Dans le brouillard de la ménopause

Dernière mise à jour 17/06/26 | Article
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La période qui entoure la ménopause est associée à une plus grande vulnérabilité psychique avec un risque augmenté de dépression. Si les femmes et les professionnels de santé sont informés correctement, la prise en charge n’en sera que meilleure.

Durant la ménopause et les années qui la précèdent, les fluctuations hormonales affectent profondément le système nerveux central avec, pour conséquence, un risque accru de dépression. Or, malgré l’important enjeu de santé publique que constitue cette période de transition de la santé de la femme, seuls 6,8% des médecins s’estiment bien préparés à la gestion de la ménopause et 20% disent n’avoir reçu aucun enseignement, selon une étude publiée en 2019. Il persiste ainsi une méconnaissance des spécificités de la santé des femmes, alimentée par une longue tradition de recherche clinique les excluant, qui nuit à l’efficacité de la prise en charge de ces patientes. Afin de limiter l’impact de la périménopause et de la ménopause sur la santé mentale des femmes, il est important que soignants et patientes soient mieux renseignés sur la vulnérabilité psychique propre à cette période.

Des liens forts entre œstrogènes et cerveau

La vie des femmes est rythmée par les grands moments de transition que sont la puberté, la période périnatale, la périménopause et la ménopause. Ceux-ci sont caractérisés par des fluctuations hormonales importantes, mais aussi marqués par une fragilité psychique. La dépression serait plus fréquente chez les femmes avant, pendant et après la ménopause avec une prévalence rapportée dans une récente méta-analyse de 33,9% à 35,6%, contre 10% à 15% chez les femmes plus jeunes.

Cela s’explique, en partie, par l’influence des œstrogènes sur le fonctionnement cérébral. En effet, ces hormones ne sont pas uniquement impliquées dans les cycles menstruels et la reproduction. Certaines régions du cerveau sont particulièrement riches en récepteurs sur lesquels se fixent les œstrogènes. C’est le cas du noyau préoptique, situé dans l’hypothalamus et connu pour son rôle majeur dans la régulation de la température interne, mais aussi de structures qui jouent un rôle dans la régulion du sommeil et des rythmes circadiens, l’apprentissage, la mémoire, la concentration, la gestion des émotions, etc. Les fluctuations d’autres hormones (la progestérone, par exemple) s’ajoutent aux variations des œstrogènes, pour perturber de nombreuses fonctions cognitives.

Bien que l’impact sur la qualité de vie des femmes puisse être lourd, cette période de transition reste encore souvent associée uniquement aux symptômes vasomoteurs, en particulier les bouffées de chaleur. Les symptômes cognitifs sont encore peu connus des femmes elles-mêmes et aussi, parfois, des médecins. Pourtant, parmi les 80% de femmes qui présentent des symptômes durant la périménopause, sept sur dix souffrent de troubles du sommeil, troubles cognitifs, sautes d’humeur, irritabilité et parfois dépression, voire idées suicidaires. Lorsque la ménopause est avérée –après douze mois consécutifs sans menstruations–, les symptômes psychiques et cognitifs les plus fréquemment rapportés sont alors des troubles de l’humeur, une anxiété, une irritabilité, des troubles du sommeil avec réveils fréquents et une baisse du désir sexuel.

Prendre en compte les antécédents

Avoir connu un épisode dépressif majeur ou souffrir d’un trouble bipolaire augmente le risque de dépression lors de la périménopause. De même, les femmes qui ont subi des traumatismes dans leur enfance (maltraitance physique, émotionnelle ou sexuelle, consommation de substances, pathologie psychiatrique chez les parents) sont davantage susceptibles de développer des troubles psychiques durant la périménopause et la ménopause. Dépister ces antécédents en période de périménopause permettrait d’identifier les femmes les plus à risques, de mettre en place des traitements plus précocement, voire d’instaurer des mesures préventives. L’approche psychothérapeutique centrée sur le traumatisme, les techniques cognitivocomportementales (TCC) et la thérapie interpersonnelle sont efficaces dans ce cas pour prévenir la dépression périménopausique.

Le traitement substitutif hormonal de la périménopause et de la ménopause est indiqué chez les femmes souffrant à la fois de symptômes vasomoteurs et de troubles de l’humeur. Parmi les traitements médicamenteux, la desvenlafaxine est l’antidépresseur dont l’efficacité sur ce type de dépression a été la plus étudiée à ce jour. Les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (citalopram, escitalopram, vortioxétine), les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (venlafaxine, duloxétine) et la mirtazapine agissent à la fois sur les symptômes dépressifs et sur les symptômes vasomoteurs, le sommeil, l’anxiété et la douleur.

*Adapté de: Benzakour, L. Exploration des liens entre périménopause, ménopause et dépression, Rev Med Suisse, Vol.22, no.949, 2026, pp.299-304.

LE POIDS DES FACTEURS PSYCHOSOCIAUX

Les fluctuations hormonales ne sont pas seules en cause dans l’augmentation du risque de dépression, les facteurs de stress psychosociaux sont aussi impliqués. Lorsqu’elles entrent en périménopause puis en ménopause, les femmes, pour beaucoup, font face à de nombreuses sollicitations dans la sphère privée et familiale comme dans le cadre professionnel. En outre, ce sont des années souvent marquées par des évolutions dans les relations interpersonnelles avec les enfants qui grandissent et les parents qui vieillissent. L’équilibre des couples peut aussi être plus fragile. Peuvent s’ajouter à cela des modifications de l’image corporelle et l’apparition de problèmes de santé qui alourdissent le fardeau émotionnel.

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