Le burn-out touche davantage ceux que leur métier passionne

Dernière mise à jour 03/09/17 | Article
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Quatre enseignants romands sur dix se déclarent au bord du burn-out. Si cette affection est liée aux contraintes professionnelles, celles-ci ne sont pas seules en cause. L’envie de bien faire peut la favoriser.

De quoi on parle

40% des enseignants suisses romands seraient en situation de burn-out, selon un rapport*, controversé, du Syndicat des enseignants romands (SER). Au début du mois d’août, la faîtière présentait les résultats préoccupants d’une étude menée auprès de 5500 professeurs. Si la plupart d’entre eux restent passionnés par leur métier, ils sont nombreux à constater une dégradation de leur santé pendant les périodes scolaires. Le SER appelle donc à une amélioration des conditions de travail ainsi qu’à une mise en place de ressources pour éviter de trop tirer sur la corde.

Le burn-out, c’est un peu la «maladie du siècle». Dans cette société économique où le rendement est une valeur essentielle, maintenir un rapport équilibré avec son travail n’est pas toujours facile. Les besoins indispensables au bien-être de l’humain sont de plus en plus souvent sacrifiés pour accroître la productivité. Selon les résultats d’une étude présentée par leur syndicat, les enseignants romands seraient particulièrement touchés par ce mal. Mais contrairement à une idée largement répandue, le burn-out ne découle pas que d’une surcharge de travail. Les mécanismes qui le sous-tendent sont bien plus diffus.

Un processus complexe

Repérer les signes avant-coureurs

Un burn-out s’installe généralement petit à petit, de manière insidieuse. Il est donc essentiel de prévenir le surmenage, via une gestion d’entreprise propice au bien-être des employés. Un management basé sur la confiance et la qualité du travail contribue à préserver la santé de chacun. Par ailleurs, certains signes avant-coureurs permettent de donner l’alerte et de prendre quelques mesures pour éviter que la situation s’aggrave. Un début de burn-out peut se manifester par une difficulté globale à rester concentré sur des tâches qui ne posaient auparavant pas de problème; soyez donc attentif si vous souffrez de problèmes d’attention. Idem si vous remarquez que votre esprit d’initiative diminue et que votre rentabilité au travail est en baisse, malgré vos efforts d’engagement. Un état de fatigue qui ne s’améliore pas malgré du repos peut aussi être un signe d’alerte. Enfin, faites attention au déni du surmenage: il est fréquent qu’une personne en début de burnout n’arrive pas à reconnaître qu’elle traverse une phase critique et tarde à réagir.

«Le burn-out n’est pas un diagnostic clinique, mais un processus complexe qui s’installe progressivement, explique la Dre Catherine Barlet-Ghaleb, cheffe de clinique à l’Institut universitaire romand de santé au travail (IST). Trois dimensions graduelles sont généralement observées dans cette spirale: une importante fatigue émotionnelle, une forme de dépersonnalisation (une tendance à prendre les sollicitations de son travail avec une distance cynique), puis une perte du sentiment d’accomplissement personnel. C’est donc le résultat d’un déséquilibre durable, induit par les contraintes d’un stress professionnel chronique.»

Les symptômes se manifestent sur différents plans. D’un point de vue physique, les plus courants sont: une fatigue persistante malgré du repos, des problèmes de sommeil et d’appétit, des douleurs aux articulations, des maux de tête ainsi qu’une tendance à tomber plus facilement malade. Sur le plan émotionnel, la personne ressent une baisse générale de son humeur et de l’estime de soi, une plus grande irritabilité et une tendance à l’anxiété. «Des troubles cognitifs sont également fréquents, constate le Pr Guido Bondolfi, médecin-chef du service de psychiatrie de liaison et d’intervention de crise aux Hôpitaux universitaires de Genève. Un burn-out peut en effet provoquer des problèmes d’attention, de concentration et de mémoire. Les patients se plaignent souvent d’une nette perte de leur créativité, ainsi que d’une difficulté à hiérarchiser les informations. De plus, ils ont tendance à s’isoler de leur environnement social.»

