Froid intense: attention aux gelures!

Dernière mise à jour 18/02/19 | Article
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Les sports d’hiver exposent parfois à des risques de gelures. Nos conseils pour bien vous protéger.

Amateurs de ski ou de haute montagne: soyez avertis. Les gelures sont sournoises. Elles s’installent sans crier gare, mais peuvent induire des lésions graves et irréversibles. C’est la désagréable expérience qu’a vécue Madeleine, lors d’une sortie en Haute Savoie: «Nous faisions une randonnée avec des amis. Comme l’un d’entre eux avait de la peine à suivre, j’ai attendu avec lui une heure trente dans la neige pendant que les autres faisaient l’aller-retour au sommet. Sur le moment, je n’ai rien remarqué. Mais lorsque nous avons regagné la voiture, j’ai soudain été prise de terribles crampes dans les jambes. Quelques heures plus tard, les ongles de mes deux gros orteils étaient devenus tout noirs».

Les défenses du corps contre le froid

La température du corps humain est normalement à 37 °C. Lorsqu’elle baisse, notre organisme met en place toutes sortes de mécanismes de protection pour lutter contre le refroidissement. Frissons, chair de poule et dents qui claquent, par exemple. La pression artérielle et la fréquence cardiaque augmentent aussi. C’est là qu’on peut observer le fameux phénomène de vasoconstriction: le sang est envoyé vers le cœur pour préserver les organes vitaux. C’est ce qui explique que les extrémités deviennent pâles et froides.

Si cet état se prolonge trop longtemps, les défenses thermorégulatrices s’épuisent. Les réflexes ainsi que les fréquences cardiaque et respiratoire baissent et le corps ne frissonne plus. La température interne baisse: c’est ce qu’on appelle un état d’hypothermie. Une température corporelle inférieure à 32 °C peut faire courir un risque vital. En cas d’accident dans un milieu très froid, l’intervention rapide des secours est donc capitale.

Dans notre pays où les sports d’hiver sont appréciés, les gelures surviennent parfois plus facilement qu’on ne le pense. Il suffit que quelques conditions soient réunies. «Il y a un risque de gelure dès que les températures sont inférieures à zéro degré, explique la Dre Michele Depairon, spécialiste en angiologie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Le vent, l’humidité, l’absence d’équipement approprié ou des vêtements trop serrés qui gênent la circulation du sang peuvent être des facteurs aggravants». Plus les températures sont basses, plus le risque augmente. Les extrémités (mains, pieds, visage) sont les zones le plus souvent touchées.

Cristaux de glace dans les cellules

Mais comment le froid agit-il exactement sur notre corps? Au départ, les températures très basses provoquent un phénomène de vasoconstriction. En cas de gelure, les petits vaisseaux se contractent tellement qu’ils empêchent le sang de circuler et entraînent un manque d’oxygène. Des véritables cristaux de glace se forment ensuite à l’intérieur et entre les cellules. Cela risque de déchirer leur membrane puis de provoquer leur mort.

Les gelures sont donc une lésion, au même titre que les brûlures par exemple. Il existe d’ailleurs plusieurs stades de gravité. Les cas les plus superficiels, comment celui de Madeleine, cicatrisent et guérissent avec le temps: «J’ai eu mal pendant plusieurs jours et mes ongles sont tombés, mais ont fini par repousser après une année». En revanche, les gelures de stade trois ou quatre entraînent un risque d’amputation. Si les nécroses s’infectent, cela peut se propager dans tout le membre et provoquer de la gangrène. Ces cas sont toutefois rares et concernent surtout les alpinistes qui s’engagent dans des expéditions extrêmes ou restent exposés au froid de très longues heures.

Comment réagir?

Afin de minimiser les risques, il est important de réagir vite, dès l’observation d’un début de gelure. Au départ, lorsque le froid est intense, cela fait mal. Mais au bout d’un certain temps, le manque de circulation sanguine rend la zone insensible. «Si votre peau devient très blanche et que vous ne sentez plus rien, il faut immédiatement réagir, recommande la Dre Depairon. Regagnez au plus vite un espace chauffé.» Mais attention à éviter les grands écarts de température. Pas question de mettre ses mains directement contre un radiateur par exemple. «Il faut remettre doucement en marche la zone concernée, recommande la spécialiste. Un réchauffement progressif, des bains de la zone atteinte dans de l’eau à 38 °C avec un agent antiseptique sont habituellement recommandés. La perception de la douleur sera plutôt bon signe car elle témoigne d’une sensibilité encore présente. Toutefois, comme les conséquences d’une gelure peuvent être graves, il est vivement recommandé de rapidement consulter.»

Certains réflexes peuvent aider à prévenir le risque. Si vous prévoyez une sortie par grand froid, protégez bien les zones sensibles de votre corps avec des gants fourrées et imperméables, un bonnet qui recouvre bien la nuque et les oreilles, un cache-nez et des chaussures imperméables et pas trop serrées. Vous pouvez aussi vous équiper de chaufferettes qui se glissent sous les habits et peuvent diffuser de la chaleur pendant plusieurs heures, sans oublier d’emporter des boissons chaudes. Vous voilà paré!

Et si c’étaient des engelures?

Souvent confondues avec les gelures, les engelures sont en quelque sorte sa forme bénigne. Elles se manifestent par des taches rouges et boursouflées sur les extrémités, en particulier les pieds et les mains. Elles ont tendance à démanger et brûler, mais ne sont pas dangereuses et disparaissent généralement dès le retour à une température ambiante.

Les engelures surviennent en principe entre le mois de novembre et de mars, surtout chez les personnes particulièrement sensibles au froid (non-glacial) et à l’humidité. Les femmes sont plus souvent concernées que les hommes. Il n’existe pas de traitement dont l’efficacité soit vraiment avérée, mais des crèmes à base de cortisone sont parfois recommandées pour calmer les démangeaisons qui les accompagnent. La prévention reste toutefois le meilleur moyen de lutter contre les engelures. Évitez de vous exposer au froid humide et au vent. Vous pouvez aussi masser chaque jour les zones sensibles.

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Paru dans le Quotidien de La Côte le 30/01/2019.

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