Travail de nuit: attention, danger!

Dernière mise à jour 10/03/17 | Article
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De nombreuses études mettent en garde contre les effets nocifs du travail de nuit: maladies cardiovasculaires, hypertension ou encore augmentation du cholestérol. Mais à quoi est-ce dû? Explications.

Les sociétés dans lesquelles nous vivons ne dorment presque plus: depuis quelques décennies, elles sont en constante activité et, pour ce faire, environ 20% des employés européens et suisses travaillent en rotation de jour comme de nuit. Or, œuvrer à des heures tardives et inhabituelles désynchronise le rapport au quotidien et perturbe fortement l’horloge biologique naturelle, ce qui n’est pas sans effets sur la santé.

Travail en rotation en Suisse

La loi suisse définit le travail en rotation comme une activité professionnelle pour laquelle plusieurs groupes de travailleurs se relaient au même poste selon un horaire déterminé. Il comprend donc des heures de travail en dehors des horaires habituels de jour, dont souvent du travail de nuit (entre 23h et 6h du matin). L’organisation des horaires est très variable selon les domaines et les entreprises: certains employés cumulent de longues heures à la suite pour ensuite avoir plusieurs jours de repos, tandis que d’autres effectuent de plus petites tranches de travail. Or toute activité professionnelle nocturne a des conséquences sur notre rythme circadien.

Rythme circadien

La majorité des êtres vivants sont soumis à un rythme circadien, c’est-à-dire à un cycle d’environ vingt-quatre heures durant lequel notre corps va effectuer toute une série de processus biologiques grâce aux indications fournies par notre horloge interne centrale. Située dans l’hypothalamus, celle-ci reçoit en permanence –grâce à plein d’autres «petites horloges» périphériques situées dans nos cellules et nos tissus– des informations sur notre environnement: la lumière, le bruit, la température, l’ingestion de nourriture, etc.

En fonction de ces informations, l’horloge interne va ensuite engendrer l’expression de certains gènes, la synthèse de protéines et la sécrétion d’hormones (insuline, mélatonine et noradrénaline, parmi d’autres) qui ont une influence directe sur la fréquence cardiaque, le métabolisme et la pression artérielle. Lors d’un cycle normal de vingt-quatre heures, la pression artérielle va par exemple s’élever brutalement juste avant le lever, fluctuer durant la journée en fonction de notre état et de notre activité, puis baisser d’environ 10-20% durant la nuit (on parle à ce sujet de «dipping nocturne»).

Effets sur la santé

Le travail en rotation perturbe donc notre rythme circadien naturel et, ce faisant, il péjore l’hygiène de vie (qualité et quantité du sommeil, diminution de l’activité physique, changement des habitudes alimentaires, augmentation du tabagisme…) et la vie psychosociale (raréfaction du lien social et de la vie familiale, stress, frustration, dépression, etc.).

Par conséquent, le risque de développer une maladie cardiovasculaire serait plus élevé de 40% chez les travailleurs nocturnes que chez les employés de jour. D’autres pathologies semblent également plus fréquentes, comme l’hyperglycémie, l’hypertension artérielle, l’infarctus du myocarde, la surcharge pondérale ou encore l’accroissement de l’activité du système nerveux sympathique. La perturbation du phénomène de «dipping nocturne» serait spécifiquement responsable d’une pression artérielle trop élevée. C’est particulièrement le cas au tout début d’un changement de rythme de vie ainsi que chez certaines ethnies, comme la population afro-américaine.

Etudes hétérogènes

Malgré un nombre important d’études menées sur le sujet du travail en rotation, les conclusions tirées ne sont pas totalement fiables et demandent à être étayées. Les études sont effectivement encore trop hétérogènes: elles ne sont pas de même nature et doivent tenir compte de beaucoup de facteurs différents. De plus, les études comportent naturellement un biais: elles sont toutes basées sur des personnes capables de travailler la nuit et n’englobent donc pas celles qui ne peuvent jamais s’y adapter et qui représentent environ 20% de la population active.

Importance du suivi médical

Les travailleurs en rotation devraient bénéficier d’un suivi médical régulier centré sur le dépistage et la prévention des maladies cardiovasculaires et des multiples effets du travail nocturne. L’adoption de mesures hygiéno-diététiques est également à préconiser, ainsi que la chronothérapie qui aiderait les patients hypertendus à rétablir un rythme circadien.

Au niveau de l’activité professionnelle proprement dite, le travail deux à trois nuits d’affilée suivi d’une ou plusieurs journées de repos devrait être privilégié. Le travail permanent de nuit et les rotations antihoraires (nuit/soir/matin), devraient quant à eux être évités dans la mesure du possible.

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Pour en savoir plus

Brochure d’informations éditée par la Confédération et le Secrétariat d’Etat à l’économie: http://www.seco.admin.ch/dokumentation/publikation/00035/00036/02373/index.html?lang=fr

Références

Adapté de «Le travail de nuit ou en rotation: quel impact sur la pression artérielle?», Drs Meryll Cassat, Grégoire Wuerzner, Pr Michel Burnier, Service de néphrologie et hypertension, CHUV. In Revue Médicale Suisse 2015;11:1648-54. En collaboration avec les auteurs.

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