L’altitude: bonne ou mauvaise pour la santé?

Dernière mise à jour 22/04/21 | Article
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Vivre ou séjourner à moyenne altitude s’avère bénéfique, tout particulièrement en cas d’obésité ou d’hypertension, ainsi que pour les personnes âgées. Mais des études suggèrent également un lien entre vie en altitude et propension aux troubles anxiodépressifs.

À des altitudes modérées (soit entre 1000 et 1800 m), la baisse de pression en oxygène dans l’air ambiant a de multiples bienfaits sur la santé. Et pour cause: elle induit dans l’organisme certains mécanismes proches de ceux que l’on retrouve chez les sportifs de haut niveau s’entraînant en condition d’hypoxie hypobare (c’est-à-dire liée à la diminution de la pression barométrique) afin d’améliorer leurs performances.

Nul besoin d’être un athlète pour profiter de ces bénéfices. Pour tout un chacun, faire de l’exercice en état d’hypoxie «accroît la perfusion (apport sanguin, ndlr) ainsi que l’oxygénation des muscles, et augmente la relaxation des vaisseaux sanguins», explique Grégoire Millet, professeur à l’Institut des sciences du sport (ISSUL) de l’Université de Lausanne. Cela peut avoir un effet positif chez les personnes ayant de l’hypertension. À une nuance près toutefois: si ce trouble a tendance à s’aggraver avec l’altitude, il s’atténue au contraire quand on y fait de courts séjours. «Il suffit de rester trois jours à 2500 m ou quelques heures à 4500 m pour voir sa tension artérielle diminuer», précise l’expert.

Rien de tel que la montagne pour lutter aussi contre l’obésité. Les personnes en surpoids, qui ont souvent des difficultés à courir, voire à marcher longtemps sans douleur, peuvent «utiliser l’altitude pour faire de l’exercice et augmenter ainsi leur dépense énergétique», souligne le chercheur. Comme, en outre, l’hypoxie réduit l’appétit, «elle peut potentiellement faire diminuer la masse grasse et la masse maigre» et aider donc à perdre du poids.

Les avantages ne s’arrêtent pas là puisque l’altitude «réduit les processus inflammatoires, diminue la rigidité des parois artérielles et, chez les diabétiques, améliore la sensibilité à l’insuline». D’ailleurs, des études ont montré que dans les populations vivant à plus de 1000 m, la proportion d’individus obèses est inférieure à celle que l’on trouve en plaine.

Baisse de la mortalité

L’altitude semble également retarder ou contrebalancer plusieurs pathologies associées au vieillissement, car «elle réduit les facteurs de risque cardiovasculaire tout en augmentant les capacités physiques et le bien-être», précise le spécialiste de l’ISSUL. Une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Zurich*, portant sur plus d’un million et demi de Suisses, a d’ailleurs montré que ceux qui vivent à moyenne altitude diminuent de 22 % leur risque de mourir d’un infarctus et de 12 % celui de succomber à une attaque cérébrale.

Conclusion: quand on n’a pas la chance de vivre en montagne, on a tout intérêt à y séjourner! Et lorsqu’on habite sur les bords du Léman, conseille Grégoire Millet, «mieux vaut marcher ou courir sur les hauteurs plutôt qu’au bord du lac».

Attention en très haute altitude

La diminution de la quantité d’oxygène en altitude peut néanmoins entraîner des conséquences moins positives. «Pour compenser ce phénomène, notre respiration s’accélère, explique ainsi Grégoire Millet. Cela entraîne une hyperventilation qui réduit la teneur en CO2 du sang. On parle d’hypocapnie.»

Une maladie typique de la haute altitude est aussi à craindre: le mal aigu des montagnes. Il se caractérise par des symptômes tels que céphalées (maux de tête), nausées, vomissements, insomnie, vertiges… et apparaît à tout âge, y compris chez les enfants. Au-delà de 4000 mètres d’altitude, le manque d’oxygène peut avoir des répercussions encore plus importantes, comme des œdèmes pulmonaires et cérébraux.

Mais les effets de l’altitude ne se résument pas à la santé physique. Ils peuvent également entraîner des répercussions psychologiques importantes, le cerveau étant très sensible au manque d’oxygénation. L’hypoxie pourrait affecter la production de sérotonine, une hormone agissant sur la régulation de l’humeur. Une récente étude montre ainsi que vivre en altitude est associé à un risque accru de dépression, d’anxiété et de passage à l’acte suicidaire. Publiée en 2019 dans la revue International Review of Psychiatry, elle a été réalisée dans les montagnes rocheuses de l’Ouest américain, région réputée pour être l’une des plus prospères des États-Unis, mais aussi l’une de celles où l’on enregistre les taux de suicide les plus élevés.

Conseils pratiques

Pour bénéficier des effets protecteurs de l’altitude sur notre cœur et nos vaisseaux et, plus généralement, sur notre organisme, Grégoire Millet, professeur à l’Institut des sciences du sport (ISSUL) de l’Université de Lausanne, recommande de monter entre 1000 et 1500 m et d’y faire « de l’exercice à intensité modérée, par exemple de la marche à plat avec bâtons, du ski de fond, du VTT ou de la natation. De temps en temps, il faut alterner des exercices plus intenses comme la course et la marche en côte ou, en fonction de l’âge et de l’état de santé, accélérer sur quelques pas ».

Aux personnes hypertendues, le spécialiste conseille de « limiter la longueur des séjours en altitude », et à celles qui souffrent d’obésité, « de faire des exercices de faible intensité et d’éviter la marche à la descente ». Pour les seniors, il préconise « des séjours prolongés à altitude modérée ».

Enfin, un séjour en altitude est déconseillé lors de la grossesse chez les femmes souffrant d’hypertension, de prééclampsie ou d’une insuffisance placentaire.

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* Fäh D, Bopp M. Independent at heart: Persistent association of altitude with ischaemic heart disease mortality after consideration of climate, topography and built environment. Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Zurich, 2016.

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Paru dans Générations, Hors-série «Booster sa forme – Conseils experts», Octobre 2020.

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