Psychose: de l’importance d’une détection précoce

Dernière mise à jour 18/01/23 | Article
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Alors que 75% des troubles psychiques débutent entre 16 et 25 ans, en reconnaître les premiers signes est essentiel pour réduire le risque d’un épisode psychotique et en diminuer l’impact sur le parcours de vie. Explications.

Toute étape de vie comporte ses propres fragilités. L’adolescence et le début de l’âge adulte sont des périodes à risque en ce qui concerne les troubles psychiques: «La majorité des premiers épisodes de psychose surviennent entre 16 et 25 ans, parfois jusqu’à 35 ans», déclare le Pr Marco Armando, responsable de l’Unité d’hospitalisation psychiatrique pour adolescents et de la plateforme d’évaluation du risque psychotique à l’adolescence du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Le terme «psychose» regroupe un ensemble de troubles dont font partie entre autres la schizophrénie, le trouble bipolaire ou la dépression majeure avec symptômes psychotiques.

Un épisode psychotique aigu est marqué par la présence de signaux de déconnexion avec la réalité. Cela peut se traduire par des hallucinations auditives (des voix), visuelles ou des délires. On peut aussi observer une désorganisation du comportement et du langage. Entre un épisode manifeste et les signes avant-coureurs, un certain temps peut s’écouler. «Ces symptômes se déroulent souvent sur des mois, voire des années, d’où la difficulté à les repérer. Au début, la personne se montre critique face à ce qu’elle ressent et perçoit, mais peu à peu, elle perd cette capacité et devient convaincue que son expérience est réelle», explique le psychiatre.

Signaux à surveiller

Des actions concrètes

Les troubles psychotiques constituent l’une des principales causes d’invalidité chez les moins de 25 ans en Suisse. Plusieurs travaux ont démontré que la majorité des patients atteints de troubles psychotiques présente des symptômes atténués et/ou des déficits fonctionnels plusieurs mois, voire plusieurs années avant l’apparition de symptômes psychotiques manifestes. Le projet Psy Young, impliquant plusieurs cantons et soutenu par la fondation Promotion Santé Suisse, a pour but d’optimiser la détection précoce chez les jeunes, tout en minimisant la psychiatrisation inutile ou la prescription inappropriée de psychotropes chez les jeunes patients. Ce projet est une initiative conjointe des services de psychiatrie adulte et de l’enfant et de l’adolescent des hôpitaux universitaires de Lausanne, Genève et Bâle, ainsi que de l’Office médico-pédagogique de Genève. L’idée est de développer un modèle d’implantation des programmes de détection précoce de la psychose, qui pourrait ensuite être généralisé en Suisse afin de garantir l’accès à des soins adéquats à la population concernée.

Face à une telle expérience, le silence est le premier refuge. «Souvent, au début, on n’en parle pas. On a l’impression d’être le seul à vivre cette expérience. On se sent différent, on a peur de devenir fou et d’inquiéter nos parents», relate le Pr Armando. Mais un changement soudain de comportement doit alerter les parents et l’entourage (enseignants, pairs). Si par exemple la jeune personne d’ordinaire très sociable se referme sur elle-même, si elle ne veut plus aller à l’école seule, si elle refuse de prendre les transports publics, si elle se montre irritable, si son sommeil est perturbé, si elle a des difficultés à se concentrer alors qu’elle a habituellement de bons résultats scolaires… «Ce ne sont pas des signes spécifiques, mais dans de tels cas, il vaut mieux en parler avec son enfant ou demander l’avis d’un spécialiste», recommande le psychiatre.

Le psychologue scolaire est un premier interlocuteur possible. Il existe également des unités cliniques de prise en charge ambulatoire, notamment au CHUV avec des équipes pluridisciplinaires (lire encadré). La sévérité des symptômes (hallucinations massives, mise en danger de soi) ou la présence d’autres maladies psychiques (troubles anxieux, dépression) peut justifier une visite aux urgences psychiatriques mais, selon le spécialiste, en derniers recours seulement.

Agir dès que possible

Il faut savoir que 10% des adolescents et adolescentes peuvent ressentir les symptômes évoqués, notamment les expériences hallucinatoires, sans que cela ne débouche sur une psychose. Ces derniers peuvent néanmoins être le signe d’une souffrance psychique, voire relever des prémices d’un trouble psychotique. À noter qu’environ 25% des jeunes qui remplissent les critères d’un syndrome psychotique atténué peuvent faire une transition vers un trouble psychotique dans les 24 à 36 mois. D’où l’importance d’une détection précoce de la psychose pour éviter sa chronicisation et son impact sur le fonctionnement du jeune. «Aujourd’hui, nous avons des modèles de prise en charge proactifs où nous proposons des interventions personnalisées autour des difficultés particulières de l’adolescent ou du jeune», explique le pédopsychiatre. Selon les besoins, pédopsychiatre, psychologue, éducateur, infirmier, enseignant peuvent intervenir.

Certes, un épisode psychotique ou ses prémices peuvent marquer un coup d’arrêt pendant quelques semaines, voire quelques mois, de la vie du jeune, mais avec toujours comme objectif sa réintégration. «Un événement unique peut être vécu comme une expérience difficile mais au même titre que d’autres qu’il aura dans sa vie. En revanche, en cas de deuxième épisode ou si le tableau clinique s’aggrave, il y a un risque de dysfonctionnement à plus long terme», prévient le spécialiste. Rappelons que plus la détection des signes avant-coureurs est précoce, meilleur sera le pronostic. Le psychiatre tient à rassurer: «Avoir souffert d’un épisode psychotique n’empêche pas d’avoir un parcours de vie de qualité et couronné de succès. Enfin, il est très important de dire que les troubles psychiques sont des maladies comme les autres. On n’en est pas responsable», conclut-il.

Psychose: zoom sur les facteurs de risque

Comme beaucoup d’autres maladies, qu’elles soient psychiques ou somatiques, l’origine de la psychose ne tient pas à une seule cause, mais elle est multifactorielle, commente le Pr Marco Armando, responsable de l’unité d’hospitalisation psychiatrique pour adolescents et de la plateforme d’évaluation du risque psychotique à l’adolescence du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV): «Il n’y a pas un facteur ni un gène responsable. Il y a quelques formes de vulnérabilité génétique, mais celle-ci n’a aucune valeur clinique en l’absence d’autres facteurs de risque.» Parmi ces facteurs de risque, il y a la consommation précoce et régulière de cannabis ainsi que d’autres substances et la survenue de microtraumatismes récurrents durant l’enfance (c’est-à-dire la répétition de situations traumatiques et non un événement isolé). Des études anglo-saxonnes ont également montré un risque de psychose augmenté en lien avec l’urbanisation, note le spécialiste: «On entend par là des personnes en manque de soutien social, vivant dans des quartiers déconnectés, sans appartenance sociale, culturelle ou communautaire.» Selon les mêmes sources, les immigrés de deuxième génération seraient eux aussi plus exposés.

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Paru dans le hors-série «Votre santé», La Côte/Le Nouvelliste, Novembre 2022.

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