Ce qui se passe quand vous arrivez aux urgences

Dernière mise à jour 07/08/13 | Article
Ce qui se passe quand vous arrivez aux urgences
Les urgences, c’est attendre. Vrai dans beaucoup de cas mais pas tous. Toute une science, le tri, détermine qui passera et dans quel ordre. Pour que le traitement d’un simple rhume ne devance pas celui d’une crise cardiaque.

Du bras cassé au paludisme en passant par la crise de panique, les situations qui conduisent aux urgences d'un hôpital se comptent par dizaines. Comment le service gère-t-il toutes ces arrivées? Et que se passe-t-il quand vous attendez aux urgences ? C'est tout l'enjeu du «tri», détaillé pour nous par le docteur Olivier Rutschmann, médecin-adjoint au service des urgences des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Trier, dites-vous? Oui, le tri est le premier contact pour le patient à l'hôpital. Qu'il soit arrivé en ambulance ou de son propre chef, il commence par parler à un infirmier spécialisé et décrire sa situation. Le professionnel, pour sa part, pose des questions pour mieux comprendre ce qui amène la personne aux urgences. Selon la situation clinique, il prend également quelques mesures de base (tension, pouls ou température, par exemple).

«A ce stade, il ne s'agit pas de poser un diagnostic, insiste le Dr Rutschmann. Le tri détermine principalement le risque que présente votre situation. Nécessite-t-elle une prise en charge immédiate? Si ce n'est pas le cas, risque-t-elle de dégénérer rapidement? A l'opposé, peut-elle attendre sans risquer de se dégrader?»

Pour mesurer cette urgence des cas, les infirmiers et les médecins utilisent une échelle de tri. A Genève, comme dans de nombreux hôpitaux suisses, celle-ci comporte quatre niveaux. Au degré 1, c'est l'urgence vitale: un infarctus par exemple : chaque minute compte, les médecins s'occuperont immédiatement de vous. Au degré 2, on estime que votre situation ne nécessite pas une attention sur l’instant mais qu'elle risque de se péjorer rapidement. Sil n’est pas possible de vous prendre en charge immédiatement, l’attente devrait se limiter au temps qui va permettre de libérer une zone d’examen. «Si vous avez mal dans la poitrine, par exemple, détaille le spécialiste, ce sera toujours une urgence de degré 1 ou 2. Nous n'avons en effet pas de moyen rapide qui nous permettrait d'être sûr que vous n'êtes pas en train de faire une crise cardiaque.»

Le matin, on attend moins

Viennent ensuite les degrés 3 (semi-urgent) et 4 (non urgent). «S'écraser le pouce avec un marteau est sans doute une urgence de degré 3: il y a un hématome à drainer, vous avez mal et il faut s'en occuper dans un délai raisonnable. Par contre, quelqu'un qui ne dort plus depuis trois semaines car il tousse, sa situation n'est probablement pas urgente et aurait pu être traitée dans le cadre d'une consultation programmée. S'il l'accepte, on lui conseillera même d'aller plutôt voir son médecin traitant.»

Autrement dit, si l'on attend aux urgences, c'est que l'on n'est pas à l'article de la mort? «Non, rétorque le Dr Rutschmann. Si vous patientez, c'est que le système a atteint les limites de sa capacité d'accueil. Si nous pouvions soigner tout le monde tout de suite, nous le ferions.» Le matin, les patients attendent ainsi généralement moins. La raison? Comme il y a moins de nouveaux malades entre 3h et 10h du matin, la file d'attente est réduite quand commence la journée.

Gérer le flux

Pour autant, même réduite, l'attente est constitutive d'un passage aux urgences. Après qu'un médecin aura vu le patient, il faudra peut-être l'appui d'un spécialiste, qui s'occupe sans doute déjà d'un autre malade. De même, les examens connaissent un ordre de priorité: une radiographie demandée dans le cadre d'une urgence vitale sera effectuée avant celle qui concerne une urgence de degré 3. Dans ce flux, les goulots d'étranglement possibles sont nombreux. «La nuit, le scanner des HUG est le seul à tourner dans tout le canton», relève Olivier Rutschmann.

«Mais les patients qui attendent ne sont pas perdus, martèle le spécialiste. D'une part, ils doivent pouvoir appeler un soignant s'ils se sentent mal ou que leur situation se péjore, de l'autre, nous réévaluons régulièrement leur état. Il n'est ainsi pas rare que la situation clinique d’un patient se modifie lors de l’attente et qu’une prise en charge plus rapide soit décidée pendant cette phase.»

Enfin, nous disposons d'un tableau de bord qui nous montre en direct le parcours de chaque patient depuis la salle d'attente: nous savons dans quel box il est, s'il attend un médecin, un spécialiste, un examen, un transfert, etc.» Cet outil est précieux pour la gestion des urgences au quotidien. Plusieurs fois par jour, une équipe constituée d’un médecin expérimenté et d’un infirmier spécialisé prend connaissance de l'état du «flux» dans le service. A charge pour eux de déterminer s'il convient d'accélérer la prise en charge de tel patient ou de «mettre la pression» pour obtenir tel examen ou tel transfert dans un lit d’hospitalisation.

Les Suisses trient

L'emploi d'échelles de tri formalisées et scientifiquement validées est, somme toute assez récent, dans les hôpitaux. Parti d'Australie, passé par le Royaume-Uni et le Canada, le mouvement a atteint Genève en 1997 avec l'emploi d'une première échelle de tri. Ce système a été révisé plusieurs fois et est devenu, en collaboration avec le CHUV, l'Echelle suisse de tri. Employé au Tessin, à l'Inselspital de Berne et dans toute la Suisse romande (Genève, Vaud, Fribourg, Neuchâtel et Jura), cet outil est l'un des deux dont la Société suisse de Médecine d’urgence et de sauvetage recommande l'emploi pour toute la Suisse.

Lieux et numéros utiles

Pour une urgence vitale, n’hésitez surtout pas et appelez le 144. Mieux vaut un appel de trop qu’un appel de pas assez.

Pour les lecteurs de planetesante.ch habitant à Genève, notons que les urgences des HUG ne sont pas les seules auxquelles faire recours. D’autres services font partie du Réseau des Urgences Genevois (RUG). L'Hôpital de la Tour, la Clinique de Carouge et le Groupe médical d'Onex accueillent ainsi les patients 24h/24, la Clinique des Grangettes de 7h à 23h la semaine et de 8h à 23h les week-ends. Se connecter sur http://ihug.hug-ge.ch permet d'ailleurs d'avoir une estimation du temps d'attente pour les urgences non vitales dans ces cinq établissements.

Dans le Canton de Vaud, la Centrale téléphonique des médecins de garde répond 24h/24, 365 jours par an au 0848 133 133.

Dans le Canton du Valais, la garde des médecins répond au 0900 144 033.

Dans le Jura, la garde des médecins est au 0800 300 033.

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