Quand la grippe dégénère

Dernière mise à jour 15/12/20 | Article
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Banalisée par les uns, traquée par d’autres, sans conséquence ou meurtrière, elle s’invite inlassablement chaque hiver. Si les remèdes pour la combattre, ou du moins en limiter la propagation, sont connus – vaccination notamment –, la grippe saisonnière reste un fléau aux chiffres éloquents. L’un d’eux : 209’200 individus ont consulté pour une affection grippale sur la saison hivernale 2018-2019*, soit 2,5 % de la population. Variant selon la fragilité des victimes et la virulence des souches, le taux de mortalité imputable à la grippe oscille quant à lui entre 0,1 et 1,5 %. Le plus souvent, les principaux symptômes passent en 7 à 10 jours, mais la grippe peut prendre une toute autre tournure. Pneumonie, inflammation du cœur ou encore troubles neurologiques, la liste des complications possibles a de quoi alerter. Tour d’horizon avec les Drs Laurent Christin et Matteo Marchetti, respectivement médecin-chef co-responsable et médecin interne au Service de médecine interne du Groupement Hospitalier de l'Ouest Lémanique.

Portrait express

Virus hivernal par excellence, la grippe saisonnière présente des caractéristiques bien spécifiques. 

  • Nom de code: Influenza de type A ou B.
  • Cibles sujettes aux complications: personnes de plus de 65 ans, immunosupprimées, souffrant d’insuffisance cardiaque ou rénale, de bronchite chronique, de troubles hépatiques ou d’obésité, femmes enceintes ou en période post-partum.
  • Ruse: mutation annuelle, nécessitant une vaccination annuelle elle aussi.
  • Mode de propagation: gouttelettes, contact.
  • Méthodes pour s’en prémunir: vaccination, lavage fréquent des mains, distanciation sociale.
  • Symptômes «classiques»: fatigue, courbature, maux de tête et de gorge, toux.
  • Arsenal médical spécifique: traitement antiviral (Tamiflu par exemple). Préconisé chez les personnes à risques, son usage est à discuter au cas par cas. 

Infections pulmonaires

Virus des voies respiratoires par excellence, la grippe peut occasionner des complications pulmonaires plus ou moins graves. La plus fréquente d’entre elles est la pneumonie virale. À l’origine d’une inflammation des alvéoles pulmonaires, elle se traduit par une toux intense, dès les premiers jours de l’infection. Susceptible d’évoluer vers une forme grave nécessitant une hospitalisation, elle peut également se doubler d’une infection bactérienne. L’évolution est alors souvent biphasique: les symptômes «classiques» de la grippe s’estompent, donnant l’impression d’un rétablissement. Mais une seconde vague de symptômes apparaît – forte toux, fièvre, crachats jaunâtres – nécessitant une consultation en urgence. Côté chiffres: on estime que 30 à 40% des patients hospitalisés avec un diagnostic de grippe développent une pneumonie sévère (virale ou bactérienne).

Atteintes cardiaques

Susceptible de léser un cœur déjà fragilisé, la grippe saisonnière peut être à l’origine d’une défaillance cardiaque. Selon une étude canadienne, le taux d’incidence d’un infarctus du myocarde serait multiplié par six la semaine suivant l’infection, par rapport au risque un an avant ou après l’épisode de grippe, en particulier chez les plus de 65 ans. Autre complication possible, y compris chez des personnes jeunes et en bonne santé: l’inflammation du myocarde (myocardite). Si les causes exactes restent floues, on sait que ce syndrome peut être aggravé par la pratique sportive durant un épisode de fièvre. Les symptômes cardiaques qui doivent alerter? Douleurs dans la poitrine, sensation d’étouffement, lèvres ou doigts bleus.

Infections du système nerveux 

Si, dans un contexte de grippe, troubles de la conscience, somnolence ou encore crise d’épilepsie doivent être pris très au sérieux, c’est parce que l’infection peut avoir des conséquences neurologiques sévères, comme une inflammation du cerveau (encéphalite), mais pas seulement. On sait notamment que le risque d’accident vasculaire cérébral est augmenté dans les semaines suivant l’infection. Plus redouté encore: le syndrome de Guillain-Barré. Rare et peu prévisible, cette pathologie résulte d’une réaction anormale du système immunitaire qui, en s’attaquant au système nerveux, provoque paralysie et détresse respiratoire. Complexes et laborieux, les traitements qui s’en suivent s’étendent sur plusieurs mois. 

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* Estimation de l’Office fédéral de la santé publique.

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Paru dans Planète Santé magazine N° 39 – Décembre 2020

   

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