Sortir des murs pour rencontrer les jeunes en rupture

Dernière mise à jour 03/05/21 | Article
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L’Équipe mobile du jeune adulte offre une prise en soins précoce. Elle se déplace à domicile, dans un café, dans un parc… là où elle peut établir un contact avec la personne.

Pour les jeunes souffrant d’un trouble psychique grave (comme la psychose, un trouble de l’humeur ou un trouble de personnalité), il n’est pas évident de se rendre dans un cabinet médical ou à l’hôpital. La peur de sortir de chez soi, le sentiment d’être stigmatisé∙e en poussant la porte d’une unité psychiatrique ou simplement le déni de la situation sont autant de barrières qui laissent ces personnes fragiles sur le carreau, sans aucune prise en soins.

L’Unité de psychiatrie du jeune adulte – destinée aux 18-25 ans – a donc mis en place une petite équipe mobile, constituée de deux infirmier∙ères, qui se déplace à domicile, dans un café, dans un parc… là où elle peut établir un contact avec la personne. «Plus la détection et l’intervention pour les troubles psychiatriques sont précoces, mieux c’est. Plus on laisse les troubles se développer dans le temps, moins bon sera le pronostic. L’équipe mobile permet d’aller à la rencontre de ces jeunes qui ne viennent pas ou plus consulter», explique le Dr Logos Curtis, responsable de l’Unité de psychiatrie du jeune adulte. 

Garder le contact

L’idée de se déplacer hors de l’hôpital est en particulier venue d’un besoin d’assurer une transition entre la fin d’une hospitalisation et le retour à domicile des patient×es. C’est ainsi qu’est né le concept de case management de transition. «Les personnes hospitalisées pour une crise grave sont vues par l’un des infirmiers de l’équipe mobile avant leur retour dans la communauté. Une fois sorties, l’infirmier reprend contact avec elles et les voit à l’extérieur», ajoute le Dr Curtis.

Par ailleurs, l’équipe mobile du jeune adulte a aussi été développée pour aller à la rencontre de celles et ceux qui ne sont pas suivi∙es. Elle se mobilise suite à une demande de toute personne (proche, enseignant×e) qui se manifeste pour venir en aide à un×e jeune en rupture. «Dans un premier temps, nous ne cherchons pas à apporter des soins, mais à évaluer le problème que rencontre le jeune dans son quotidien. Cela peut être un problème financier pour lequel il doit demander de l’aide, une recherche d’emploi ou de formation, etc. Petit à petit, nous allons traiter les symptômes qui freinent les objectifs du patient», détaille , Audrey Metral, infirmière spécialisée de l’équipe mobile

Rencontrer ces personnes à leur domicile ou dans leur environnement permet à l’infirmier×ère de mieux évaluer leurs besoins et de les orienter vers les membres du réseau de santé. «Aider le jeune à se raccrocher à un projet fait toute la différence, explique Ioannis Papoutsos, infirmier spécialisé faisant lui aussi parti de l’équipe. Notre mobilité et notre flexibilité nous ouvrent clairement des portes. Nous employons aussi un langage qui sort du jargon psychiatrique habituel et qui parle davantage aux jeunes que nous aidons. »

L’équipe mobile du jeune adulte suit – depuis sa création – une cinquantaine de jeunes. Son but est de réussir petit à petit à les faire intégrer une structure de soins plus conventionnelle pour un suivi durable.

Théo*: «L’infirmière de l’équipe mobile a été comme une main rassurante sur mon épaule »

Les proches de Théo*, la vingtaine, se sont rendu compte que quelque chose n’allait pas durant l’été 2019: «Je consommais du cannabis tous les jours et je vivais en accéléré. Mon état maniaque m’empêchait de dormir. Étant engagé sur plusieurs projets avec des délais assez serrés, j’ai profité de mes insomnies pour avancer. Je suis toutefois devenu très irritable. Mes parents se sont inquiétés et moi aussi. J’ai demandé à être hospitalisé.» Le jeune homme passe ainsi deux mois à l’Unité de psychiatrie du jeune adulte. Le diagnostic de trouble bipolaire est posé. «Pendant mon séjour hospitalier, j’avais un médecin et un infirmier référents. En sortant, grâce à Audrey Metral de l’équipe mobile, j’ai pu continuer à avoir une personne référente. Elle a été comme une main rassurante sur mon épaule. Elle a joué un rôle important pour que ma transition entre l’hôpital et le cabinet privé où je suis actuellement suivi se passe au mieux.»

* Prénom d’emprunt.

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Article repris du site  pulsations.swiss

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