Surveiller le sommeil pour en dépister les troubles

Dernière mise à jour 05/08/14 | Article
Surveiller le sommeil pour en dépister les troubles
Des applications enregistrent les mouvements nocturnes et aident à visualiser les cycles du sommeil. D’autres révèlent des ronflements ou une apnée du sommeil. Le but: détecter des dysfonctionnements.

C’est le matin. Alors qu’on devrait se sentir reposé, on se réveille de mauvaise humeur, avec l’impression d’être toujours fatigué. Toute la journée, on bâille et on se sent fourbu. Une fois encore, on a mal – ou pas assez – dormi. On s’en accommode, en oubliant que le sommeil est indispensable à la santé, physique et mentale. Il ne fait pas que recharger les batteries pour permettre de retrouver de l’énergie, mais renforce aussi les défenses naturelles. Enfin, il est essentiel pour consolider la mémoire et favoriser l’apprentissage. A contrario, les «mauvaises nuits» provoquent des phases de somnolence et augmentent les risques d’accidents. Elles affectent également l’humeur et peuvent favoriser l’obésité.

Mais il est difficile d’évaluer la qualité de son sommeil et d’en détecter les troubles (parasomnie). Les nuits sont-elles perturbées par des microréveils dont le dormeur ne se rend pas compte? Les phases de sommeil profond, le plus réparateur, sont-elles trop courtes? Autant d’informations que de nombreuses applications se proposent désormais de fournir.

Les cycles du sommeil

   

Visualiser le sommeil

Selon la phase du cycle du sommeil, l’individu s’agite (sommeil léger) ou, au contraire, ne fait aucun mouvement (sommeil profond et sommeil paradoxal). Certaines applications tirent parti de ce phénomène pour permettre de visualiser, sous forme de courbes, les différentes phases de sommeil et ses éventuelles interruptions. Elles fonctionnent à l’aide de capteurs qui enregistrent soit les mouvements du corps (intégrés dans des bracelets, montres ou ceintures), soit ceux du lit (placés sur le matelas). Les modèles que l’on porte sur soi «sont plus précis, car si votre partenaire bouge, le lit en fera autant et les informations seront erronées», commente Raphaël Heinzer, codirecteur du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil du CHUV.

Au suivi du sommeil, certaines applications associent un «réveil intelligent» qui tire le dormeur des bras de Morphée «avec douceur au moment idéal», comme l’annoncent les concepteurs, c’est-à-dire avant de replonger dans un sommeil profond.

Une autre catégorie de dispositifs enregistre les sons que l’on produit pendant la nuit. «Ce sont les plus intéressants», selon le médecin, car ils révèlent un ronflement, voire des cris ou même des hurlements, signes d’une parasomnie. Ils peuvent aussi signaler des pauses de respiration, suivies d’une reprise bruyante, symptômes de l’apnée du sommeil. «Ces enregistrements nous sont utiles quand les personnes viennent consulter», précise le spécialiste du CHUV. En outre, ajoute-t-il sous forme de boutade, «elles peuvent aider à régler certaines querelles conjugales» en prouvant au ronfleur que, comme l’affirme sa partenaire, ses nuits sont sonores.

Vrai ou faux?

Pour bien récupérer, il faut dormir huit heures par nuit.

Faux. Il n’y a aucune règle en la matière, car chacun a ses propres besoins. Certains se lèvent frais et dispos après six heures de sommeil, d’autres ont besoin de dormir neuf heures pour se sentir en forme.

Quand on dort avant minuit, les heures comptent double.

Faux. Il est vrai que les deux premiers cycles de sommeil sont les plus réparateurs, car le sommeil y est plus profond. Mais que l’on s’endorme à 21 heures ou à 1 heure du matin n’y change rien. L’important est d’aller au lit toujours à la même heure.

L’alcool aide à vaincre les insomnies.

Faux. Si l’alcool aide à s’endormir, il affecte la qualité du sommeil, qui est plus léger et fragmenté, donc peu réparateur.

Vision indirecte

Ces applications se multiplient et certaines ont maintenant des systèmes de traitement des données «très fiables», estime Christian Lovis, médecin-chef du service des sciences de l’information médicale aux HUG. D’autant que certains dispositifs connectés ne se contentent pas d’enregistrer les mouvements du lit ou du corps, mais mesurent aussi le pouls et le taux d’oxygène dans le sang. Il faut donc considérer les différents capteurs comme des «écosystèmes» que l’utilisateur choisira en fonction de ses besoins, et «ce n’est qu’après qu’il cherchera des applications capables de les exploiter».

Le rythme du sommeil varie selon chacun

En termes de sommeil, il n’existe pas de valeurs standards: chacun a son propre rythme. Ce que montrent la plupart des applications disponibles, c’est l’enchaînement des cycles de sommeil pendant la nuit. Le matin au réveil, l’écran du smartphone ou de la tablette indique «une sinusoïde esthétique», selon le Dr Raphaël Heinzer, codirecteur du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil du CHUV. Cette courbe est censée fournir un suivi du sommeil et permettre d’en visualiser les différentes phases (endormissement, sommeil lent léger, lent profond et paradoxal), ainsi que les périodes de veille. En fait, les applications ne donnent qu’une «vision indirecte», car elles enregistrent uniquement les mouvements du corps ou ceux du lit. Pour retracer fidèlement les cycles du sommeil, il faut «mesurer l’activité du cerveau quand on dort», précise le médecin. Et cela, seul un centre du sommeil hospitalier bien équipé est en mesure de le faire.

Si certaines applications sont de simples gadgets, d’autres peuvent être utiles. Raphaël Heinzer recommande notamment CBT-iCoach, qui «donne aux insomniaques de bons conseils leur permettant de changer leurs habitudes». Quant aux autres, le médecin estime qu’elles ont surtout l’intérêt «de sensibiliser certains utilisateurs à leur sommeil et, par exemple, de leur faire prendre conscience qu’ils se couchent trop tard».

C’est d’ailleurs l’expérience qu’a vécue Christian Lovis: «J’étais fatigué et j’accusais la qualité de mon sommeil. En utilisant un système connecté, j’ai constaté que je ne dormais en fait qu’en moyenne quatre à cinq heures par nuit, ce qui n’est pas assez. Et j’ai pris l’habitude d’aller au lit plus tôt.»

Quoi qu’il en soit, il ne faut pas se leurrer. Ces applications, estime Raphaël Heinzer, ne fournissent qu’une «vision indirecte du sommeil» (lire encadré). Christian Lovis constate pour sa part qu’à des fins commerciales, «les fabricants vantent des fonctionnalités de plus en plus extraordinaires. Mais le meilleur capteur n’est qu’une pâle ombre de l’investigation du sommeil qu’apporte la polysomnographie.» En cas de suspicion d’un trouble du sommeil, mieux vaut donc consulter un spécialiste.

    

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