Ecole: réussir c’est – aussi – penser à bien dormir

Dernière mise à jour 18/09/12 | Article
Ecole: réussir c’est – aussi – penser à bien dormir
Tout n’est pas bon à mettre en œuvre pour être dans le peloton de tête au lycée. Une étude menée en Californie auprès des 15-16 ans démontre que le sommeil «réparateur» n’est pas une vue de l’esprit. Veiller pour travailler n’est pas à conseiller: les lendemains ne chantent pas.

Sacrifier son sommeil pour étudier plus que d'habitude? Cela entraînera plus de problèmes scolaires que cela en résoudra. Et c’est aussi mettre le doigt dans un engrenage, une dynamique négative. Telle est la conclusion d’une étude longitudinale publiée dans la revue Child Development et menée à l'Université de Californie, Los Angeles (UCLA).«La réussite scolaire dépend d’une organisation qui, stable au fil du temps, concilie sommeil et étude en gérant le temps scolaire le plus efficacement possible, sans pour autant sacrifier d'autres activités qui peuvent sembler moins essentielles» résume, avec le meilleur bon sens, le Pr Andrew J. Fuligni, spécialiste de psychiatrie et de sciences du comportement à l'UCLA.

L’étude californienne a suivi durant quatorze jours 535 élèves de 15-16 ans. La composition de ce groupe était représentative de la diversité socio-économique et ethnique de la population de cette tranche d’âge, qu’il s’agisse du temps consacré aux études, du sommeil ou encore des éventuelles difficultés scolaires. Les chercheurs expliquent qu’ils s'attendaient à ce que des heures prises sur le temps de sommeil pour les consacrer au travail scolaire puissent apporter, dans certains cas, des résultats positifs. Au final, ils constatent qu’il n’en est rien : la réduction de la durée du sommeil conduit à des erreurs et ce, dès le lendemain. Ils en viennent à considérer que c’est bel et bien le manque de sommeil récurrent qui peut paradoxalement conduire à une augmentation des problèmes scolaires. On pourrait résumer la situation avec cette formule: «étudier plus la nuit est de nature à vous nuire».

Les enfants se couchent de plus en plus tard

La capacité de travail scolaire est concernée par la privation de sommeil. Elle n’est pas la seule. En France, l’Académie de médecine a lancé l’alerte sur la désynchronisation de l’horloge interne chez les enfants et les adolescents parce qu’ils se couchent de plus en plus tard. Ils dérèglent ainsi leur horloge biologique ce qui cause des répercussions sur leur croissance et leur capacité de travail scolaire. Ainsi, les veilles de journées de classe, les jeunes de 15 ans dorment en moyenne 1h31 de moins que ceux de 11 ans. Entre 11 et 15 ans, les adolescents perdent en moyenne 20 à 30 minutes de sommeil quotidien. Conséquence, les troubles du sommeil touchent de plus en plus les jeunes générations.

«Si on met l’enfant au centre de la réflexion sur le temps scolaire, il faut prendre en considération l’apport des rythmes biologiques en attirant l’attention sur le fait que de la durée et de la qualité du sommeil dépendent le comportement à l'école, le niveau de vigilance et de performances» soulignent des académiciens dans un rapport. «Il serait à cet égard important de retarder l'entrée des enfants en classe en créant une période intermédiaire d’activités calmes en début de matinée, car l’enfant arrive fatigué à l’école, surtout lorsque son temps de sommeil n’est pas respecté. De plus, un coucher tardif n’est pas totalement compensé par un lever tardif».

Petite nuit = travail au ralenti

Ces données sont confortées par la récente publication d’une équipe de chercheurs de l'hôpital Brigham and Women de Boston. Ils viennent de démontrer expérimentalement ce que nous avons tous perçu après une nuit d’insomnie, une fois de retour à son travail. Pour résumer: indépendamment de la perception (ou non) de la fatigue, le manque de sommeil influence la façon nous effectuons certaines tâches. Globalement, pour parler de manière simple et très évocatrice, nous tournons «au ralenti». Ce travail, publié dans le Journal of Vision, a des conséquences importantes, en particulier en matière de sécurité et sur l’accomplissement de tâches de contrôle visuel.

Dirigés par le Pr Jeanne F. Duffy, neurologue, les auteurs ont examiné de quelle manière le sommeil a un impact sur l’exécution de tâches complexes de recherche visuelle, tels que le contrôle du trafic aérien, des bagages ou encore les opérations de surveillance des centrales électriques. Ce sont là des tâches qui impliquent des processus répétés, un «encodage» ainsi qu’une récupération rapides de l'information visuelle; et pour finir une prise de décision quasi-immédiate à partir des informations perçues.

En pratique, les chercheurs ont recueilli et analysé les données de tâches de contrôle visuel auprès de douze participants volontaires sur une période d'un mois. La première semaine, tous les participants ont dormi 10 à 12 heures par nuit. Les trois semaines suivantes, ils n’ont pu dormir que 5 à 6 heures; ils se voyaient imposer de surcroît un décalage horaire de leurs heures de sommeil. L’étude constate que plus les participants manquent de repos, plus leur vitesse d’exécution des tests apparaît lente. Et lorsque le sommeil est décalé par rapport au cycle circadien, la vitesse d’exécution en est d’autant plus réduite.

Dans la sphère scolaire ou professionnelle, chacun saura traduire en pratique un tel message sanitaire. Du moins, s’il juge nécessaire d’être en pleine possession de ses moyens pour la journée entière et ce, dès l’aube. Voire avant.

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