Transidentité: de plus en plus d’enfants et d’adolescents en questionnement

Dernière mise à jour 26/06/20 | Article
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Les consultations spécialisées destinées aux enfants et adolescents s’interrogeant sur leur identité de genre enregistrent une hausse des demandes. En parallèle, la transidentité est désormais envisagée comme une expérience de la singularité, mais qui peut être source de souffrance.

Définitions

Le genre est l’ensemble des pratiques, des comportements et attitudes que la société attribue de manière normative aux hommes et aux femmes.

L’expression de genre est la façon dont on se présente aux autres (façon de parler, gestuelle, apparence), souvent influencée par les représentations de genre de la société.

L’identité de genre est le sentiment intime et profond d’appartenance à un genre, indépendamment du sexe biologique. Il peut y avoir beaucoup de fluidité de genre chez un même individu.

La transidentité – le fait d’être trans ou transgenre – désigne l’incongruence entre l’attribution du sexe assigné à la naissance et le genre auquel on se sent appartenir. Ce terme est aujourd’hui préféré à celui de « transsexualité », jugé trop stigmatisant et trop pathologisant.

L’incongruence de genre désigne le degré d’inconfort et de souffrance lié au décalage entre le sexe biologique et le genre vécu par l’individu.

L’orientation sexuelle ou affective se rapporte à l’attirance que l’on éprouve pour un autre individu, qui peut fluctuer au cours d’une vie (par exemple, homosexualité). 

Caitlyn Jenner, star de télévision américaine, Laverne Cox, héroïne de la série «Orange is the new black», Océan, comédien et humoriste français, Chelsea Manning, ancienne militaire de l’armée américaine et, plus près d’ici, Christine Hug, lieutenant-colonel de l’armée suisse… Les personnalités transgenres sont de plus en plus visibles dans les médias, reflétant ainsi une certaine diversité de la population, au-delà de la binarité homme-femme. Le sujet de la transidentité (lire l’encadré) s’invite même dans une série française grand public, «Plus belle la vie», où l’un des personnages, Clara, demande à ses proches de l’appeler Antoine, affirmant ainsi le genre dans lequel elle, ou plutôt il, se reconnaît intimement.

La société évolue doucement vers une dépsychiatrisation des personnes transgenres: l’Organisation mondiale de la santé a sorti les diagnostics associés à la transidentité du chapitre des maladies mentales en 2019. «On abandonne progressivement une logique normative au profit d’une logique de la différence, avec la possibilité de revendiquer sa singularité, dans un esprit de continuum et de fluidité du genre», commente le Pr François Ansermet, précédemment chef du Service de pédopsychiatrie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et professeur honoraire de l’Université de Genève et de Lausanne. On assiste selon lui à un changement de paradigme: «On est passé de la normalité pour tous à l’invention par chacun de sa propre norme.» Malgré cette évolution, naître dans un corps de garçon et se sentir fille, ou l’inverse, appelé incongruence de genre par l’OMS, est encore souvent très stigmatisé et en lien avec une grande souffrance affectant la santé. «Ce n’est pas la différence de l’individu qui est en jeu, mais plutôt la souffrance engendrée par cette différence», nuance le Pr Ansermet.

La nécessité d’en parler

Un peu partout, y compris en Suisse romande, on observe une hausse nette du nombre de consultations d’enfants et d’adolescents se questionnant sur leur identité de genre. «Le fait que les médias mettent des mots sur cette souffrance encourage les jeunes à sortir de leur silence», commente la Dre Sophia-Anna Typaldou, cheffe de clinique au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Si environ 2,5% des adolescents sont confrontés à de tels questionnements, seul 1,2% s’identifie finalement comme personne transgenre. Les jeunes qui consultent explorent leur identité, l’impact du genre sur eux-mêmes, la famille, etc., mais un tiers seulement nécessite des traitements médicaux. La possibilité de partager ce vécu avec des spécialistes formés offre un certain soulagement. Car les questionnements peuvent être présents depuis longtemps (lire témoignage).

