Calvitie et alopécie: l’espoir des cultures de cheveux en laboratoire

Dernière mise à jour 11/11/13 | Article
Calvitie et alopécie: l’espoir des cultures de cheveux en laboratoire
Une nouvelle technique de médecine régénérative pourrait bientôt permettre une véritable repousse des cheveux. Et ce à partir de la culture des propres cellules de celles et ceux qui les ont perdus.

Il s’agit d’un travail réalisé par des chercheurs américains (Colombia University) et britanniques (Durham University). Dirigée par Claire A. Higgins et Angela M. Christiano, l’équipe réunissait des spécialistes de dermatologie et des généticiens. Leurs travaux viennent d’être publiés dans les Proceedings ot The National Academy of Sciences (PNAS) des Etats-Unis(1). Ils pourraient bientôt bouleverser les approches actuelles – presque toujours infructueuses – du traitement des alopécies et des calvities.

Exemple des rongeurs

Les chercheurs se sont intéressés aux mécanismes biologiques et cellulaires fondamentaux qui président à la pousse («néogenèse») des follicules pileux. Il y a là, en théorie, une possibilité d’action pour la régénération cellulaire. Ou, pour le dire autrement, un espoir de «faire pousser des cheveux en laboratoire». Le travail a ainsi consisté en la mise au point d’une technique novatrice de «culture de cellules humaines du derme papillaire» (celles qui contrôlent la croissance du follicule pileux).

Les scientifiques tentent en vain depuis quarante ans de cloner des follicules pileux en utilisant ces cellules. Des études précédentes avaient démontré, chez des rongeurs de laboratoire, qu’elles peuvent être cultivées en laboratoire, puis être transplantées sur une peau d’un animal receveur, et induire la production de nouveaux follicules.

«Vibrisses»

Il existe toutefois des différences non négligeables entre les cellules du derme papillaire du cuir chevelu humain et celles des rongeurs. On parle ici des «vibrisses», un terme qui désigne les longs poils sensoriels situés sur les côtés de la tête des mammifères (carnivores, pinnipèdes, rongeurs) et des oiseaux. Ces vibrisses ont pour fonction de détecter les obstacles, notamment chez les animaux nocturnes, aquatiques ou fouisseurs. L’être humain a conservé le souvenir des vibrisses: ce sont les poils situés à l’intérieur des deux narines et sous les aisselles. Poils généralement considérés comme disgracieux et qui, étrangement, ne semblent plus avoir de fonctions spécifiques.

Ces différences homme/animaux ont aidé les chercheurs. Ils sont parvenus à cultiver en laboratoire les cellules du derme papillaire de sept personnes volontaires. «L’agrégation des cellules a été induite de manière à créer les conditions nécessaires à la croissance des cheveux, en s’appuyant sur les qualités de croissance du poil chez la souris», commentent-ils. Les chercheurs ont obtenu dans cinq cas sur sept une nouvelle croissance de cheveux durable sur six semaines. Ils ont aussi réussi à créer des sphéroïdes dermiques en 3D, mis en croissance entre le derme et l’épiderme d’un fragment de peau humaine.

Des cheveux humains

Ces cultures ont ensuite été greffées sur la peau de dos de souris pour mieux comprendre et décrypter les phénomènes de croissance. Les analyses ont démontré que ces nouveaux follicules pileux étaient bel et bien «humains» et génétiquement identiques à ceux des donneurs.

D’autres analyses sophistiquées ont aussi permis de démontrer que ce travail en 3D permettait une meilleure restauration des processus de croissance. Cette approche permet notamment de mieux comprendre l’intimité des mécanismes qui font que les cheveux ne croissent plus avant de «tomber». Elle est aussi la première à réussir à induire de cette manière la croissance de nouveaux cheveux humains. Il ne s’agit pas seulement ici de «relocaliser» (via des micro-greffes) les cheveux d'une partie du cuir chevelu à l'autre.

Essais cliniques dans un avenir proche

Cette nouvelle méthode offre désormais la possibilité d'induire un grand nombre de follicules pileux (ou de rajeunir ceux existants) à partir de la culture de seulement quelques centaines de cheveux. Une telle approche pourrait contribuer à faciliter la greffe de cheveux pour des personnes n’ayant qu’un nombre très limité de follicules. La méthode doit maintenant être testée de manière à maîtriser les multiples caractéristiques des cheveux: couleur, texture, vitesse de croissance, etc. Les premiers essais cliniques vont commencer dans un avenir proche.

(1) Un résumé (en anglais) de cette publication est disponible ici. On peut aussi entendre ici le Pr Christiano expliquer (en anglais) en quoi a consisté son travail et les perspectives qu’il ouvre.

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