Sommeil et rêves: l’homme du jour et l’homme de la nuit

Dernière mise à jour 06/03/12 | Article
personne endormie
Nous croyons nous connaître nous-mêmes quand nous sommes bien éveillés... Mais qui sommes-nous lorsque nous dormons?

Nous nous bornons à croire que dormir répond uniquement à la nécessité de récupérer des énergies, celles dépensées ou à dépenser dans l’état de veille. Au fond, l’homme nocturne en nous se réduirait à la condition d’un valet entièrement au service de l’homme diurne.

Au contraire, il se pourrait que ce soit l’homme de la nuit, l’homme du sommeil qui guide véritablement, et, au fond, domine l’autre. En outre, l’homme de la nuit, l’homme dormant serait moins enclin à tomber malade, vieillirait plus lentement, donc posséderait une sorte de sagesse intrinsèque qui ferait défaut à l’autre. Plus disponible aux surprises, aux changements de programmes, possédant une identité moins figée, plus nuancée.

L’homme du jour

L’être diurne que nous sommes tous, tout le long de notre existence, est apparemment quelqu’un de bien inséré dans la société à laquelle il appartient, il en suit les règles et peu importe si, de temps à autre, il aime les transgresser. En tout cas, il fait des projets, il a des espoirs qui s’encadrent dans des exigences communautaires. Son identité foncière est bien précisée dans des documents officiels, sa langue lui sert pour converser ou se disputer avec des gens qui, en fait, parlent la même langue que lui.

L’homme de la nuit

Alors que dès qu’il s’endort, il semble plonger dans un monde à part et dans une situation égocentrique incontournable. Par moments, en l’observant, on pourrait imaginer qu’il est mort ou qu’il s’est auto-exclu du contexte social. En réalité, l’homme dormant est un être relativement paisible qui, s’il vit des conflits et des disputes, le fait dans ses rêves, ces derniers susceptibles d’aménager le tout d’une manière ou d’une autre, mais sans qu’il y ait de blessés réels, sans que se produise l’irréparable.

Dans le passé historique, au coucher du soleil, les combattants – en tout cas la plupart d’entre eux – se préparaient à dénicher une place pour s’y coucher et dormir. Si féroce qu’elle ait pu être pendant la journée, en plein soleil, la bataille était suspendue. C’était une pause qui permettait justement à l’homme nocturne d’exercer ses droits, le plus important d’entre eux étant de changer la réalité tout court en réalité virtuelle. Ici, des combats pouvaient encore avoir lieu, mais d’une façon plus ludique, imagée, imprévisible. Et tous les combattants de l’époque, ou au moins la plus grande partie d’entre eux, pouvaient se trouver tout près les uns des autres, ou pas trop éloignés, couchés, ronflant peut-être, mais sans s’agresser réellement, sans profiter du fait que chacun semblait, en dormant, être plus vulnérable.

Lorsqu’on parle de personnalité multiple, on imagine en même temps une forme de toute-puissance et une pathologie inquiétante. Et pourtant, nous sommes tous soumis, dans l’arc circadien, à une double personnalité entièrement physiologique. Nous sommes tous partagés, dans l’arc de vingt-quatre heures, en un homo diurnus et un homo nocturnus, qui donc peuvent se transformer quotidiennement en deux personnages assez, voire très différents l’un de l’autre.

En définitive, ce serait bel et bien l’homme de la nuit, l’homme dormant qui, aidé par les rêves, saurait vraiment savourer et surtout gérer le plaisir. En effet, le plaisir dans toutes ses formes se révèle, déjà au premier abord, fugace, fragile, fragmenté. Les hommes du jour se méfient du plaisir et, par conséquent, font mine de ne pas le prendre trop au sérieux, d’autant plus qu’il suscite des jalousies et peut déclencher d’autres conflits. Seul, donc, l’homme dormant aurait la possibilité de maîtriser le plaisir, puisqu’il sait le mélanger avec la fantaisie et les rêves, puisqu’il lui permet de se camoufler même en souffrance pour en faire, quoi qu’il en soit, un matériau indispensable pour la construction d’une activité très personnalisée.

Référence

Adaptation d’un texte du Pr Georges Abraham, Revue Médicale Suisse, 2012;8:156

A LIRE AUSSI

Apnée du sommeil
test_detecte_apnee

Un test très simple détecte l’apnée du sommeil

Il existe désormais un test rapide et très fiable pour détecter les personnes qui risquent de souffrir...
Lire la suite
Somnambulisme
Ce que vous devez savoir sur le somnambulisme

Ce que vous devez savoir sur le somnambulisme

Dormir debout, c’est possible pour les somnambules. Zoom sur un trouble pas si rare, et même fréquent...
Lire la suite
Sommeil
soigner_jambes_sans_repos

Mieux soigner le syndrome des jambes sans repos

Beaucoup plus fréquent qu’on ne le croit, ce syndrome handicapant reste une affection sous-estimée, mal...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
hypersomnie_somnolence

L’hypersomnie, la somnolence permanente

On a beau faire de longues nuits, on se réveille fatigué. Pendant la journée, on a sans cesse envie de dormir. Il arrive même que l’on s’écroule de sommeil dans les moments les plus inopportuns. En cas d’hypersomnie, tout se passe comme si trop de sommeil tuait le sommeil. Un trouble qui peut être vécu comme un véritable handicap.
dormir_processus_etapes

Dormir, un processus par étapes

Située au centre de notre cerveau, une horloge biologique nous indique qu’il est l’heure de nous coucher. Une fois les yeux fermés, nous passons par différentes phases de sommeil: endormissement, puis sommeil lent léger, lent profond, et paradoxal. Un cycle qui se répète à plusieurs reprises.
narcolepsie_vrai_cauchemar

La narcolepsie, un vrai cauchemar

Les narcoleptiques peuvent s’endormir à chaque instant de la journée, même après une sieste. Parfois, les muscles «tombent de sommeil», cessant subitement de fonctionner. Les nuits, sans cesse interrompues par de fréquents réveils, ne permettent pas de récupérer.
Videos sur le meme sujet

Se coucher tard est mauvais pour la santé

Les couches tôt ont une meilleure espérance de vie que les couches tard.

La somniloquie ou ce que l'on dit en dormant

Lucia Sillig vous parle de somniloquie, le fait de parler en dormant.

La privation de sommeil pour soigner la dépression

Lucia Sillig évoque une méthode assez contre-intuitive pour lutter contre la dépression: la privation de sommeil.
Maladies sur le meme sujet
Insomnie

Insomnies

Les troubles du sommeil constituent un véritable problème de santé publique, tant par leur fréquence que par leurs répercussions humaines, sociales et économiques.