Les particules fines affectent l’ensemble de l’organisme

Dernière mise à jour 13/06/17 | Article
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Si leur taux global a diminué depuis vingt ans, les particules fines n’en sont pas moins nocives pour la santé. Et plus elles sont petites, plus elles pénètrent profondément dans le corps jusque dans le sang.

Les faits

Suite à une longue période de sécheresse, le canton du Tessin a connu un pic de pollution fin janvier. La concentration de particules fines dans les régions de Lugano et de Mendrisio a largement dépassé le taux limite de 50 microgrammes par mètre cube. Les autorités cantonales ont aussitôt interdit la circulation d’anciens véhicules diesel, limité la vitesse à 80 km/h sur l’autoroute Chiasso-Rivera et rendu les transports publics gratuits.

Dans le monde, plus de 80% des citadins vivent dans un environnement trop pollué, d’après un rapport que l’OMS a publié en mai dernier. En Suisse, la situation s’améliore, ce qui n’a pas empêché les régions de Lugano et de Mendrisio, au Tessin, de connaître récemment des pics de pollution. Le taux de particules fines en suspension dans l’air a dépassé le seuil autorisé de 50 microgrammes par mètre cube.

Ces poussières sont les principaux fauteurs de troubles. Émises par les moteurs diesel et à essence, le chauffage et plus généralement par les processus de combustion, elles pénètrent dans nos voies respiratoires et même dans notre sang et provoquent de multiples dégâts.

Le cheminement des poussières

Comment a été fixé le seuil de particules fines

En Suisse, l’Ordonnance fédérale sur la protection de l’air fixe à 50 microgrammes par mètre cube d’air le taux de particules fines à ne pas dépasser. Pourquoi ce seuil, adopté aussi dans de nombreux autres pays? «Une grande étude épidémiologique américaine a montré que chaque fois que la concentration de poussières augmentait de 10 microgrammes par mètre cube, il y avait une augmentation des crises d’asthme, de BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) et de la mortalité cardiovasculaire», répond Laurent Nicod, chef du service de pneumologie au CHUV. Comme «il fallait un repère», les experts ont fixé ce seuil «qui semble le plus raisonnable». Certains trouvent cette limite trop élevée. Elle a au moins le mérite d’exister et d’être respectée, ce qui n’est pas le cas ailleurs dans le monde. Dans certaines régions de Chine, le taux de poussières atteint «600 à 700 microgrammes par mètre cube».

L’air que nous inspirons est filtré par le nez qui ne retient que les particules dont la taille est supérieure à 10 microns (10 millièmes de millimètres). Les autres passent entre les mailles du filet. Elles arrivent dans les bronches qui se défendent en produisant du mucus en excès. Cela se traduit par une sensation d’irritation et par une toux et des expectorations destinées à rejeter le liquide visqueux. En outre, explique Laurent Nicod, médecin-chef du service de pneumologie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), «des bactéries ou des virus peuvent très vite profiter de ce terrain perturbé pour proliférer. Cela peut conduire à une bronchite voire, exceptionnellement, à une broncho-pneumonie.»

Les particules les plus fines, d’un diamètre de 2,5 microns, continuent leur chemin dans les bronches et arrivent dans leurs dernières ramifications, les bronchioles, puis dans les alvéoles pulmonaires. Ces petites poches disposées en forme de grappes de raisin jouent un rôle crucial dans la respiration. C’est là que le sang extrait l’oxygène de l’air qu’il transporte ensuite dans tout notre organisme et qu’il se débarrasse de son gaz carbonique qui sera ensuite expiré. Lorsque les parois, extrêmement fines, des alvéoles sont endommagées par des particules fines, les échanges gazeux sont perturbés et le sang moins bien oxygéné.

Les poumons, eux aussi, cherchent à se défendre contre les intruses en activant des cellules immunitaires, les macrophages. Mais comme les particules de l’air ne se laissent pas détruire facilement, le système immunitaire réagit trop fortement. Il finit par irriter les parties terminales des bronches, ce qui «provoque l’apparition de foyers de broncho-pneumonie», précise Laurent Nicod.

Les poussières ultrafines qui se trouvent dans les alvéoles pulmonaires «peuvent aussi passer dans la circulation sanguine, constate Pierre-Olivier Bridevaux, médecin-chef du service de pneumologie à l’Hôpital du Valais, à Sion. Elles y génèrent des réactions inflammatoires chroniques qui sont de faible ampleur, mais néanmoins suffisantes pour constituer un facteur de risque cardiovasculaire sur le long terme.»

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Exposition régulière

Toutefois, les pics de pollution ne sont que la pointe émergée de l’iceberg. «En termes de santé, c’est la qualité moyenne de l’air sur l’ensemble de l’année qui compte», souligne le pneumologue valaisan. La principale menace provient de l’exposition régulière à l’air impur. De nombreuses études ont en effet montré que, lorsqu’elles sont constamment inhalées, les particules fines provoquent une augmentation des symptômes respiratoires et, chez les asthmatiques, «elles accroissent la fréquence des crises», constate Laurent Nicod. Plus globalement, elles accélèrent le déclin naturel que subissent les poumons avec l’âge et «sont même associées au développement du cancer du poumon», selon Pierre-Olivier Bridevaux. Elles contribuent aussi à rendre les artères plus rigides et favorisent l’athérosclérose. La pollution de l’air est donc responsable d’une hausse de la mortalité.

Ces effets néfastes se manifestent à long terme et, «dans notre monde urbanisé et motorisé, il est pratiquement impossible d’y échapper», constate Pierre-Olivier Bridevaux. Quoi qu’il en soit, lors de pics de pollution comme celui qu’a connu le Tessin, les individus en bonne santé ne risquent pas grand-chose sur le moment. Les plus menacés sont ceux qui ont déjà des problèmes respiratoires. De même que les enfants, car «leurs voies aériennes, plus étroites que celles des adultes, sont plus sensibles aux inflammations», explique Laurent Nicod, et les personnes âgées «dont les tissus ont une moins bonne capacité à tolérer les agressions». Quant aux femmes enceintes, elles doivent prendre des précautions, car les fœtus sont aussi affectés. «À l’âge adulte, ils auront en moyenne des poumons plus petits que ceux ayant grandi dans un air de bonne qualité», souligne le pneumologue de Sion. C’est pour ces raisons qu’il est recommandé aux personnes fragiles d’éviter de sortir et d’avoir une activité physique en plein air en début de matinée, en fin de journée et aux abords des grands axes routiers.

Une contribution suisse à l’étude des effets de la pollution

Lancée en 1991, l’étude SAPALDIA (Swiss study on Air Pollution And Lung Disease in Adults) a contribué à mettre en évidence les effets à long terme de la pollution de l’air sur la santé respiratoire et cardiovasculaire des adultes sur de longues périodes. Elle a notamment montré qu’entre 1991 et 2002, «la baisse modeste de la pollution de l’air en Suisse a permis de réduire la vitesse du déclin naturel de la fonction pulmonaire dans la population», précise Pierre-Olivier Bridevaux, chef du service de pneumologie à l’Hôpital du Valais. Elle a aussi révélé que l’amélioration de la qualité de l’air «diminue le nombre de personnes ayant une toux chronique et des expectorations». Pour le pneumologue, cela prouve l’efficacité des interventions pour limiter la pollution atmosphérique sur la santé de nos poumons.

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Paru dans Le Matin Dimanche du 12/02/2017.

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