Troubles de l’attention: diagnostiquer pour mieux aider

Dernière mise à jour 06/05/19 | Article
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TDA/H: ces quatre lettres ont de quoi faire frémir les parents d’enfants agités. Elles sont l’acronyme des troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité. Un problème qui touche environ 5% des enfants.

Pratique

L’Aspedah (association suisse romande de parents et d’adultes concernés par le trouble du déficit d’attention/hyperactivité) propose des informations, des adresses de spécialistes, du coaching parental, des rencontres et des conférences pour aider les familles et les personnes touchées à mieux vivre avec le TDA/H.

www.aspedah.ch

Diagnostiqué pendant les premières années d’école, le TDA/H peut se manifester bien avant. «Ce sont des enfants qui ont souvent été des bébés très demandeurs, explique Nathalie Nanzer, médecin au Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Le trouble commence à devenir identifiable vers l’âge de trois ans, mais on évite de poser un diagnostic avant six ans pour des raisons de maturité cérébrale.»

Bambin qui ne tient pas en place, qui ne cesse d’agiter ses jambes lorsqu’il est assis, coupe la parole, ne parvient pas à suivre des consignes longues, peine à jouer avec ses camarades… autant d’attitudes qui mettent la puce à l’oreille de l’entourage. Mais les enfants avec un trouble de l’attention ne sont pas tous agités. «Il existe deux groupes de TDA/H, détaille Michel Bader, médecin à la consultation de pédopsychiatrie de liaison du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). D’un côté, celui formé de la triade classique: déficit d’attention avec impulsivité et hyperactivité. De l’autre, celui composé de personnes dont le trouble de l’attention est prédominant, sans qu’il y ait forcément les deux autres composantes. Ces enfants-là ne perturbent pas la classe, ils sont tranquilles et ne présentent pas de problèmes comportementaux. Ils sont beaucoup plus difficiles à repérer. Le premier groupe est toutefois le plus fréquent.»

Diagnostiquer pour mieux aider

Pour qu’un élève puisse suivre sa scolarité le mieux possible et avoir une vie épanouissante, il est primordial que son TDA/H soit diagnostiqué rapidement. Ceci permet à l’enseignant, comme aux parents et à l’entourage, d’agir en connaissance de cause. «Reconnaître le trouble déculpabilise énormément parents et enfant», confirme Nathalie Nanzer.

Car non, ces petits ne sont pas des cancres mal élevés, ils n’ont simplement pas la capacité d’attention des autres enfants de leur âge. Punitions et cris ne servent à rien. «Ces enfants ont tendance à se dévaloriser car ils perçoivent beaucoup de choses négatives autour d’eux, explique la spécialiste. Ils se sentent rejetés. Un cadre clair et des règles précises les aident à se contenir. Ils n’aiment pas le changement et ont besoin de repères.»

Avec un suivi psychologique, un enseignement adapté à leurs besoins et à leurs difficultés et des parents attentifs, ces jeunes s’en sortent très bien. «Un tiers d’entre eux deviennent des adultes dont le TDA/H n’est plus un problème, confirme Michel Bader. Plus la prise en charge est précoce, meilleure seront leur qualité de vie et celle de leur entourage.»

Trucs et astuces d’une psychologue et maman

Marie-Jeanne Petiniot a écrit deux ouvrages* sur les troubles de l’apprentissage. Cette mère d’un fils TDA/H participe aujourd’hui à la formation des futurs instituteurs en Belgique. Elle explique: «Lorsqu’un enseignant est confronté à un élève avec un trouble de l’attention, il aura naturellement tendance à lui donner davantage de temps pour qu’il puisse finir sa tâche. Mais si l’élève a dépassé son quota de concentration, le laisser plus longtemps devant sa feuille ne changera rien». La psychologue suggère de lui octroyer des pauses, de fractionner le travail, d’en diminuer la quantité. Tous les documents scolaires doivent aussi être adaptés. «Une consigne par tiret, un espace important entre chaque consigne et ne pas utiliser de copies recto-verso. Les supports de cours doivent être le plus visuels possible.»

Pour que l’élève gère mieux son impulsivité, Marie-Jeanne Petiniot suggère de lui demander de compter jusqu’à 5 avant de répondre. Et de mettre un point rouge au bout des phrases qu’il lit, ainsi il est obligé d’aller jusqu’au bout de sa lecture.

La pédagogue utilise l’image de la boule de neige: la perte de confiance amène à la déprime, cela engendre des problèmes relationnels. Un bon partenariat enseignant-parents permet de faire fondre toute cette neige afin que l’enfant retrouve l’estime de soi.

* M.-J. Petiniot, Comprendre les dysférences (Ed. Erasme) et Accompagner l’enfant atteint de troubles de l’apprentissage (Ed. Chronique sociale).

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Publié dans le supplément «Votre santé» de La Côte Hebdo en novembre 2018.

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