La dyspareunie: quand la pénétration devient douloureuse

Dernière mise à jour 17/01/18 | Article
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Encore peu connue, la dyspareunie provoque chez les femmes qui en souffrent de violentes douleurs pendant la pénétration. Heureusement, une fois le diagnostic correctement établi, il existe de nombreux traitements ou thérapies pouvant y remédier.

 La dyspareunie est définie comme une douleur génitale récurrente ou persistante qui accompagne toute tentative de pénétration vaginale (verge, doigts, tampons hygiéniques, etc.) ou lors des mouvements de va-et-vient dans le vagin. La pénétration est donc possible, mais (très) désagréable. Le trouble provoque une souffrance personnelle et de couple.

En cas de dyspareunie, la douleur peut se situer à un ou plusieurs endroits à la fois, notamment à l’entrée du vagin (vestibule) ou à l’intérieur, au niveau de la vulve, du périnée, au niveau anal et/ou rectal, au niveau du coccyx, près de l’os pubien, autour de la vessie et de l’urètre, au niveau du clitoris ou encore à la symphyse pubienne ou dans la région inguinale.

Dyspareunie profonde ou superficielle

La dyspareunie est dite superficielle si le mal apparaît au début de la pénétration et est ressenti au niveau vulvaire (vulve, clitoris, vestibule et vagin). Elle est considérée comme profonde lorsque la douleur est ressentie dans le fond du vagin, voire jusque dans le bas-ventre, quand le pénis touche le fond du vagin. Les douleurs superficielles sont souvent décrites comme des sensations de brûlure ou d’irritation, les profondes sont plus sourdes ou aiguës. En fonction de son origine, le trouble peut être accompagné de pertes de sang, de sécrétions vaginales anormales et d’odeurs fortes des zones génitales.

Notons encore que le problème peut ne survenir que dans certaines positions sexuelles qui permettent une pénétration vaginale très profonde (notamment la position en levrette – pénétration vaginale par l’arrière).

On distingue également entre dyspareunie primaire et secondaire. Dans la dyspareunie primaire, la douleur est présente depuis toujours, alors qu’on parle de dyspareunie secondaire quand la douleur est survenue après une période plus ou moins longue de rapports sexuels non douloureux. Contrairement au vaginisme, la dyspareunie est fréquemment de type secondaire.

Absence de désir et dépression

La dyspareunie peut avoir des conséquences tant physiques que psychologiques. Physiquement, elle empêche souvent la femme de jouir. Par crainte de la douleur, celle-ci va involontairement, par réflexe, contracter ses muscles vaginaux. Cette appréhension de la douleur peut même éteindre tout désir sexuel, ou encore réduire le niveau d’excitation et, de ce fait, la lubrification vaginale. Du coup, l’inconfort et la douleur seront amplifiés lors de l’acte sexuel –un véritable cercle vicieux!

Du point de vue relationnel, si la femme atteinte de dyspareunie n’ose en parler à son partenaire, elle tentera souvent d’éviter les rapports intimes. Ce qui se répercutera inévitablement sur sa vie de couple à moyen terme et provoquera aussi des souffrances personnelles: honte et culpabilité, perte de l’estime de soi ou encore dépression.

Quand et qui consulter?

Si les symptômes durent depuis un certain temps, il est vivement indiqué de consulter un spécialiste en médecine sexuelle ou en sexologie, car les causes de la dyspareunie sont très variables et diverses. Il faut consulter au plus vite en particulier lorsque la douleur survient à chaque relation sexuelle et empêche le plaisir ou l’acte sexuel, si elle est ressentie au fond du vagin et qu’elle ne permet pas de poursuivre la pénétration, si elle persiste après l’acte sexuel, ou encore si elle s’accompagne de démangeaisons, d’écoulements, d’odeurs ou, au contraire, de sécheresse vaginale. Il est également recommandé de consulter rapidement si la crainte anticipée de la douleur entraîne une diminution du désir, de la lubrification vaginale et des contractions involontaires du vagin.

80% des dyspareunies ont une cause physiologique, plus ou moins grave, et c’est davantage le cas des dyspareunies profondes que des troubles superficiels. D’où la nécessité de ne pas tarder à consulter. Le médecin pourra déterminer si la cause est organique ou psychologique et/ou relationnelle. Le cas échéant, il redirigera la patiente vers un spécialiste, en premier lieu chez un gynécologue.

Les facteurs de risque

Il existe encore bien des inconnues sur la dyspareunie. De plus, les facteurs de risque et les causes qui déclenchent ce trouble ne sont pas forcément identiques à ceux qui peuvent l’entretenir. Il se peut ainsi qu’après avoir traité une origine physique telle une mycose, la dyspareunie persiste (de manière psychosomatique). D’où la nécessité, le plus souvent, de traiter à la fois le problème physique et ses conséquences et mécanismes psychologiques.

Les principales causes connues de la dyspareunie superficielle sont principalement des affections de la peau, des vaginites (p. ex. infections génitales telles que des mycoses vaginales, infections virales telles que l’herpès vaginal, sécheresse et atrophie vaginales), des cicatrices, une hypertrophie des petites lèvres, etc.

