Vers un vaccin universel contre la grippe?

Dernière mise à jour 12/05/12 | Questions/Réponses
Vers un vaccin universel contre la grippe?
Des chercheurs canadiens pensent avoir trouvé le moyen de développer un vaccin universel contre la grippe. Si leurs hypothèses se confirment, il n’y aurait plus besoin de se faire vacciner chaque année en fonction de la souche en circulation.

Créer un vaccin universel contre la grippe, c’est un peu le Graal des chercheurs. Une étude de l’Université de Colombie-Britannique1 dessine un chemin pour y parvenir. L’objectif est difficile à atteindre car le virus influenza ne cesse de duper notre système immunitaire. C’est une protéine du virus, l’hémagglutinine (HA), qui est en cause. Elle permet au virus de s’arrimer à la cellule humaine. John Schrader, directeur de l’étude, compare HA à une fleur dont la corolle se transformerait constamment afin que les anticorps ne reconnaissent plus le virus. Jusqu’ici, les vaccins visaient la «corolle» HA, d’où la nécessité de changer leur composition à chaque saison. L’équipe canadienne propose donc d’en cibler la «tige», plus stable. Comme cette partie présente de très fortes ressemblances dans tous les virus influenza, un vaccin de ce type pourrait fonctionner contre plusieurs virus grippaux. Le vaccin saisonnier contre la grippe sera-t-il bientôt un vieux souvenir? Analyse de Daniel Pinschewer de la Faculté de médecine de l’Université de Genève.

Est-ce que l’idée de changer de cible pour le vaccin contre la grippe est nouvelle?

Daniel Pinschewer: Elle s’inscrit dans une tendance générale. Normalement, le corps fabrique des anticorps différents pour chaque virus rencontré. Des études ont pourtant montré que certains individus possèdent des anticorps particuliers, capables d’inactiver plusieurs virus. L’étude mentionnée s’appuie sur un constat fait après la pandémie de 2009: certaines personnes qui avaient été infectées ou vaccinées ont produit des anticorps actifs contre plusieurs virus influenza, dont celui de la grippe aviaire2. L’étude montre que les anticorps produits par le système immunitaire pour lutter contre le virus A (H1N1), ciblent la « tige» de la protéine et non sa «fleur», selon les termes de John Schrader.

Pour quelle raison les défenses du corps changeraient-elles brusquement d’objectif?

Selon les auteurs, cette réaction se produirait lorsque notre système immunitaire fait face à un nouveau virus dont la corolle lui est totalement inconnue. Ne possédant pas d’anticorps contre celle-ci, il utilise la seule défense à sa disposition: les anticorps acquis lors d’infections antérieures, actifs contre la tige qui présente de grandes ressemblances d’un virus à l’autre.

Les auteurs proposent de créer un vaccin basé sur un mélange de virus ne circulant que chez les animaux. Ce procédé devrait-il provoquer une réponse immunitaire ciblée contre la tige de l’hémagglutinine?

C’est bien l’effet escompté. Jusqu’ici, nous avons au contraire adapté le vaccin aux mutations du virus, avec succès. Vacciner les gens pour un virus qui ne s’en est pas encore pris à l’homme, et ne le fera peut-être jamais, va à l’encontre de notre intuition. Les auteurs ont procédé par déduction, sur la base de l’expérience de la grippe pandémique, mais il est clair que cela ne suffit pas. Il faut encore d’autres études.

Est-ce que la recherche va malgré tout dans le sens d’un vaccin unique, ciblant une autre partie du virus grippal?

C’est clairement le but et plusieurs groupes de recherche travaillent dans ce sens.

Au risque pour l’industrie de perdre la manne d’un vaccin saisonnier?

Je pense que la compagnie qui réussira à mettre au point ce type de vaccin tiendra un médicament phare! Cela dit, il n’est pas sûr qu’une dose unique sera suffisante. Et, qui sait, la tige de l’hémagglutinine va peut-être se mettre à muter elle aussi. Jusqu’à maintenant, elle était très stable, car elle ne subissait pas ou peu les attaques du système immunitaire. Si nous changeons de stratégie, le virus va certainement s’adapter. Mais il est vrai que ces nouvelles pistes pour la vaccination soulèvent de grands espoirs, surtout dans la perspective d’une pandémie.

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1. Frontiers in Immunology, mai 2012.

2. The Journal of Experimental Medicine, janvier 2011.

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Extrait de :

Check-Up. Les réponses à vos questions santé
de Marie-Christine Petit-Pierre
Ed. Planète Santé / Le Temps, 2014

            

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