Stress au travail: il peut nous poursuivre après la retraite

Dernière mise à jour 10/01/14 | Article
Stress au travail: il peut nous poursuivre après la retraite
Une étude finlandaise révèle, pour la première fois, les conséquences à très long terme des stress élevés en milieu professionnel. Elle permet aussi de tirer des conclusions préventives.

Le stress au travail est un mal plus répandu qu’on pourrait le croire. Selon l'INRS, il touche aujourd'hui plus d'un salarié européen sur cinq, tous secteurs d'activité confondus. Et pour l'Agence européenne pour la santé et la sécurité au travail, cette proportion va certainement augmenter dans les années à venir. Les risques auquel expose ce stress sont connus. Du moins les risques à court terme, qu’il s’agisse notamment de dérèglement du sommeil, de dépression ou de maladies cardiovasculaires.

On connaît moins, en revanche, ce qu’il peut en être des risques à plus long terme. Voire à très long terme. Une équipe de chercheurs finlandais s'est penchée sur cette question. Leurs conclusions viennent d’être publiées dans la revue Age and Aging (1). Et ces conclusions sont alarmantes: le stress professionnel pourrait laisser des marques à vie.

Phénomène encore peu étudié

Les auteurs précisent bien que si le stress au travail fait l'objet de nombreuses études, ils sont les premiers à étudier ses effets au prisme de l'hospitalisation des seniors. «A notre connaissance, aucune autre étude prospective ne s'était penchée sur les effets à long terme des tensions physiques et psychologiques sur le volume total d’hospitalisations sur un échantillon représentatif de sujets âgés», soulignent-ils. Ils mettent en évidence des taux d'hospitalisation plus importants (tout particulièrement après 65 ans) chez les personnes ayant été victimes d'un stress important dans leur milieu professionnel.

En pratique les chercheurs de l'Université de Jyväskylä ont basé leur travail sur des données recueillies auprès de 5625 employés du secteur public finlandais. Agées de 44 à 58 ans au début de l’étude, ces personnes ont pu être suivies durant vingt-huit ans. Les chercheurs ont relevé le nombre de jours d'hospitalisation dans les différents registres des hôpitaux du pays. Les participants avaient auparavant rempli un questionnaire permettant d'évaluer quel pouvait être leur niveau d’exposition au stress physique (transpiration, essoufflement, fatigue musculaire, troubles musculo-squelettiques, etc.) et psychologique. Il s’agissait ici d’une évaluation du rapport entre les résultats exigés par la hiérarchie et l’autonomie dont disposait l'employé quant au contrôle sur son propre travail.

Hospitalisations à distance

Au terme de leur analyse les chercheurs constatent qu’un stress accru à la quarantaine est ultérieurement associé à un plus grand nombre de jours d'hospitalisation, tout particulièrement lorsque les tensions ressenties sont d'ordre physique. Ils ont ainsi calculé qu'un stress physique élevé au travail dans la quarantaine augmente le risque d’hospitalisation dans la vieillesse de 17% pour les hommes et de 42% pour les femmes. Quant au stress de nature psychologique il n’augmenterait le risque d’hospitalisation dans la vieillesse que chez les hommes, et en particulier pour des raisons cardiaques.

Les auteurs rappellent notamment que le développement de troubles musculo-squelettiques dans les emplois à forte contraintes physiques peut conduire à différentes manifestations arthrosiques. La sédentarité des emplois de bureau conduit quant à elle préférentiellement à des prises de poids, des insuffisances cardiaques, une hypertension artérielle et un diabète de type 2. Nouveauté: ces associations peuvent perdurer durant le grand âge.

Une affaire de santé publique

De tels résultats, soulignent encore les auteurs, sont d'une grande importance en termes de santé publique. A la fois parce que les exigences du monde du travail augmentent et que la main-d’œuvre vieillit. C’est tout particulièrement vrai dans le monde occidental où l’âge de la retraite recule progressivement.

Question: existe-t-il un moyen de lutter efficacement contre ces stress potentiellement pathogènes? Les auteurs de l’étude finlandaise évoquent une parade potentielle. «Une méta-analyse récente (2) montre qu'une bonne hygiène de vie réduit fortement le risque de maladies coronariennes chez les personnes souffrant d'un stress important au travail, écrivent-ils. Outre les mesures permettant d'améliorer les conditions de travail et de réduire le stress chez les employés d'âge mûr, le fait d'encourager une bonne hygiène de vie pourrait certainement réduire les effets négatifs à long terme du stress au travail. Les programmes d'activité physique ont produit de bons résultats: activité physique en hausse, troubles musculo-squelettiques en baisse.»

Sans doute est-il urgent de lancer des études complémentaire sur ce thème qui, avec le temps, sera plus que jamais d’actualité.

(1) Un bref résumé (en anglais) de cette étude est disponible ici L’intégralité de la publication est disponible ici.

(2) Le texte (en anglais) de cette méta-analyse est disponible ici.

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