La légionellose, une pneumonie qui se transmet par l’eau tiède

Dernière mise à jour 01/03/18 | Article
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Depuis les années 2000, l’incidence de la légionellose ne cesse de croître en Suisse. La bactérie responsable répond pourtant bien aux traitements antibiotiques.

Elle débute par de la fièvre, de la toux et des difficultés à respirer. La légionellose a touché près de 450 personnes en Suisse l’an dernier (contre 343 en 2016), selon les chiffres de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Cette maladie, d’origine bactérienne, est une forme de pneumonie, dont les conséquences peuvent être sévères puisque dans 80% des cas, elle conduit à une hospitalisation, tandis que 5 à 10% des patients en décèdent. Depuis les années 2000, le nombre d’individus atteints est en constante augmentation en Suisse, pays connu pour avoir les valeurs les plus élevées d’Europe. Certains cantons, comme le Tessin, Zürich et dans une moindre mesure Genève –qui a néanmoins connu une épidémie l’été dernier– et Vaud, sont davantage concernés.

La légionellose est causée par la Legionella pneumophila, une bactérie présente naturellement dans les milieux aquatiques, mais aussi dans les niches hydriques artificielles comme les conduites d’eau potable, les systèmes de refroidissement d’air (climatisation), les eaux thermales, les bains à remous et autres jacuzzis, etc. Concrètement, «on la retrouve dans les biofilms, ces couches verdâtres qui se forment à la surface de l’eau, décrit Daniel Koch, responsable des maladies transmissibles à l’OFSP. Elles y adhèrent et s’y multiplient». La Legionella se plaît en particulier dans les eaux stagnantes et tièdes (entre 25 et 45 °C), comportant un certain taux d’acidité.

Pourquoi la légionellose est-elle en recrudescence? Les experts s’interrogent encore, mais formulent quelques hypothèses: «L’eau dans les brûleurs n’est plus forcément chauffée à 60 °C pour des raisons d’économie d’énergie. Or, autour de 40 °C, par exemple, la température est trop basse et ne permet pas de tuer cette bactérie. Ceci pourrait expliquer sa prolifération, dans un contexte de vulnérabilité de la population. Les personnes âgées, celles ayant des problèmes pulmonaires ou une faiblesse immunitaire sont en effet plus sensibles à ce genre d’infections», analyse Daniel Koch. Autre explication, la difficulté à identifier les souches des légionelles, celles-ci n’étant pas libérées de manière constante dans l’eau. Ainsi, un contrôle (voir encadré) dans une conduite peut se révéler négatif au moment du prélèvement, et ne pas indiquer, à tort, la présence de ces bactéries.

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De l’environnement à l’homme

La légionellose se contracte au travers de l’environnement, mais elle n’est pas contagieuse d’individu à individu. Seule l’exposition à une eau contaminée transmet la bactérie. Cette transmission se fait généralement par inhalation de gouttelettes ou d’aérosols (générés par exemple lorsqu’on prend une douche) contenant une certaine concentration de légionelles. Celles-ci pénètrent dans les voies respiratoires et passent les barrières du poumon. Elles infectent les alvéoles pulmonaires –sorte de petits sacs rattachés à l’extrémité des bronchioles– et réveillent les cellules immunitaires qu’elles contiennent. Notre corps tente de se défendre. L’appareil muco-ciliaire entre alors en jeu, comme l’explique le Pr Laurent Nicod, chef du service de pneumologie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV): «Lorsqu’on inhale des germes, le mucus qui circule en permanence dans nos bronches est mobilisé. Il les attrape et les détruit grâce aux substances antibactériennes que notre corps produit naturellement.» Mais il arrive que la concentration de bactéries soit telle qu’elles parviennent à déjouer nos mécanismes de défense naturels. «Les personnes âgées, les fumeurs, les patients atteints de maladies chroniques pulmonaires ou cardiaques, ou ayant un système immunitaire affaibli sont davantage susceptibles d’être infectés», précise la Dre Marie-Céline Zanella Terrier, médecin au service des maladies infectieuses des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Symptômes digestifs et neurologiques

A la différence d’une pneumonie causée par d’autres germes, la légionellose s’accompagne souvent, en plus des symptômes respiratoires et de l’altération de l’état général, de manifestations digestives (diarrhées) et/ou neurologiques (état confusionnel). Les symptômes apparaissent généralement dans les deux à dix jours. Le traitement, aussi, diffère. «Contre la légionellose, on recourt aux macrolides, des antibiotiques auxquels les pneumocoques (germes classiques des pneumonies) sont devenus résistants dans le sud de l’Europe», commente le Pr Nicod. Malgré l’efficacité des antibiotiques, la légionellose peut se compliquer, jusqu’au décès. «On ne pense pas toujours assez tôt à ce diagnostic, reconnaît le professeur lausannois. Il suffit que la personne soit déjà fragilisée pour que l’infection soit la goutte d’eau qui fasse déborder le vase». «C’est pourquoi, en cas de suspicion de légionellose, surtout lorsque le patient est fragile, on introduit un traitement antibiotique ciblé contre cette maladie, qui pourra être adapté par la suite», conclut la Dresse Zanella Terrier.

Prévenir la maladie du légionnaire

La bactérie responsable de la légionellose a été identifiée pour la première fois en 1978, deux ans après l’épidémie qui a donné son nom à la maladie. En 1976, la Legionella pneumophila se propage dans le système de climatisation d’un hôtel de Philadelphie qui accueillait une réunion de légionnaires américains. Deux cents d’entre eux ont contracté une infection pulmonaire et une trentaine y a succombé. Cet épisode a depuis permis d’améliorer l’entretien des systèmes de distribution d’eau et de refroidissement d’air.

En Suisse, la législation impose des limites maximales de concentration et prévoit des contrôles, effectués par les chimistes cantonaux. Des recommandations spécifiques adaptées à chaque système hydrique et type d’établissement sont édictées conjointement par l’OFSP et l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires.

Et chez soi?

A domicile, il n’y a pas lieu de changer ses habitudes. Dans le cas particulier d’une douche non utilisée pendant plusieurs jours (maison de vacances inoccupée par exemple), l’OFSP recommande de faire couler l’eau quelques minutes en évitant la formation d’aérosols, dans un espace ventilé, avant utilisation. Pour les installations de type jacuzzi, la prévention implique un entretien régulier selon les recommandations des fabricants.

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Paru dans Le Matin Dimanche le 18/02/2018.

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