«Valoriser le temps qui reste»

Dernière mise à jour 10/10/17 | Article
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Soulager la souffrance et insuffler l’espoir quand il n’y a plus rien à faire. Gilbert Zulian, chef du département de réadaptation et de médecine palliative des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), assiste chaque jour les personnes malades dont la rémission n’est plus envisageable. Une mission noble et humble.

Bio express

1956 Naissance à la maternité des HUG.

1981 Diplôme fédéral de médecine à la faculté de médecine de Genève.

1986-88 Séjour au Royal Marsden Hospital (Sutton et Londres).

1994 Diplôme FMH de spécialiste en médecine interne générale. Diplôme FMH de spécialiste en oncologie médicale.

2001 Formation approfondie en gériatrie.

2016 Formation approfondie interdisciplinaire FMH en médecine palliative.

2007-2017 Médecin-chef de service à l’Hôpital de Bellerive.

«Le plus bel hôpital du monde. On y croise des sourires et il y règne une atmosphère de sérénité, de calme, de vérité». Gilbert Zulian, oncologue, gériatre et palliativiste, officie à l’hôpital de Bellerive, au sein du plus grand service de soins palliatifs de Suisse, qui compte près de 500 admissions par an. Le médecin ne changerait de spécialité pour rien au monde. Et pour cause, elle est pour lui «l’aboutissement de toutes les disciplines». 

Petit, Gilbert Zulian s’imagine dentiste, puis vétérinaire. Il se voit en tout cas soignant. Après des études en médecine générale et interne, il séjourne durant deux ans au Royal Marsden Hospital de Londres, un centre de référence en matière de cancer. Puis il revient à Genève où il poursuit, dans une même logique, un approfondissement en gériatrie ainsi que la voie palliative. «Finalité de nombreuses spécialités, c’est paradoxalement une branche unique, la maladie n’étant plus l’objectif principal des soins. L’individu est le centre de toutes les attentions, il faut lui apporter force, courage et protection».

Un souffle de vie

Fonder des projets, exprimer ses ressentis et ses craintes, mais surtout, tout simplement, reprendre son souffle: cette respiration, aussi bien physique que psychique, est la ressource capitale du patient. Et l’enjeu qui anime le médecin et l’équipe soignante. «Parvenir à bien respirer est l’une des problématiques majeures à laquelle nous devons répondre, confie le spécialiste. La naissance est le dégagement des voies respiratoires, cela touche profondément l’être, car ce souvenir perdure bien au-delà. L’absence de souffle est synonyme de mort. Les moyens mécaniques et médicamenteux dont nous disposons sont là pour soulager la sensation d’étouffement». Parallèlement à la prise en charge de la douleur, le rôle du Dr Gilbert Zulian et de son équipe est de définir des objectifs réalistes avec le malade. Valoriser le temps qui lui reste à vivre, tout en lui faisant accepter l’inéluctable. Et rassurer l’entourage, tout en ne sachant prédire l’échéance. A la fois psychologue et technicien, pragmatique et philanthrope, le palliativiste –dont l’étymologie renvoie au pallium (le manteau en latin)– est le rempart contre les menaces qui pèsent sur le bien-être du patient. Il est là pour le protéger et l’accompagner durant toute la trajectoire des soins.

Questions d’avenir

Les soins palliatifs ont toujours existé et continuent en permanence d’évoluer. Mais la profession souffre encore, selon le spécialiste, d’un manque de valorisation. Aussi, via le renouvellement du «label de qualité de soins palliatifs», dont il est l’ambassadeur, Gilbert Zulian revendique la reconnaissance de sa discipline comme entité médicale à part entière.

Car les défis que le secteur va devoir relever s’annoncent immenses. L’accélération du vieillissement de la population tout d’abord. A l’horizon 2045, la proportion de personnes de plus de 65 ans devrait croître de 84% et l’espérance de vie –aujourd’hui estimée à 90 ans– augmentera elle aussi. Un scénario qui pose de nombreuses questions sociétales. Celle de la place accordée à cette population, mais aussi les moyens mis en œuvre pour assurer sa qualité de vie. «Développer les soins palliatifs domiciliaires est une nécessité. Tout comme mieux communiquer autour des directives anticipées –pouvoir choisir les conditions de sa fin de vie–, qui sont un droit, mais auquel seul 10% des personnes ont aujourd’hui recours.»

A l’aube de la retraite, Gilbert Zulian espère que ses actions continueront à se déployer et bénéficieront de nouvelles ressources.

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Article repris du site  pulsations.swiss

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