Incontinence urinaire féminine: consultez votre généraliste

Dernière mise à jour 01/10/15 | Article
Incontinence urinaire féminine: consultez votre généraliste
D’un impact non-négligeable sur la santé psychologique et la qualité de vie, l’incontinence urinaire (IU) toucherait au moins 200 millions de femmes dans le monde, parmi lesquelles 55% de plus de 60 ans et 42% de femmes jeunes et d’âge moyen.

Caractérisée par une perte involontaire d’urine plus ou moins sévère, l’incontinence urinaire se traduit par de multiples symptômes, parfois associés, ce qui complique son diagnostic. Outre son coût socio-économique élevé, elle engendre un malaise difficile à dévoiler pour les femmes qui y sont sujettes et requiert un bilan complet pour permettre une prise en charge adaptée.

Rôle du médecin généraliste

Sauf cas complexe rare nécessitant un avis spécialisé, le médecin généraliste peut, après avoir systématiquement écarté toute suspicion d’infection par mise en culture de l’urine, qualifier lui-même l’incontinence urinaire de manière personnalisée. La description par la patiente de son utilisation de protections hygiéniques, sa sensation d’impériosité ou de pesanteur vaginale, et surtout le recensement détaillé du nombre et des conditions de survenue de ses mictions sur 72 heures (nommé «catalogue mictionnel») orientent utilement le diagnostic. L’examen clinique complémentaire réalisé à vessie pleine renseigne sur le tonus de la région pelvienne (et anale si nécessaire). Il met en évidence toute fistule urogénitale (communication anormale entre les voies urinaires et génitales) et toute fuite d’urine non-contrôlée – continue ou intermittente, en jets ou en gouttelettes – ainsi qu’un éventuel prolapsus, communément appelé «descente d’organes». L’imagerie médicale vient compléter l’investigation en cas de besoin.

Types d’incontinence urinaire

La pathologie revêt des formes variées qu’il convient de distinguer. L’IU dite «d’effort» survient en raison d’une pression abdominale induite par un effort physique comme un éternuement, la toux, le rire ou le port d’un objet lourd. Trop faible pour garantir une fermeture suffisante, le sphincter de la vessie laisse s’échapper l’urine. Le phénomène est principalement observé chez les personnes entre 45 et 49 ans, mais il explique souvent l’incontinence des femmes jeunes et aggrave les formes existantes des plus âgées. Moins courante et parfois associée à la première (on parle alors d’IU «mixte»), l’incontinence «d’urgence» implique le dérèglement des muscles vésicaux responsables de la miction, devenus hyperactifs, entraînant trop fréquemment l’impression irrésistible de devoir uriner sur l’instant. Les pertes continues provenant d’une lésion ou d’une malformation des voies urinaires, typiques de l’IU «totale», demeurent exceptionnelles.

Causes

Certaines causes comme la constipation chronique et la prise de psychotropes et de contraceptifs oraux peuvent être supprimées. D’autres, plus lourdes, sont liées à la fonction génito-urinaire. L’insuffisance sphinctérienne (favorisée par le nombre de grossesses, les conditions d’accouchement, l’hystérectomie, etc.) et les cancers vésicaux en sont quelques-unes. D’autres causes, enfin, relèvent d’un dysfonctionnement du système nerveux, atteint par des maladies neurologiques comme l’accident vasculaire cérébral, la sclérose en plaques ou la maladie de Parkinson.

Traitement conservateur

Le traitement conservateur est privilégié autant que possible. Les manifestations de l’IU d’urgence peuvent être corrigées en première intention par l’adoption d’habitudes de vie strictes: planification des mictions à fréquence fixe, suppression des aliments épicés, du café, du tabac et de l’alcool, limitation des apports hydriques, traitement de la constipation et réduction de la surcharge pondérale. Quelle que soit la forme d’incontinence, la physiothérapie avec biofeedback(dispositif électrothérapeutique intra-vaginal ou intra-rectal destiné à améliorer le contrôle volontaire et sélectif des muscles) se révèle plus efficace que l’approche pharmacologique, indiquée quasi-exclusivement pour son action sur l’impériosité urinaire.

