Rougeole: quand la rumeur nuit à la vaccination solidaire

Dernière mise à jour 20/05/19 | Article
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Alors qu’une nouvelle étude confirme l’absence de lien entre le vaccin contre la rougeole et l’autisme, le scepticisme persiste chez une partie de la population. Une hésitation qui entraîne de lourdes conséquences pour la santé publique.

166: c’est le nombre de cas de rougeole déclarés en Suisse depuis janvier 2019, soit sept fois plus qu’à la même période l’année passée. La recrudescence de la maladie ne se limite pas à notre pays. En février, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonçait une flambée mondiale. La cause? Un recul général de la vaccination.

Souvent considérée à tort comme une maladie infantile bénigne, la rougeole touche tous les âges. Les premiers symptômes ressemblent à la grippe: rhume, toux et irritation des yeux. Apparaissent ensuite la fièvre et les plaques rouges caractéristiques. Aucun traitement n’existe pour soigner le malade. La plupart du temps, la guérison est spontanée dans un délai de 5 à 10 jours. Dans 17% des cas cependant, des complications surviennent. Les plus graves sont la pneumonie et l’encéphalite, qui peut entraîner des séquelles cérébrales. Au niveau mondial, la maladie est mortelle dans un cas sur mille.

Fraude historique

Depuis 1963, la vaccination permet de se prémunir contre la maladie. Pourtant, de plus en plus de parents hésitent à vacciner leurs enfants (lire encadré). Dans le cas de la rougeole, la suspicion a été alimentée par une étude frauduleuse parue en 1998 dans la revue scientifique The Lancet. En se basant sur douze cas, un gastro-entérologue britannique, Andrew Wakefield, affirmait l’existence d’un lien entre le développement de l’autisme et la vaccination ROR (rougeole-oreillons-rubéole). Dix ans plus tard, sa fraude est démasquée. L’article est retiré pour falsification des données et Wakefield est radié de l’ordre des médecins britanniques. De nombreuses études épidémiologiques ont confirmé l’absence de lien entre le vaccin et l’autisme. La dernière en date, une étude danoise parue en mars 2019 dans les Annals of Internal Medicine, a suivi plus de 650'000 enfants.

Pourtant, la crainte de l’autisme continue d’apparaître dans l’argumentaire contre la vaccination. «Il a été prouvé que les fake news se répandent six fois plus vite qu’une information véridique», déplore le Dr Alessandro Diana, médecin responsable de la pédiatrie à la Clinique des Grangettes et pédiatre infectiologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Et si cette fausse information circule encore, c’est qu’elle trouve son public. «L’autisme est une maladie terrible dont on ne connaît pas la cause, développe le Dr Pierre-Alex Crisinel, pédiatre infectiologue au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Quand un diagnostic est posé, le réflexe des parents est de trouver une explication. Cela permet de diminuer la culpabilité et l’angoisse liées à l’événement.» Le lien entre le diagnostic de l’autisme et le vaccin ROR n’est que temporel: c’est entre la première et deuxième année de vie que les deux ont lieu. Le mécanisme de l’autisme commence bien avant, mais le développement de l’enfant ne permet pas encore de remarquer ses manifestations.

Objectif 95%

La rougeole est une maladie extrêmement contagieuse. Chaque accès de toux ou éternuement produit un nuage d’aérosol capable de transmettre le virus. Ces minuscules gouttelettes sont en effet chargées de virus et restent en suspension dans l’air. Elles peuvent ensuite être respirées par d’autres personnes. On estime que, par ce mécanisme ou par le contact avec des mains mal lavées, une personne atteinte de rougeole en contamine vingt autres. C’est dix fois plus que la force de contagion de la grippe. Une personne malade risque de transmettre le virus à celles et ceux n’ayant pas la possibilité de se vacciner: les immunosupprimés, les nouveau-nés et les femmes enceintes. Des profils particulièrement susceptibles de développer des complications. «Il ne faut donc pas uniquement se vacciner pour soi, mais aussi pour les autres», soutient la Dre Christiane Petignat, médecin adjointe au médecin cantonal vaudois.

Afin de pouvoir éradiquer la maladie, au moins 95% de la population doit être vaccinée. «Dès que cette couverture descend, la maladie ressurgit, souligne le Dr Crisinel. Il faut donc faire un effort de sensibilisation constant et proactif.» Une stratégie qui passe par une meilleure empathie avec les parents ayant des doutes sur la vaccination. «Ceux qui ne veulent pas vacciner pensent le faire pour le bien de leurs enfants, argumente le Dr Diana, responsable d’une consultation à l’écoute des vaccino-hésitants. Aligner les études qui leur donnent tort engendre un sentiment d’agression, qui risque de fermer la discussion.» Pour éviter cet écueil, le médecin prône l’éducation à Internet. Pour faire le tri entre l’info et l’intox, il préconise les sites gouvernementaux et Google Scholar pour les recherches en ligne. «Le but n’est pas de convaincre, mais de donner au citoyen les informations nécessaires pour qu’il prenne une décision éclairée», conclut le Dr Diana.

Vaccins: vrai ou faux?

L’aluminium contenu dans les vaccins est dangereux.

FAUX. Certains vaccins contiennent un virus inactivé. S’il était injecté seul, il passerait inaperçu de notre système immunitaire. L’ajout d’aluminium permet de créer une légère inflammation qui active le système d’alarme de l’organisme. Les globules blancs la neutralisent et mémorisent le virus comme agent pathogène. Que penser de sa nocivité, à l’heure où les déodorants aux sels d’aluminium sont pointés du doigt? «Tout est une question de dose, tempère le Dr Alessandro Diana, médecin responsable de la pédiatrie à la Clinique des Grangettes et pédiatre infectiologue aux HUG.. Tous les minéraux sont mortels si la dose est trop importante, y compris le calcium. La quantité d’aluminium contenue dans les vaccins des deux premières années de vie équivaut à celle contenue dans six litres de lait maternel.» A noter que le vaccin ROR ne contient pas d’aluminium.

Les vaccins provoquent des effets secondaires.

VRAI. Comme avec tous les médicaments, il existe un risque de développer des effets indésirables. La probabilité est toutefois faible. Une baisse de l’immunité est très rare, alors qu’elle apparaît inévitablement dans le cas d’une maladie. Dans le cas du vaccin ROR, le risque d’effet indésirable est bien plus faible que celui de développer des complications suite à la maladie. On compte en moyenne 35 cas d’hospitalisations liées aux effets indésirables sur un million de personnes vaccinées, alors que ce nombre s’élève à 18'000 personnes sur un million de cas de rougeole.

Il faut laisser les enfants tomber malades pour que le corps forge naturellement ses défenses.

VRAI et FAUX. Les maladies font partie de la vie de tout un chacun. Si certaines sont anodines, d’autres peuvent engendrer des complications dangereuses. Dans le cas de la rougeole, le risque touche une personne sur six. Dans un cas sur mille, la maladie entraîne un décès. Avant l’arrivée du vaccin dans les années 1970, «faire la rougeole» était le seul moyen d’être immunisé. Mais de nombreuses personnes subissaient également les complications. Comme il n’existe pas de traitement contre la rougeole, le vaccin reste le meilleur moyen d’éviter ce risque.

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Paru dans Le Matin Dimanche le 19/05/2019.

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