La dépression masculine, un autre visage

Dernière mise à jour 31/01/19 | Article
depression_masculine_visage
La dépression est l’une des maladies psychiatriques les plus courantes. Les femmes demeurent les plus touchées et leurs symptômes sont facilement reconnaissables. Mais il semble en être tout autrement des hommes, chez qui la maladie se manifeste de façon singulière.

Les femmes sont deux fois plus concernées que les hommes par la dépression. Fatigue, perte de motivation, tristesse… bien que certains symptômes soient les mêmes, il existe des signes spécifiques qui caractérisent la dépression masculine, une maladie qui reste nettement sous-diagnostiquée. Parmi eux: des réveils précoces, l’abus de substances (alcool en premier lieu), une hausse de l’agressivité et de l’impulsivité, une hyperactivité, voire des pertes de contrôle. Du point de vue physique, la perte de poids, la tachycardie, l’hyperventilation, les bouffées de chaleurs comptent parmi les symptômes les plus remarquables. Contrairement à ce qu’il se passe chez la femme, la dépression masculine se manifeste davantage sur le plan comportemental qu’affectif. Aussi, la susceptibilité et la méfiance exacerbées de l’homme dépressif ont plutôt tendance à l’isoler sur le plan social et médical.

Par ailleurs, le fait qu’un homme soit affecté par cette pathologie semble moins accepté socialement. En effet, considérés à tort comme plus «combatifs», ils sont plus volontiers victimes de clichés et confrontés à une stigmatisation plus importante. Le repli sur soi et l’absence de soins les confinent alors à une fuite en avant, entre culpabilité et dévalorisation. En résulte un risque de suicide trois à cinq fois plus élevé chez ces hommes, qui passent à l’acte faute de dépistage et de prise en charge.

Outils de dépistage

Les hommes n’étant pas considérés comme une population à risque, ces cas de dépression ne sont pas toujours dépistés. Les outils tels que les échelles de dépistage ne font d’ailleurs pas mention de cette catégorie à proprement parler. Or, déceler la dépression chez les hommes semble d’autant plus crucial que ces derniers ne font pas assez appel à l’aide et ne se font pas prescrire de traitements adaptés suffisamment tôt. Un dépistage précoce permettrait en effet une prise en charge adaptée et une baisse du taux de suicide.

Côté outils pratiques, seule l’échelle de Gotland et ses critères spécifiques permettent à l’heure actuelle de dépister la version masculine de la maladie. «The SAD PERSON scale» (échelle d’évaluation des personnes suicidaires) s’intéresse, quant à elle, aux risques de suicide.

Réticence aux traitements

Si, pour les hommes, la demande de soins est donc une étape plus compliquée, les traitements sont aussi plus difficilement admis. Ces derniers préfèrent souvent faire appel à la médecine d’urgence plutôt qu’entamer un suivi psychiatrique sur le long terme.
Lorsqu’un recours aux médicaments est envisagé, la réponse des hommes et des femmes aux traitements, là encore, diffère. Les diverses classes d’antidépresseurs sont en effet plus ou moins rapides et efficaces selon le sexe du patient. De plus, les éventuels effets secondaires, et notamment les troubles sexuels, sont moins bien tolérés par les hommes, qui interrompent de ce fait plus facilement le traitement. Les interactions avec les psychotropes doivent aussi être détectées.

Sur le plan psychologique, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou les psychothérapies interpersonnelles sont les aides les plus abordables et efficaces chez les hommes. L’instauration d’une bonne hygiène de vie et la méditation en pleine conscience (Mindfulness) s’avèrent aussi très utiles pour enrayer la maladie ou prévenir la récidive.

Un enjeu de santé publique

  • La dépression (masculine et féminine) concerne plus de 300 millions de personnes dans le monde, soit un quart de la population mondiale.
  • C’est la première cause de mortalité chez les hommes entre 15 et 44 ans, les plus de 75 ans étant aussi particulièrement vulnérables.
  • C’est la première pathologie mondiale en termes de handicaps et de coût social dans le monde, devant le VIH et les maladies cardiaques.
  • Plus courante dans les pays développés, près d’un citoyen sur huit déclare être ou avoir été victime de dépression, et parmi eux, la moitié n’ont pas été traités.
  • Entre 2005 et 2015, le nombre de personnes affectées a augmenté de 18%.
  • Enjeu de santé publique jusqu’ici sous-estimé, des études sont menées, des outils de dépistage spécifiques développés et la prévention s’est récemment accrue dans plusieurs pays.

_______

Adapté de «Dépression masculine», Drs Annick Gerber Favre, Kim Hoang Nam Nguyen, Scheherazade Fischberg, Service de médecine de premier recours, Département de médecine communautaire de premier recours et des urgences, HUG. In Revue Médicale Suisse 2016;12:1614-9.

A LIRE AUSSI

Libido
libido_femme_frequent

Problèmes de libido chez la femme: un trouble sexuel fréquent mais mal connu

Alors que la médecine actuelle reconnaît l’importance du désir sexuel féminin, ses troubles sont souvent...
Lire la suite
Libido
libido_femme_traitements

Problèmes de libido chez la femme: diagnostic et traitements

Bonne nouvelle, il existe plusieurs remèdes à un trouble du désir! Grâce au diagnostic médical et à certaines...
Lire la suite
Borderline
Enfant triste

Comment apparaît le trouble de la personnalité borderline?

Ces dernières décennies, des recherches approfondies ont été consacrées aux origines du trouble de la...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Portrait-robot d’un dépressif…?

Portrait-robot d’un dépressif…?

Le dépressif type n’existe pas. Il est impossible de dresser son portrait-robot, tant cette maladie peut frapper n’importe qui, n’importe quand.
Simple déprime ou vraie dépression ?

Simple déprime ou vraie dépression?

Dans les journaux et les conversations quotidiennes, le mot «dépression» fait partie de ceux que l’on entend souvent. Pourtant la maladie reste largement sous-diagnostiquée.
Dépression: quand l’humeur est en chute libre

Dépression: quand l’humeur est en chute libre

Symptôme classique de la dépression, l’humeur en chute libre est très difficile à comprendre par l’entourage. Moins attendue, l’irritabilité masque parfois le tableau.
Videos sur le meme sujet

L'électricité pour lutter contre la dépression

L'électroconvulsivothérapie, autrefois appelée électrochocs, véhicule aujourd’hui encore une image négative.

La privation de sommeil pour soigner la dépression

Lucia Sillig évoque une méthode assez contre-intuitive pour lutter contre la dépression: la privation de sommeil.

Des électrochocs contre la dépression

Les électrochocs font peur parce qu'ils ont été utilisés avec barbarie et brutalité.
Maladies sur le meme sujet
Personne seule

Dépression

La dépression peut se manifester par une tristesse, un manque de plaisir et d'énergie, mais aussi par des changements dans le sommeil, l'appétit ou le poids.

Symptômes sur le meme sujet
La tristesse

Dépression

Je pleure souvent / je n’ai pas le moral / je suis déprimé(e)