Comment garder un cerveau plastique?

Dernière mise à jour 21/04/16 | Article
Comment garder un cerveau plastique?
Les réseaux neuronaux de l’enfant sont très malléables, puis, avec le temps, leur capacité à se réorganiser est freinée. Explications avec Daphné Bavelier, neuroscientifique.

Quels facteurs facilitent l’apprentissage? Certaines fonctions cérébrales sont-elles plus plastiques que d’autres? Comment tirer parti des jeux vidéo pour favoriser l’apprentissage et la plasticité cérébrale? Daphné Bavelier, responsable du laboratoire de neuroscience cognitive de l’Université de Genève, s’intéresse à toutes ces questions. Pour y répondre, elle utilise des mesures comportementales, l’imagerie cérébrale ou encore la physiologie et les mouvements oculaires. Entretien.

Qu’est-ce que la plasticité cérébrale?

C’est la capacité du cerveau à se réorganiser quand on apprend de nouvelles tâches ou lorsqu’on se développe au cours de l’enfance. Ce sont tous les mécanismes permettant la mise en place de nouveaux réseaux de neurones qui changent en fonction de l’environnement ou de l’éducation.

Comment évolue-t-elle avec l’âge?

Chez le jeune enfant, il y a une très grande malléabilité des réseaux neuronaux: les synapses peuvent se développer très vite, se connecter, il n’y a aucune barrière. C’est une période tout à fait propice à la plasticité. Si vous regardez le cerveau d’un fœtus, il est presque liquide. Ensuite, au fur et à mesure du développement, les neurones sont entourés d’une matrice de support, puis de myéline, structures qui sont autant de freins à la plasticité.

Comment atténuer l’effet des freins?

Chez la souris, on peut manipuler ces freins au niveau moléculaire et cellulaire par l’injection de drogues spécifiques. Mais on peut aussi utiliser des environnements enrichis, avec des jeux, des roues, des labyrinthes pour augmenter la plasticité cérébrale. Chez l’humain, de même, si vous êtes toujours stimulé, si vous continuez à apprendre, alors retrouver une certaine plasticité est tout à fait possible, même chez l’adulte âgé.

Etre plastique, est-ce la panacée?

Cela a des avantages et des inconvénients. Etre très plastique, cela signifie que si j’apprends une première tâche et que vous m’en donnez une nouvelle, je vais apprendre celle-ci avec facilité, mais je vais aussi oublier plus rapidement la première. Il y a les deux aspects. L’évolution a trouvé intéressant, du point de vue adaptatif, d’avoir un individu jeune qui soit très plastique parce qu’il peut s’adapter à un nouvel environnement. Puis, il faut subvenir à ses besoins, reproduire l’espèce et donc stabiliser les connaissances pour être efficace.

Quel est l’impact des jeux vidéo sur la plasticité?

Certains jeux vidéo dits d’action ont un effet stimulant et, un peu comme un environnement enrichi chez l’animal, augmentent la plasticité cérébrale. Un des mécanismes qui permet d’atteindre un tel but est l’augmentation du contrôle attentionnel, cette capacité de se concentrer sur tous les éléments importants à traiter pour accomplir une tâche et d’ignorer toute source de distraction ou de bruit. Tous les jeux vidéo n’ont pas cet effet. De plus, d’autres activités comme la méditation ou l’exercice physique semblent aussi faciliter la plasticité cérébrale.

Avec des perspectives cliniques?

Nous utilisons par exemple les jeux vidéo d’action pour aider des patients dont la vision est appauvrie par une amblyopie à récupérer les fonctions visuelles dans leur œil atteint.

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Source

Magazine Pulsations  - http://www.hug-ge.ch/sites/interhug/files/n27_pulsations_janvier_fevrier_2016.pdf

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