Chirurgie

L’option chirurgicale n’est proposée qu’en cas d’insuccès des autres thérapeutiques. Pour l’IU d’urgence, l’injection de toxine botulinique dans les muscles vésicaux pour les neutraliser s’avère efficiente pendant plusieurs mois, même si elle entrave parfois la vidange intégrale de la vessie. Pour les cas les plus sévères, l’augmentation du volume vésical, de même que la création d’un circuit de dérivation urinaire – parfois consécutif à l’ablation de la vessie – peuvent être envisagées. Concernant l’IU d’effort modérée, deux traitements de référence mini-invasifs coexistent: la pose d’une bandelette sous l’urètre pour en rehausser légèrement le niveau, et la restauration du plancher pelvien, avec résorption du prolapsus le cas échéant.

Trois autres techniques concluantes tendent à réduire au minimum la durée d’hospitalisation: l’implantation – réversible – d’un neurostimulateur dans le corps pour contrôler par impulsions électriques les nerfs qui commandent la vessie (neuromodulation); la pose de ballonnets; et l’injection d’agents de comblement à la base de la vessie pour faciliter l’obturation du col vésical sans toutefois empêcher la miction.

 

_________

Références

Adapté de: «Prise en charge initiale de l’incontinence urinaire chez la femme par l’interniste généraliste», Dr Julien Renard et Pr Christophe E. Iselin, Service d’urologie, Département de chirurgie, HUG. In Revue Médicale Suisse 2014:10:2322-7, en collaboration avec les auteurs.

A LIRE AUSSI

Douleurs musculaires
Le claquage fait mal mais guérit bien avec du repos

Le claquage fait mal mais guérit bien avec du repos

Un claquage est un traumatisme rarement grave, mais il ne faut pas pour autant le prendre à la légère,...
Lire la suite
Piqûres d'insectes
Une guêpe

Combattre les allergies aux piqûres de guêpes et d’abeilles

Les piqûres de guêpes et d’abeilles restent potentiellement mortelles mais les traitements à notre disposition...
Lire la suite
Douleurs du genou
On peut soigner des ligaments du genou déchirés sans opérer

On peut soigner des ligaments du genou déchirés sans opérer

Après deux opérations au genou, l’Américaine championne de ski Lindsey Vonn a fait un come-back époustouflant....
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
incontinence_oser_parler

Incontinence urinaire: oser en parler

Les fuites d’urine sont souvent associées à une honte qui empêche de consulter. Et pourtant, la plupart du temps, un traitement est possible
Le tabou de l’incontinence

Le tabou de l’incontinence

Après un accouchement, 20% des femmes rencontrent des problèmes d’incontinence urinaire. Quelle est l’influence de la grossesse et du mode d’accouchement? Les explications du Dr Chahin Achtari, médecin responsable de la consultation d’uro-gynécologie à la maternité du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).
Quand faire pipi pose problème

Quand faire pipi pose problème

Vous ressentez des brûlures ou des douleurs en urinant? Vous faites une pause pipi toutes les 10 minutes? Votre urine a une forte odeur? Quand faire pipi pose problème, une consultation chez le médecin peut s’avérer nécessaire. Tour d’horizon de certains symptômes.
Videos sur le meme sujet

Les fuites au fil du temps

Mal tabou, l'incontinence urinaire est une affection très fréquente qui touche quelque 200 millions de personnes dans le monde.

Une journée contre la fistule obstétricale

Le 23 mai est la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale. Cette maladie touche 2 millions de femmes dans le monde, principalement en Afrique.
Symptômes sur le meme sujet
J'ai des pertes d'urine

Pertes d’urine

J'ai des pertes d'urine