Perdre de l’argent c’est (parfois) perdre (doublement) ses moyens

Dernière mise à jour 26/06/12 | Article
Des pièces de monnaies
Les difficultés financières peuvent être plus traumatisantes encore qu’on ne l’imagine: c’est ce que viennent de découvrir des neurobiologistes de l’Institut Weizmann des sciences (Rehovot, Israël).

Les multiples conséquences des situations financières stressantes peuvent modifier nos perceptions et nous pousser à adopter des comportements irrationnels. C’est là une découverte scientifique pleinement d’actualité au vu des multiples informations convergentes en provenance des milieux économiques et financiers internationaux. Elle vient d’être publiée dans le Journal of Neuroscience par des chercheurs israéliens et pourrait bien nous permettre de mieux comprendre les mécanismes neurologiques sous-jacents au syndrome de stress post-traumatique. Ou encore, plus simplement, la nature de nos réflexes lorsque nous devons faire face, au quotidien, à des situations difficiles de la vie courante.

Deux neurobiologistes de l'Institut Weizmann nous révèlent en substance que le fait de perdre de l’argent peut avoir de graves conséquences sur notre perception et notre compréhension de la situation réelle. Comment sont-ils parvenus à une telle conclusion? Offir Laufer et Rony Paz rappellent que l’influence des pertes monétaires sur les prises de décision et les choix comportementaux ont été largement étudiés. En revanche les effets de ces pertes sur les perceptions sensorielles ont été beaucoup moins explorés. Pour effectuer cette exploration, les deux spécialistes ont mis au point une méthodologie fondée sur l’idée que si l’argent n’a pas d’odeur, il peut néanmoins être pleinement associé à des sons.

Ainsi, les participants à l’expérience ont-ils été invités à écouter des séries de trois notes différentes. La première note signifiait qu'ils avaient gagné une certaine somme, la deuxième qu'ils avaient au contraire perdu (un peu) d'argent, et la troisième qu’ils venaient à nouveau d’en perdre. Les chercheurs ont alors observé que lorsque les participants entendent la première note (liée à un gain ou à une absence de perte), ils améliorent étrangement leur capacité à distinguer cette note des autres. Et c’est le phénomène inverse qui se produit quand ils entendent les notes liées à la perte d’argent qu’ils distinguent de moins en moins des autres.

Grâce au recours à la technique de l'IRM fonctionnelle, les chercheurs ont parallèlement étudié l’activité des aires cérébrales impliquées dans le processus d'apprentissage et émotionnel. Tout d’abord l'amygdale cérébrale, liée à des émotions et à la récompense, est fortement impliquée; de même ensuite que le cortex cérébral frontal, impliqué dans les processus de régulation des réactions émotionnelles. Les personnes qui montrent les plus fortes activités dans ces régions sont aussi celles qui présentent le moins de propension à diminuer leur capacité à distinguer les notes en cas de perte d’argent.

Que conclure? Les auteurs de ce travail original suggèrent que l’installation d’un certain flou dans les capacités à discerner peut (dans certains cas) avoir des vertus. On peut notamment imaginer qu’il s’agit là d’une forme de réflexe archaïque: face à un danger massif mieux vaut encore s’éloigner rapidement et ne pas chercher à faire de subtiles distinctions entre les nuances fines de cette menace. Malheureusement, ce processus de «non discernement» peut aussi être activé dans d’autres situations, moins dramatiques mais néanmoins génératrices de stress: par exemple perdre de l'argent. Cette absence de discernement peut aussi se retrouver dans le syndrome de stress post-traumatique; syndrome dans lequel on devient incapable de distinguer entre des stimuli qui sont véritablement menaçants et d’autres qui ne le sont pas véritablement. On s’expose alors aux conséquences de fortes réactions émotionnelles et inappropriées.

On observera ici sans malice que le contenu de cette publication n’aura en rien modifié les règles imposées par les éditeurs du Journal of Neuroscience: faute d’abonnement il nous en coûtera (sur notre ordinateur) la somme de 30 dollars US pour avoir accès à la totalité du texte. Un stress, un de plus, pour tenter de mieux comprendre comment l’homme parvient, ou pas, à gérer ses stress.   

A LIRE AUSSI

Borderline
Enfant triste

Comment apparaît le trouble de la personnalité borderline?

Ces dernières décennies, des recherches approfondies ont été consacrées aux origines du trouble de la...
Lire la suite
Troubles bipolaires
masques

Médicaments pour le traitement des troubles bipolaires

Ces médicaments psychotropes sont utilisés pour traiter les fluctuations extrêmes de l’humeur telles...
Lire la suite
Borderline
reflet d'un visage dans un miroir

Critères diagnostiques du trouble de la personnalité borderline?

Neuf critères diagnostiques sont utilisés pour diagnostiquer le trouble de la personnalité. Ils vous...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
prevention_mode d'emploi

Prévention, mode d’emploi

L’idée de la prévention est, en fonction de l’âge, de repérer ce qui nous prédispose à une possible maladie. Puis, plus tard dans la vie, d'aller chercher les indices du développement éventuel de cette pathologie. Et, une fois qu’elle a pu être prise en charge et soignée, éviter qu’elle ne revienne. Les médecins parlent respectivement, pour ces trois étapes, de prévention primaire, secondaire et tertiaire. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un mode de vie sain permet d’éviter ou de retarder l’apparition des maladies non transmissibles (tels que cancer, diabète, maladies cardio-vasculaires) dans plus de 50% des cas. Dans les faits, comment insuffler de la prévention dans sa vie? L’affaire est plus simple qu’il n’y paraît.
La peur dans tous ses états

La peur dans tous ses états

Très étudiée, la peur a des effets sur le cerveau et le corps. Elle peut être maîtrisée, mais aussi invalidante.
Manipulations cérébrales pour soigner les phobiques et les victimes de stress post-traumatiques

Manipulations cérébrales pour soigner les phobiques et les victimes de stress post-traumatiques

Pour la première fois, des chercheurs sont parvenus à faire disparaître des souvenirs effrayants.
Videos sur le meme sujet

Au chevet de l'âme des soldats

Anne Baecher s'intéresse à l’état de stress post-traumatique (ESPT) chez les soldats.

La préparation mentale dans le sport

Les sportifs professionnels subissent de plus en plus de pression, notamment à cause de sa surmédiatisation et des sports très exigeants avec des performances de plus en plus intenses.

Attentats: étude inédite sur les mémoires traumatiques

Le 13 novembre 2015 est une date qui restera dans les esprits.