Le bénéfice spectaculaire de l'activité physique

Dernière mise à jour 19/11/17 | Article
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L'étude prospective PURE, menée sur 130'000 personnes dans 17 pays l'atteste: où que ce soit dans le monde, un décès prématuré sur douze pourrait être évité grâce à une très modeste activité physique de 30 minutes par jour pendant cinq jours de la semaine.

On avait déjà mis en évidence, dans les pays à haut revenu, qu'une activité physique régulière permettait de réduire le risque de souffrir d'une maladie cardiovasculaire, et permettait incidemment de faire baisser le taux de mortalité prématurée. L'activité physique dans ces pays-là est toutefois essentiellement de nature sportive ou liée à divers types de loisirs ou de divertissement.

En revanche, on ne savait rien de ce qu'il en était des pays à faible revenu, où l'activité physique relève davantage des tâches quotidiennes. Or, alors que la mortalité consécutive à une maladie cardiovasculaire a plutôt baissé dans les pays riches, elle a au contraire augmenté de 41% en moins de 25 ans au niveau mondial, un bond qui est vraisemblablement dû à l'influence des pays à revenu faible ou moyen.

D'où l'objectif de Scott Lear et des chercheurs de PURE tout autour du monde: quantifier les bénéfices que procurent divers types d'activité physique en termes de maladies cardiaques et de décès prématurés. Cette étude est impressionnante non seulement parce qu'elle a couvert et suivi un nombre considérable d'individus, âgés de 35 à 70 ans, mais surtout parce qu'elle a concerné autant des pays à revenu faible ou intermédiaire que des pays riches, et autant les habitants de la campagne que les citadins.

Les recommandations de l'OMS

Sur les 168'916 individus initialement recrutés dans toutes les régions du monde entre janvier 2003 et fin 2010, 141'945 participants ont finalement complété le Questionnaire International sur l'Activité Physique (IPQA), mais seuls 130'843 de ceux-là, qui n'avaient pas souffert précédemment d'une maladie cardiaque, ont pu être conservés pour l'analyse.

A titre de référence, les auteurs de l'étude ont choisi de partir des recommandations de l'OMS, qui conseille d'effectuer chaque semaine au moins 150 minutes d'activité physique de même que des exercices d'entraînement musculaire au moins deux jours par semaine. Il est clair toutefois que presque un quart de la population mondiale (23%) est malheureusement très loin de suivre de telles recommandations. Pour affiner un peu plus leur analyse, les auteurs de l'étude ont retenu comme critère trois niveaux d'exercice physique hebdomadaire: une activité physique faible, correspondant à moins de 600 MET (une mesure standardisée de l'activité physique) par minute et par semaine; une activité physique modérée, de 600 à 3000 MET par minute et par semaine; et au-delà de 3000 MET par minute et par semaine, cette activité étant qualifiée d'élevée. Ces trois niveaux correspondent grosso modo à respectivement 150 minutes d'activité physique par semaine (la référence de l'OMS), de 150 à 750 minutes, et plus de 750 minutes.

Un bénéfice substantiel

Afin de confronter ces données aux éléments relatifs à la santé, il a fallu établir en parallèle les chiffres de mortalité prématurée et les taux de maladies cardiovasculaires, notamment d'infarctus, d'attaque cérébrale et d'insuffisance cardiaque. Dans les pays à revenu élevé ces chiffres découlaient normalement des statistiques officielles, mais quand le pays n'en disposait pas, les chercheurs ont décidé de s'appuyer sur des enquêtes spécifiques et personnalisées, notamment auprès de la famille ou des proches.

Durant les 6,7 ans en moyenne qu'a duré le suivi de l'ensemble des individus, ce sont ainsi 5334 décès qui ont été enregistrés, de même que 1987 infarctus, 2086 accidents vasculaires cérébraux, et 386 cas d'insuffisance cardiaque.

En confrontant alors ces chiffres aux divers niveaux d'activité physique, les chercheurs sont arrivés à la conclusion que sur les 106'970 individus qui suivaient les recommandations officielles, 3,8% ont développé une maladie cardiovasculaire, et que ce chiffre monte à 5,13% chez les 23'549 sujets qui pratiquaient une activité physique insuffisante. Une différence similaire s'est révélée en termes de mortalité prématurée, puisque cela n'a concerné que 4,2% des gens qui respectaient les recommandations de l'OMS, contre 6,4% pour les autres.

En d'autres termes, pratiquer une activité physique même modérée permet de réduire de 28% la mortalité prématurée, toutes causes confondues, et de 20% le risque d'attaque cérébrale!

Impressionnante économie potentielle

Ce qui fait dire aux auteurs de l'étude que si l'ensemble de la population s'adonnait aux 150 minutes hebdomadaires d'activité physique recommandées, on pourrait éviter dans le monde 8% de décès prématurés (soit un individu sur douze) et 4,6% de maladies cardiaques. Et que si le niveau d'activité montait à 750 minutes par semaine, on pourrait réduire de 13% les décès prématurés et presque un cas sur dix de maladie cardiaque! C'est le type d'activité qui a été relevé par exemple dans les pays à revenu moyen ou faible, où l'exercice physique est surtout lié au transport, à l'activité professionnelle et aux tâches ménagères, mais pratiquement pas aux loisirs.

Les autres conclusions tirées par les auteurs ne sont pas moins intéressantes. Il apparaît en effet que même si le bénéfice de l'activité physique est plus ou moins proportionnel à son intensité, on arrive tôt ou tard à un plateau. Aussi est-il inutile de forcer au-delà des 750 minutes d'exercice hebdomadaire, car le gain sera marginal. Les chercheurs font aussi remarquer que la baisse du risque qu'apporte une activité physique régulière, même modérée, ne varie pas fondamentalement d'un pays à l'autre, quel que ce soit sont niveau économique. De la même façon, la prise en compte de l'âge, du sexe, voire de l'indice de masse corporelle des individus, ne modifie pas la conclusion.

Mais ce que cette étude met clairement en évidence, finalement, grâce au parallélisme établi entre pays très inégaux en termes de revenus, c'est le fait qu'il est possible de réduire sensiblement le risque de décès prématuré et de maladie cardiaque grâce à une intervention non médicamenteuse très simple, et surtout peu coûteuse. Les politiques de santé feraient bien de s'en inspirer, soulignent les auteurs, en favorisant un environnement où l'activité physique quotidienne serait privilégiée, par exemple en multipliant les offres destinées aux piétons et aux cyclistes.

___________

Référence: Scott A. Lear et al., The Lancet, “The effect of physical activity on mortality and cardiovascular disease in 130'000 people from 17 high-income, middle-income, and low-income countries: the PURE study”. DOI: http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(17)31634-3.

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