Le sport connecté en questions

Dernière mise à jour 27/10/21 | Article
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Mesurer ses pas, sa fréquence cardiaque ou encore le nombre de calories brûlées pendant une séance de sport : la pratique est devenue quasi incontournable à l’heure des montres et autres appareils connectés. Mais est-elle si anodine?

Place à la prudence

Même utilisées avec discernement, les mesures exposent à un danger aussi basique que périlleux: celui de baser sa pratique sur des données erronées. Il n’est en effet pas rare qu’une mesure soit mal construite, mal calibrée, que les références se révèlent discutables. Il est donc crucial de garder une distance critique vis-à-vis des mesures et de les utiliser de manière… «mesurée».

L’apparition d’une technologie induit souvent cette inquiétude : en l’adoptant, allons-nous oublier comment faire sans elle? Par exemple, les enfants qui naissent aujourd’hui et utilisent smartphones et ordinateurs vont-ils perdre la capacité d’écrire à la main? Cette inquiétude témoigne d’une peur de la nouveauté et du changement mais aussi d’un sain scepticisme. Elle disparaît néanmoins progressivement quand la technologie en question se répand et se normalise. On se demande ainsi rarement aujourd’hui si le train ou l’imprimerie doivent être remis en question.

Dans le cas des mesures de nos pratiques sportives, nous sommes dans un moment charnière. Un grand nombre d’entre elles (ainsi que l’acte même de mesurer) sont anciennes et largement normalisées. En revanche, le pullulement de nouvelles métriques et leur digitalisation, via les smartphones par exemple, sont autant de transformations nouvelles qui réactivent des inquiétudes passées.

Concrètement, perdons-nous quelque chose en nous mesurant? Chez les athlètes d’élite, une population surexposée à la mesure de l’activité physique, les réactions sont mitigées. Si elles leur permettent d’apprendre à contrôler les efforts, les mesures sont généralement mises à distance dans un second temps. Elles servent ainsi de soutien à l’incorporation d’une capacité à ressentir et gérer. En d’autres termes, les sportifs d’élite utilisent des outils de mesure pour mieux se connaître, mais apprennent ensuite progressivement à s’en séparer et à redevenir «autonomes».

Sensations internes et connaissance de soi

Les athlètes opposent ainsi généralement le fait de gérer l’effort via une métrique ou via le ressenti  et l’instinct («Savoir si on en a dans les jambes», «Sentir lorsqu’on pousse trop loin», etc.). Et il est vrai que, si les mesures informent sur l’état du corps, nous disposons aussi de tout un réseau biologique de détection qui nous est propre. Nous pouvons ressentir si nos muscles sont fatigués ou si nous nous sentons tout simplement en forme ou pas. Et c’est bien l’ensemble de ces sensations internes et la connaissance de soi qui priment chez les athlètes. Dès lors, plutôt que de s’enferrer dans un débat souvent stérile sur la supériorité de l’une ou l’autre, il est plus fructueux de considérer que les deux techniques peuvent être utilisées en parallèle selon une infinité de variations possibles et que l’une peut soutenir l’autre.

En écho à ce constat, une inquiétude apparaît largement répandue: la crainte que les mesures ne nous éloignent de notre propre corps. Cette question ne concerne pas uniquement les sportifs d’élite, mais se rencontre également dans le sport amateur, voire dans la vie quotidienne… Des scientifiques anglais ont ainsi montré comment l’utilisation de podomètres pour la mesure du nombre de pas journalier a tendance à entraîner une focalisation sur la santé et le décompte en soi (ce qui peut être stressant), alors que la marche peut aussi être l’occasion de se vider l’esprit. Loin d’être neutre, le principe même de la mesure peut bel et bien transformer la pratique et sa perception. D’ailleurs, à terme, la majorité des personnes mesurant leurs pas cesseraient de le faire. Ceci est souvent évoqué pour crier à l’inutilité des outils de mesure.

Mais revers positif de la médaille: nombre de personnes apprennent avec ces outils à mesurer leurs pas de manière autonome. Petit à petit, elles deviennent capables d’estimer elles-mêmes si elles ont eu une journée active ou non et quel nombre de pas, assez précisément, elles ont parcouru. Ce serait en fait pour cela qu’elles abandonneraient l’outil. Preuve alors qu’il a été un allié pour développer des capacités à (se) mesurer par ressenti.

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Paru dans Planète Santé magazine N° 42 – Octobre 2021

Adapté de Je bouge connecté·e, par Bastien Presset et Davide Malatesta, Genève,Ed. Planète Santé, 2021.

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