L’identité de genre se construit dès la naissance, en même temps que le sentiment de continuité d’exister. Mais ce n’est que vers 4-5 ans que l’enfant commence à prendre conscience des stéréotypes et des attentes propres à chaque genre, qu’il s’agisse des couleurs, des jouets ou des vêtements «pour filles» ou «pour garçons». Un petit garçon qui met du rouge à lèvres ou du vernis à ongle, une petite fille qui préfère se déguiser en pirate qu’en princesse… «Il est tout à fait courant, pour un jeune enfant, d’explorer les comportements de genre et de jouer avec les rôles du sexe opposé, rappelle la Dre Typaldou. Inutile donc d’y accorder trop d’importance ou, pire, d’interdire à son enfant d’exprimer un autre genre que le sien, au risque de nuire à son développement psycho-affectif.

L’adolescence, un moment de bascule

C’est à l’adolescence que l’identité de genre se solidifie et qu’un éventuel mal-être peut se révéler ou s’aggraver. «Les changements du corps à la puberté amènent une autre dimension. S’ils ne laissent pas apparaître le sexe désiré, cela peut être vécu de manière dramatique», explique la Dre Typaldou. Le dégoût de son propre corps et le désir de se débarrasser de ses caractéristiques sexuelles secondaires peuvent être forts. Certaines jeunes filles compriment leur poitrine pour la faire disparaître, par exemple. L’incongruence de genre peut aussi se manifester par une volonté d’être traité comme l’autre genre ou par la conviction d’avoir les sentiments et les réactions du sexe opposé.

«Plus de deux tiers des adolescents trans ont des idées suicidaires, tandis qu’un tiers décrit avoir fait au moins une tentative de suicide», alerte la Dre Typaldou. Conduites à risque, scarifications, abus de substances dans l’espoir d’apaiser leur souffrance, retrait social, voire absentéisme scolaire, en lien, ou non, avec un harcèlement par les pairs… le désarroi est souvent profond. Parfois, il est davantage associé à l’appréhension ou à l’expérience du rejet familial, de la violence sociale et de la stigmatisation qu’au sentiment de ne pas être né dans le bon corps. «La vraie difficulté est souvent la non acceptation de cette différence», confirme le Pr Ansermet. 

A l’écoute de la différence

Face à une remise en question de l’entourage ou lors de détresse psychique, un soutien adapté est essentiel. «Si on intervient précocement, un jeune trans sera en aussi bonne santé psychique qu’un autre jeune. A l’inverse, si on ne fait rien, il sera à haut risque de développer des troubles psychiques, mais aussi de tomber dans la marginalisation, avec un impact sur la suite de sa vie», prévient la Dre Typaldou. «Il s’agit d’envisager chaque enfant, chaque adolescent, comme un être singulier, et d’être à l’écoute de sa différence», conseille le Pr Ansermet. «Le soutien de la famille est central dans le devenir des jeunes trans. Notre mission est d’aider les parents à soutenir au mieux leur enfant», explique le Dr Arnaud Merglen, pédiatre et spécialiste de l’adolescence aux HUG.

Il faut donc veiller à accueillir ces questionnements profonds avec bienveillance. Si on est inquiet pour la santé émotionnelle de son enfant, il est recommandé d’en parler au pédiatre ou à un professionnel de la santé mentale compétent pour ces questions. Les consultations spécialisées, telles qu’il en existe au CHUV ou aux HUG sont multidisciplinaires (pédiatre, pédopsychiatre, psychologue, gynécologue, endocrinologue, infirmière). Les spécialistes travaillent en collaboration avec les associations de personnes transgenres de Suisse romande.

