Le suicide chez les personnes âgées, une réalité implacable

Dernière mise à jour 03/07/12 | Article
Une personne âgée avec une infirmière
Perte du lien social, ou situation de totale dépendance par rapport aux autres, les personnes âgées subissent de grands bouleversements. Pour certains, le suicide se pose alors comme un échappatoire. Explication avec le Pr. Panteleimon Giannakopoulos, chef du département de santé mentale et de psychiatrie aux HUG.

Les personnes âgées qui font le choix de partir plus vite que prévu se retrouvent généralement dans deux catégories distinctes, explique le Pr. Panteleimon Giannakopoulos. D’un côté, il y a ceux qui passent à l’acte au début même de l’âge avancé, au moment de la retraite, du fait de subitement se retrouver en dehors de la vie active, confrontés à la nécessité de changer ses propres repères. De l’autre côté, se trouvent les personnes de 85 ans et plus. «A cet âge-là, on note une augmentation significative du nombre de suicides chez des personnes qui n’arrivent pas à gérer la dépendance en lien avec leur personnalité». Et d’ajouter que d’une certaine manière le suicide des personnes âgés est une situation qui concerne souvent des personnes qui n’ont pas eu de passé psychiatrique.

A un plus jeune âge, le suicide est généralement associé à un état dépressif, alors que dans le cas des seniors, c’est la situation existentielle de la personne qui joue un rôle prédominant, une trajectoire qui peut paraître humiliante. De même, si à un jeune âge, on parle d’appel à l’aide, chez les personnes âgées en revanche, l’acte est le plus souvent brutal. «Chez le jeunes, on compte à peu près quatre tentatives pour un suicide, alors que chez les personnes âgés c’est un sur deux, continue les Pr. Giannakopoulos. Il y a donc une plus grande radicalité par rapport à la motivation. Il y a, de plus, une certaine discrimination, en ce sens qu’une personne qui se suicide à 85 ans a vécu sa vie, c’est un acte considéré comme sans impact majeur alors qu’un adolescent qui se suicide c’est d’emblée un scandale».

Et si le suicide chez les personnes âgées a toujours eu court dans nos sociétés, ce n’est que récemment que le problème  suscite de l’intérêt auprès de la population. Une situation que le Pr. Giannakopoulos explique par le fait que les personnes âgées de plus en plus nombreuses, sont devenues une force, et une force de plus en plus active de surcroit. Lorsque l’un d’eux choisi de passer à l’acte les réactions s’enchainent donc désormais.  «Nous nous trouvons dans une situation où la réaction face au suicide des personnes âgées peut aller de l’incompréhension totale, à la résignations en considérant que dans le fond, le fait de sortir de cette manière conserve la dignité de la personne».

Et la crise est également passée par là. «Avec la situation économique actuelle, il y a une fragilisation supplémentaire des personnes âgées», remarque l’expert. Alors qu’actuellement le nombre de suicides sur toutes les tranches d’âge est à la baisse, il y une exception chez les personnes âgées, où ce taux est élevé mais stable.

Il y a donc une recrudescence des suicides qui peut être conditionnée par une misère sociale brutale, ainsi que par la perte des repères dans un système qui pouvait auparavant être protecteur.  «C’est le même phénomène qui a eu lieu en Chine ou en Russie qui se retrouve désormais en Europe. Les personnes peuvent se sentir laissées pour compte dans une société qui devient de moins en moins protectrice pour eux, et des jeunes marginalisés qui ont beaucoup plus de peine à s’occuper d’eux». Le psychiatre tempère tout de même en notant que si le phénomène s’amplifie, il n’y a pas d’explosion, de passage à l’acte pour autant.

Quant à savoir qui sont ces personnes qui préfèrent choisir leur mort,  le Pr. Giannakopoulos souligne que la trajectoire existentielle de l’individu est déterminante bien avant l’âge de la retraite. Ainsi, certaines personnalités beaucoup plus fragiles, devraient peut-être pris en charge avant même l’âge avancé. «Typiquement les personnes qui ont une personnalité avec des traits narcissiques, qui aiment plaire, qui sont devant les projecteurs et qui se retrouvent subitement  dans une situation de moindre exposition», souligne l’expert.

C’est alors que l’entourage peut avoir un rôle à jouer. En étant  attentif, d’abord et surtout à la rupture du lien, qui est un déterminant important pour le suicide de la personne âgée. Lorsqu’une personne  devient plus hostile, se recroqueville sur elle-même ou abuse de substances, notamment de l’alcool, il faut lui prêter une attention particulière. «Il faut cependant considérer que contrairement aux plus jeunes, vous allez difficilement trouver quelqu’un qui va accepter et verbaliser l’idée suicidaire d’emblée, tout cela est beaucoup moins perceptible. L’entourage doit donc se baser sur des signes indirects: la rupture du lien, l’abus de substances et l’agressivité».

Les hommes se suicident d’avantage

Le suicide est beaucoup plus fréquent chez l’homme. La démarche est plus violente et plus impulsive. L’homme est parfois touché par un sentiment de dévalorisation par rapport à ce que peut être le vieillissement. Le célibat également a d’avantage d’impact chez l’homme. Chez la femme en revanche, on retrouve parfois les deux grands profils, des personnes qui peuvent avoir des plaintes somatiques à répétition, qui seront froides et distantes, avec un sentiment de vide.

Pour tous renseignements:

Centre Ambulatoire de Psychiatrie et de Psychothérapie de l’Agé (CAPPA)

Rue des Épinettes 10
1227 Carouge GE

Tél. +41 22 304 49 00
http://psychiatrie.hug-ge.ch

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