Mais ce qui le distingue de la dépression, c’est qu’il est intrinsèquement lié aux contraintes professionnelles. Le sentiment d’être un simple exécutant, de ne jamais avoir de reconnaissance ou un manque de confiance de la part de son employeur, autant de conditions susceptibles de provoquer une situation de surmenage. «Une mauvaise ambiance au travail, sur fond de conflits non résolus, peut également être problématique, relève le Pr Bondolfi. Si en plus de tout cela, l’employé se sent en décalage avec les valeurs institutionnelles de son entreprise, c’est alors un terrain très favorable au développement d’un burn-out.»

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Des profils à risque

Certaines caractéristiques personnelles peuvent également favoriser l’apparition d’un burn-out. Il y a en effet des «profils» qui ont plus de risque de développer ce type de trouble. Contrairement à ce que l’on peut penser, les personnes qui supportent habituellement bien le stress et se considèrent comme solides ne sont pas épargnées, au contraire. «Le burn-out touche souvent les individus très engagés, qui ont tendance à se surpasser et à toujours privilégier la performance au détriment de leurs besoins, confirme la Dre Barlet-Ghaleb. Ce syndrome affecte également souvent les personnes perfectionnistes ou celles qui ont un besoin prononcé de contrôle.»

Les enseignants sont-ils des «personnes à risque»? «Probablement, estime le Pr Bondolfi. Ils font un métier essentiel pour notre société, puisqu’ils contribuent au devenir de chacun de nous. On leur a d’ailleurs longtemps reconnu un rôle d’autorité naturelle. Mais aujourd’hui, ils doivent continuer d’inculquer de la discipline aux élèves tout en négociant avec les parents, qui se font les avocats de leurs enfants. Cette situation parfois compliquée peut déclencher des conflits de valeurs. Quand un enseignant plein de motivation se heurte à une remise en question constante de son travail, sa mission peut devenir difficile à assumer.»

Heureusement, une prise en charge efficace permet la plupart du temps de sortir de cette spirale. En cas de surmenage, la priorité est de remonter le niveau d’énergie du patient. Un arrêt de travail est souvent recommandé. Dans certains cas, il est judicieux de simplement réduire son temps de travail, tout en se posant des limites (par exemple ne plus consulter ses e-mails pendant le week-end) et en priorisant certaines activités motivantes. Dans un second temps, il s’agit d’aider le patient à identifier les sources de son épuisement afin de recommencer à travailler progressivement, tout en modifiant son attitude. «Pour guérir complètement d’un burn-out, il faut, à un moment ou à un autre, reprendre le travail. Quitte à démissionner plus tard, mais l’important est de ne pas rester sur un échec», conclut le Pr Bondolfi.

Burn-out ou dépression?

Les symptômes du burn-out avancé et de la dépression sont très proches, il est donc parfois difficile de les différencier. Les deux troubles peuvent d’ailleurs se chevaucher. Néanmoins, le burn-out est d’abord défini comme une spirale ascendante, car il y a un effort de surpassement, une volonté d’atteindre des objectifs. La dépression est dès le départ une spirale descendante, entraînée par des troubles de l’humeur. Pour la Dre Catherine Barlet-Ghaleb, les contours et limites du burn-out sont mal définis. Il peut aboutir à une dépression au fur et à mesure de son évolution. À l’inverse, des antécédents dépressifs peuvent favoriser son installation. Peut-il donc être considéré comme une phase de prédépression? Si les médecins n’ont pas tranché, ils s’accordent à dire que la fatigue du burn-out est toujours liée au travail, alors que la dépression peut dépendre de facteurs extérieurs –quand elle est en vacances, une personne tout juste entrée dans un burn-out peut récupérer rapidement de l’énergie. Ces deux problèmes nécessitent donc des approches et interventions différentes.

______

* « Les professionnels de la santé face au burnout, facteur de risque et mesures préventives », Muriel Robbe-Kernen et Reza Kehtari, Revue médicale suisse 2014 ; 10 : 1787-92.

Paru dans Le Matin Dimanche du 03/09/2017.

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