la densité minérale osseuse, la pression artérielle, les taux sanguins de cholestérol, la longueur des télomères et les niveaux sanguins de DHEA-S; puis ils ont mesuré les niveaux de 280 métabolites connus dans les échantillons sanguins.

Profilage métabolique

Dirigés par Christina Menni et Ana M. Valdes, les chercheurs aboutissent ainsi à leurs vingt-deux métabolites associés avec l'âge, qu’ils ont validés sur une seconde cohorte de 887 personnes. Un métabolite en particulier (le «C-glyTrp») s’avère tout particulièrement associé à des facteurs liés à l'âge tels que la densité osseuse et la fonction pulmonaire.

Il faut ici être prudent: ces résultats ne suggèrent pas que ces métabolites soient directement des éléments explicatifs des différences observées dans les longueurs des espérances de vie. Plusieurs éléments convergent néanmoins pour dire qu’ils pourraient être des biomarqueurs significatifs de l’état du vieillissement. C’est ainsi que les auteurs de cette recherche évoquent un «profilage métabolique» en liaison avec des mécanismes moléculaires structurants, influant sur la santé à long terme et le vieillissement. Le développement d’un test sanguin permettant de prédire la durée de vie n’est sans doute pas à portée de main. Mais nous n’en avons jamais été aussi près.

1. L’étude (en anglais) est disponible ici.

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