Des traitements pour se réconcilier avec soi-même

Chaque situation y est approchée de manière singulière, qu’elle donne suite, ou non, à un traitement. «Cela peut se limiter à aider la personne dans l’affirmation de sa différence pour qu’elle se réconcilie avec elle-même et se sente acceptée socialement. On inclut dans la prise en charge les parents, la fratrie, le milieu scolaire, voire professionnel, car c’est tout le système social dont il faut tenir compte», souligne la Dresse Typaldou.

La prise en charge peut également inclure des traitements hormonaux. Il en existe de deux types. L’un vise à freiner le développement de la puberté et éviter ainsi l’apparition des premiers signes pubertaires (poitrine, mue de la voix, pomme d’Adam). L’autre à faire apparaître les caractères sexuels du sexe désiré. La chirurgie, quant à elle, s’adresse aux adultes.

Le parcours des personnes transgenres, entre hormonothérapie, chirurgie, changement d’état civil, «fragilise leur intégration dans notre société, alors qu’elles font partie de la richesse de la diversité humaine. Nous pouvons tous dépasser nos préjugés car, ni vous, ni moi, ni personne, ne se limite à son genre», conclut le Dr Merglen.

Témoignage

«Notre enfant était morose, mal dans sa peau, en proie à des colères inexpliquées», raconte le père d’Elsa, née Sasha. «Elle avait beaucoup de facilité à l’école, mais elle rentrait avec des vertiges et somatisait beaucoup», poursuit sa mère. Cet enfant n’a pas montré d’autres signes, si ce n’est qu’elle s’est très tôt montrée très pudique. A 14 ans par exemple, elle ne voulait plus aller à la piscine. A 16 ans, alors que ses parents n’avaient pas imaginé un seul instant cette possibilité, Elsa craque et avoue qu’elle se sent mal dans son corps de garçon… car elle se sent profondément fille. «On était très démunis. On s’est dit d’abord que c’était passager. On l’a orientée vers une psychologue pour l’aider à en parler», confie sa mère. De fil en aiguille, Elsa obtient un premier rendez-vous à la consultation spécialisée du CHUV, où elle se rend avec ses parents, qui réalisent alors que cela ne changera pas. Avant de pouvoir débuter sa transition, Elsa a d’abord dû soigner sa dépression. Au bout de deux ans, tous les feux étaient au vert pour rencontrer une endocrinologue et commencer un traitement hormonal. De leur côté, les parents ont trouvé beaucoup de soutien auprès de l’association Agnodice. «Les témoignages des autres parents nous ont permis d’avancer beaucoup plus vite. C’était réconfortant de voir qu’on n’était pas les seuls», poursuit le père.

«Sa détresse nous a beaucoup touchés. On ne l’a jamais jugée, on voulait juste que notre enfant soit heureuse», expliquent-ils. Même si tout se passe bien aujourd’hui, sa maman s’inquiète face à l’énormité du travail qui reste à accomplir. «J’ai peur qu’elle souffre du regard des autres», dit-elle. Et pourtant, son frère, ses amis d’enfance, son maître d’apprentissage, ses collègues, tous ont accueilli cette révélation avec bienveillance. «C’est à chaque fois une renaissance pour elle», se réjouit sa mère. Aujourd’hui, Elsa, bien qu’elle reste fragile, rayonne et ose toujours plus de choses. «On espère qu’elle trouvera quelqu’un à aimer et réciproquement», concluent ses parents, qui lui témoignent un soutien indéfectible. 

Où trouver de l’aide?

Les associations de soutien aux personnes transgenres

Agnodice (Suisse romande): www.agnodice.ch

Le Refuge (Genève): www.refuge-geneve.ch/

Epicène (Genève): www.epicene.ch/association/

Les consultations médicales pour enfants et adolescents

Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) - Unité Santé Jeunes: 022 372 33 87

Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) - Division Interdisciplinaire de Santé des Adolescents (DISA) au 021 3143760 ou Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (SUPEA), pédopsychiatrie de liaison: 021 3143535

__________

Paru dans Le Matin Dimanche le 23/02/2020.

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