Respirer ou conduire: il ne faut pas choisir

Dernière mise à jour 27/06/13 | Article
Respirer ou conduire: il ne faut pas choisir
L’hyper-somnolence au volant est une cause majeure d’accidents de la circulation. De nouvelles précautions s’imposent.

L’alcool et la vitesse: une alcoolémie excessive d’un chauffeur et une vitesse excessive d’un véhicule. Ce sont les deux facteurs majeurs à l’origine des accidents les plus graves de la circulation automobile. Mais on oublie trop souvent que près d’un de ces accidents sur cinq est la conséquence d’une somnolence diurne du conducteur. Et dans la plupart des cas la cause de cette somnolence est un syndrome d’apnée obstructive du sommeil (SAOS). Parce qu’il est notablement sous-estimé, ce phénomène vient de faire l’objet de nouvelles recommandations élaborées par l'American Thoracic Society, concernant les conducteurs non professionnels.1

Un risque d’accident sept fois supérieur

Pour le Dr Kingman P. Strohl, directeur du programme de médecine du sommeil à l'Université Case Western Reserve, l’heure est venue de mieux prendre en compte ce qui constitue un handicap majeur à la conduite. La somnolence au volant est un facteur majeur de risque, mais c’est aussi l’un des principaux symptômes du SAOS. Une personne atteinte d’apnée du sommeil est exposée à un risque jusqu’à sept fois supérieur d’accident de la circulation que la moyenne des conducteurs. Pour autant, une proportion importante, variable selon les pays, des personnes souffrant d’apnée du sommeil ne sont pas connues en tant que telles ou ne sont pas traitées pour ce handicap.

Compte tenu du danger qu’elles représentent (pour elles et pour autrui) les personnes souffrant d’un SAOS devraient être considérées comme des conducteurs à risque élevé d’accidents, et ce jusqu’à la prise en charge de leur apnée par une thérapie efficace. Et dans l’attente de la correction de leur handicap, ils devraient être impérativement mis en garde contre le risque auquel les expose le fait de conduire un véhicule automobile.

Une remise en cause très mal vécue

L’interrogatoire des personnes chez lesquelles on suspecte un SAOS ne doit surtout pas omettre de porter sur la fréquence et la durée de leurs épisodes de somnolence diurne et les accidents automobiles (petits ou non) attribuables à la somnolence, à la fatigue ou à l'inattention. Les personnes concernées doivent aussi être incitées par leur entourage à consulter un médecin. Cette incitation doit se faire avec le plus de tact possible: toute remise en cause des compétences d’un conducteur automobile est généralement très mal vécue par ce dernier, qui y perçoit une forme d’atteinte à sa puissance vitale.

L’information des patients et de leurs familles sur les risques liés à la somnolence au volant et sur les thérapies comportementales pouvant réduire ces risques, devrait être beaucoup plus largement diffusée. Pour le Dr Kingman P. Strohl, les personnes suspectées de souffrir d’un SAOS et les conducteurs à risque élevé d’accident devraient subir une polysomnographie et être mis sous traitement aussi rapidement que possible. Pour les cas à risque moins élevé, il existe des dispositifs de surveillance portatifs de la somnolence qui peuvent se révéler très utiles.

Consulter après un endormissement au volant

La question de l’aptitude au volant était traitée il y a peu dans les colonnes de la Revue médicale suisse par Bernard Favrat et Christophe Pasche. Ces derniers rappelaient que la Société suisse de recherche sur le sommeil, de médecine du sommeil et de chronobiologie, avait édicté des recommandations sur ce sujet en 2007. Elle indique que l’échelle d’Epworth est utile pour mesurer le degré de somnolence. Pour autant, un faible score ne permet pas d’exclure une somnolence significative. «L’examen complémentaire le plus utile est le test de maintien de l’éveil pratiqué dans un laboratoire du sommeil (maintenance of wakefulness test), soulignaient-ils. Les personnes ayant déjà provoqué un accident après s’être endormies au volant devraient consulter un centre du sommeil pour y effectuer ce test de vigilance.»

La démonstration avant la coercition

En France, l’hyper-somnolence fait, du moins en théorie, partie des pathologies contre-indiquant l’obtention du permis de conduire ou nécessitant une révision de celui-ci. Mais on sait aussi à quel point l’interdiction faite de conduire un véhicule automobile peut, même pour des raisons médicales aussi évidentes, être perçue comme une atteinte à un droit essentiel du citoyen. Avant l’application de méthodes coercitives, la solution passe donc par la démonstration faite par le médecin à son patient des bénéfices souvent spectaculaires que peut fournir un traitement.

Les personnes diagnostiquées comme présentant un SAOS et les conducteurs à risque élevé d’accident du fait d’une hyper-somnolence devraient dès que possible bénéficier d’un traitement par ventilation en pression positive continue (CPAP pour Continuous Positive Airway Pressure). Le handicap de la conduite automobile est un élément qui devrait déclencher la mise en œuvre de ce traitement. Mais il est essentiel que la personne concernée sache que ses bienfaits dépassent de loin le seul fait de pouvoir reprendre un volant automobile. Et ce même si ces traitements ne fournissent pas toujours les résultats espérés.

1. Ces recommandations viennent d’être publiées dans l’American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine. On trouvera ici un résumé (en anglais) de cette publication.

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