Nouvelle mode: la nymphoplastie

L’hypertrophie des petites lèvres peut être congénitale, de naissance, ou se développer durant la puberté pour des raisons hormonales, et être accentuée par les accouchements. Après la ménopause, à l’inverse, les petites lèvres tendent à rétrécir et à disparaître derrière les grandes lèvres. Il est déconseillé de céder à la mode émergente de la nymphoplastie (opération consistant à réduire les petites lèvres) pour de pures raisons esthétiques. Car l’intervention présente des risques non négligeables. Et les petites lèvres, très sensibles, jouent aussi un rôle dans le plaisir, l’excitation et l’orgasme. Avant tout, il faut donc consulter un spécialiste.

 Une dyspareunie profonde peut elle aussi être provoquée par divers facteurs, tels que l’endométriose, les myomes de l’utérus, les infections du col utérin, la rétroversion de l’utérus (orienté vers l’arrière, provoquant des douleurs pendant le coït dans certaines positions uniquement), les cicatrices ou déchirures du périnée, les kystes ou infections ovariennes, les maladies infectieuses virales ou bactériennes, les tumeurs ovariennes, les inflammations et infections digestives, les douleurs abdominales, les hémorroïdes ou encore le port d’un stérilet (qui peut provoquer infections ou douleurs lorsqu’il est mal supporté ou mal adapté).

Plus rarement, la dyspareunie profonde peut être d’origine psychologique, et se déclarer suite à une dépression, de l’anxiété, un manque d’estime de soi, etc. Les conflits et les difficultés de couple peuvent aussi parfois jouer un rôle.

Diagnostic et traitements

Les femmes souffrant de dyspareunie se sentent souvent «anormales». Pendant qu’il les examine, le médecin devrait donc leur expliquer chacun de ses gestes et toutes ses constatations pour les rassurer sur leur anatomie. Le diagnostic se fait en principe en diverses étapes. Au vu de la multiplicité des causes et facteurs physiologiques possibles d’une dyspareunie, il procédera à des examens médicaux, gynécologiques, dermatologiques et bactériologiques. Il devrait aussi mesurer la sensibilité à la douleur en général et vérifier que la patiente ne souffre pas de douleurs dans d’autres zones de son corps. Il évaluera finalement les éventuels facteurs psychologiques et relationnels à l’origine du problème.

L’implication et la participation du partenaire (déjà lors des premières consultations) sont très importantes dans le traitement des dyspareunies.

Traitements combinés

Si la cause de la dyspareunie est organique (maladie gynécologique ou infectieuse, trouble hormonal, etc.) ou psychiatrique (dépression notamment), on traitera avant tout ces problèmes de manière appropriée et chez le spécialiste ad hoc (gynécologue, dermatologue, psychiatre, etc.).

La dyspareunie nécessite souvent une combinaison de traitements d’ordre physique et psychothérapeutique, à adapter selon la situation et en discussion avec la patiente. En voici les plus reconnus pour leur efficacité:

  • Le gel lubrifiant: quel que soit le traitement entrepris, il est communément recommandé d’utiliser un gel lubrifiant pendant les rapports sexuels. Il facilite la pénétration et peut atténuer la crainte des douleurs. De plus, il augmente généralement les sensations de plaisir. Le médecin pourra conseiller la patiente pour le choix du gel le mieux adapté.
  • La chirurgie: une intervention chirurgicale peut s’avérer nécessaire et utile dans certains cas très précis (par exemple, endométriose, myomes, tumeurs). Si on y a recours, il est toujours recommandé de la combiner avec une sexo/psychothérapie.
  • Anesthésiant local: l’application d’une pommade anesthésiante à base de lidocaïne pendant plusieurs semaines tous les soirs permet de diminuer la douleur et de rendre les rapports sexuels possibles chez un certain nombre de patientes.

Sexothérapies

Les thérapies locales devraient généralement être accompagnées d’une sexo/psychothérapie. Parmi les plus efficaces, on trouve la physiothérapie pelvienne: c’est l’un des piliers du traitement de différents types de dyspareunie, car elle permet d’agir sur la douleur ainsi que sur la tension musculaire locale et générale en apprenant à relaxer les muscles de la région pelvienne. Cela grâce à des techniques manuelles (étirements doux, massages), des exercices de contraction et relaxation des muscles, et par des techniques de relaxation, de respiration et de visualisation. On utilise également des dilatateurs vaginaux de différentes grosseurs pour rééduquer progressivement le vagin à la pénétration. Bien que le traitement soit centré sur le périnée, la relation de confiance qui se crée entre le physiothérapeute spécialisé et la patiente permet également une forme de prise en charge psychosomatique. Parallèlement, ces séances font souvent découvrir aux femmes leur propre anatomie.

La sexothérapie cognitive et comportementale peut également se révéler très efficace et est scientifiquement prouvée. Elle a pour objectif une désensibilisation progressive de l’anxiété liée à la pénétration et à la crainte de nouvelles douleurs. Cela en amenant la patiente à reconnaître les pensées qui modulent l’intensité de la douleur, les sentiments que le mal réveille en elle et ceux qui agissent sur la douleur, puis en apprenant à agir sur la manière d’atténuer et de contrôler les sensations douloureuses. Le thérapeute va aussi apprendre à la patiente et au couple à restructurer leur «script sexuel», soit la façon dont se déroule l’acte sexuel, pour laisser plus de place aux activités érotiques sans pénétration.

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Extrait de J’ai envie de comprendre… Ma sexualité (femme), de Ellen Weigand, en collaboration avec le Dr Francesco Bianchi-Demicheli, Ed. Planète Santé, 2013.

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