Céphalées résistantes: vers de nouvelles thérapies

Dernière mise à jour 18/07/12 | Article
Céphalées
Deux nouvelles approches thérapeutiques proposent aux personnes souffrant d’intenses maux de tête de trouver un répit dans les crises, voire un confort de vie.

Les céphalées chroniques ont souvent un impact important dans la vie sociale, familiale et professionnelle malgré les nombreux traitements à disposition. De nouvelles thérapies apparaissent pour soulager les migraines et autres maux de tête résistants aux remèdes pharmaceutiques classiques.

Les céphalées sont très fréquentes et parfois invalidantes, particulièrement lorsqu’elles deviennent chroniques. On estime que 3 à 5% de la population souffrent de céphalées chroniques, le plus souvent primaires. Parmi ce type de maux de tête, les céphalées dites de tension et la migraine sont les plus  fréquemment rencontrées. L’ algie vasculaire de la face, plus communément appelée cluster headache, est un mal de tête intense, focalisé sur un seul côté de la face. Les  traitements médicamenteux classiques sont souvent insuffisants.  C’est pour cette raison que de nombreuses études sont effectuées pour proposer de nouvelles thérapies. La stimulation du cerveau à l’aide d’électrodes permet de soulager considérablement les patients souffrant de ce type bien particulier de céphalées.

Stimulation du cerveau

Le cluster headache se manifeste par des accès de douleurs très sévères associés à des signes végétatifs. Les médicaments entraînent une atteinte significative de la qualité de vie du patient qui parfois développe une résistance aux traitements de fond. La nouvelle approche des cliniciens consiste à pratiquer des essais de neuro-stimulation occipitale. Les électrodes sont  implantées en sous-cutané dans la nuque et reliées à un générateur qui n’entraîne pas de risque vital. Cette technique est simple et engendre peu de complications.  Une étude récemment publiée montre une efficacité chez 80% des quatorze patients qui ont observé une amélioration après un suivi moyen de 37 mois.

La migraine chronique est fréquente puisqu’elle concerne jusqu’à 2,4% de la population. La définition clinique est assez précise. En effet, elle implique  la survenue de céphalées pendant au moins quinze jours par mois depuis au moins 3 mois en l’absence d’abus médicamenteux. La pharmacorésistance se définit par l’échec des médicaments de fond (bêtabloquants, antiépileptiques, tricycliques).

Une toxine bénéfique

La toxine botulinique est utilisée depuis de nombreuses années en neurologie, principalement dans le traitement de la spasticité. Actuellement elle est surtout connue par le public dans son  indication esthétique et pour ses propriétés anti-rides. Quel est son rôle dans les céphalées? On aurait pu penser que via son  action directe, elle serait efficace dans les céphalées de tension, cela n’a pas été le cas; par contre, dans certains cas de migraine, elle peut être une bonne alternative de traitement. Comment agirait-elle? On pense que le mécanisme d’action est lié au  blocage des signaux  périphériques allant au système nerveux central. Elle jouerait donc un rôle indirect inhibant le processus migraineux au niveau cérébral. Son efficacité est l’objet de nombreux espoirs.

Des injections musculaires de la face et de la nuque

Deux  études ont été conçues pour évaluer l’efficacité, la sécurité et la tolérance de ce traitement chez des sujets adultes souffrant de migraine chronique. Il s’agit d’études multicentriques, effectuées entre 2006 et 2008, aux Etats-Unis et en Europe. Près de 700 patients ont été inclus, la grande majorité étant des femmes (85-87%) d’origine caucasienne, d’un âge moyen de 41 ans, présentant en moyenne 19 jours de céphalées migraineuses par mois correspondant à 11-12 crises par mois.  L’étude a été effectuée en deux parties: une première de 24 semaines en double aveugle contre placebo et une deuxième de 32 semaines ouverte. Les injections de Botox ont été effectuées toutes les  douze semaines. Elles ont été effectuées à différents niveaux, sur des zones du crâne (muscles frontaux, temporaux, occipitaux et au niveau cervical, dans les muscles para-spinaux).

Des crises de moindre intensité

La fréquence des crises s’est révélée inchangée: sur ce plan, l’expérience est donc négative. En effet, la fréquence a diminué de 5,2 crises par mois avec le traitement par Botox comparé à 5,3 pour le placebo. L’effet placebo est connu comme élevé dans la migraine, atteignant en moyenne 30% dans les études.

Par contre, des critères de jugement secondaires ont été examinés: il s’agit du nombre de jours et d’heures de céphalées et de la sévérité des crises. Tous ces points sont  très importants; en effet, s’il y a une crise par semaine durant chacune trois jours, on se retrouve avec douze jours de migraine par mois. C’est une importante invalidité, amplifiée par la fatigue consécutive aux crises. Un traitement de fond peut limiter la crise à quelques heures, et s’il diminue l’intensité de celle-ci, va permettre de limiter l’invalidité à quelques heures par mois. Le traitement par injections de toxine botulinique selon le protocole de l’étude s’est révélé être un traitement sûr et bien toléré, seuls 5,9% des sujets ayant présenté une faiblesse musculaire résolue sans séquelle. Conclusion: la sévérité et le nombre de jours de migraine ont été diminués.

Référence

Adapté de «Céphalées pharmacorésistantes: nouvelles approches du casse-tête», B. Nater, C. Dozier, in Revue médicale suisse, 2012; 339: 937-41, en collaboration avec les auteurs.

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