La gonorrhée progresse en Suisse

Dernière mise à jour 11/10/17 | Article
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Loin d’être éradiqués, les cas de gonorrhée sont en nette augmentation ces dernières années.

Un problème de santé publique à ne pas minimiser.

Le nombre de personnes infectées par la gonorrhée ne cesse d’augmenter en Suisse et dans le monde. Depuis quelques années, cette maladie sexuellement transmissible connaît une recrudescence significative. L’année dernière en Suisse, 2413 cas de personnes infectées ont été signalés, contre seulement 944 en 2007. Un chiffre qui a donc plus que doublé en dix ans. La situation est préoccupante, d’autant plus que la maladie est souvent peu symptomatique et peut provoquer de graves complications gynécologiques.

Une maladie parfois silencieuse

Bientôt un vaccin contre la gonorrhée?

Dans le monde, plus de 78 millions de personnes sont atteintes par la gonorrhée. Face à la résistance aux antibiotiques de plus en plus fréquente, des solutions doivent être trouvées. Selon le Dr Christin, la mise au point d’un vaccin serait idéale. Les préadolescents pourraient ainsi être vaccinés avant d’être sexuellement actifs et la maladie aurait donc des chances d’être éradiquée. Malheureusement, les protéines situées à la surface de la bactérie responsables de la gonorrhée se modifient régulièrement. Il est par conséquent difficile de trouver un vaccin qui reste efficace malgré les mutations. En attendant, la gonorrhée est aujourd’hui traitée par un antibiotique double. Le premier est injecté directement dans un muscle et agit sur la paroi des bactéries, tandis que l’autre s’ingère par voie orale et bloque la production de protéines. Le fait d’utiliser deux antibiotiques différents permet de diminuer le risque d’exprimer des résistances. A souligner toutefois que le taux de résistance en Suisse est encore très faible.

La gonorrhée est une infection sexuellement transmissible (IST) qui touche principalement les jeunes entre 15 et 35 ans. Elle est due au gonocoque, une bactérie qui se développe sur les muqueuses génitales. Celle-ci se transmet par rapport sexuel génital, rectal ou même buccal (et provoque dans ce cas-là une pharyngite). Elle peut se traduire par des écoulements de pus de l’urètre chez l’homme ou du vagin chez la femme. «Les hommes ressentent aussi la plupart du temps de vives douleurs en urinant, précise le Dr Laurent Christin, spécialiste en médecine interne et en maladies infectieuses au Groupement Hospitalier de l’Ouest Lémanique (GHOL). Chez les femmes en revanche, la maladie est plus silencieuse. Elle provoque parfois des douleurs abdominales basses, des pertes vaginales inhabituelles ou des souffrances pendant les rapports, mais l’inflammation du col de l’utérus n’est pas toujours douloureuse. Il arrive donc parfois que la maladie soit quasiment asymptomatique». Or, si la gonorrhée n’est pas traitée rapidement, elle peut provoquer des complications gynécologiques graves, comme des problèmes de stérilité, des avortements ou encore des grossesses extra-utérines. «Il est donc important de ne pas sous-estimer les petits troubles au niveau des parties génitales et ne pas hésiter à consulter en cas d’écoulements, de sensation de brûlure ou de démangeaisons, recommande le Dr Christin. Si le médecin suspecte une gonorrhée, il effectuera un prélèvement sur la zone concernée. L’échantillon sera alors mis en culture en laboratoire, ce qui permettra de déterminer la présence ou non de bactéries gonocoques». La plupart du temps, les antibiotiques guérissent efficacement la gonorrhée. Le corps médical veille alors à ce que les partenaires de la personne infectée soient aussi traités, afin d’éviter tout risque de propagation ou de recontamination mutuelle.

Recrudescence et résistances

La gonorrhée est donc une infection bien connue du corps médical et étroitement surveillée. Pourtant, le nombre de personnes infectées ne cesse d’augmenter. «Ce phénomène récent est sans doute étroitement lié au non-respect des règles du safer sex (lire encadré, ndlr), analyse le Dr Christin. Il y a encore quelques années, le VIH faisait très peur. Mais aujourd’hui, on n’en meurt plus, les gens sont donc moins inquiets. Il y a globalement un certain relâchement en matière de protection pendant les rapports sexuels, qui favorise entre autres la transmission de la gonorrhée».

Un autre phénomène inquiète également les experts: celui de la résistance aux antibiotiques. Dans certains pays où la gonorrhée est une maladie fréquente, les gonocoques développent des résistances aux antibiotiques censés les éradiquer. «Les gonocoques sont des bactéries très labiles et rapides dans leur mutation, explique le Dr Christin. Par conséquent, nous redoutons d’être un jour confrontés à des bactéries non-traitables». Afin de palier le problème, trois nouveaux antibiotiques sont actuellement en cours de développement et cristallisent de nombreux espoirs. Les médecins insistent également sur l’importance de la prévention, qui devrait être renforcée afin que la population soit plus attentive aux symptômes de la maladie. A noter que le port du préservatif et les règles du safer sex en général restent indispensables afin de prévenir la transmission de la gonorrhée et des autres maladies sexuellement transmissibles.

Les règles du safer sex

Si le risque zéro n’existe pas, certaines règles primordiales permettent de se protéger au maximum contre la gonorrhée et d’autres infections sexuellement transmissibles.

Pas de pénétration sans préservatif: Le port d’un préservatif protège bien contre de nombreuses maladies. Il est recommandé d’utiliser des préservatifs présentant le label «OK» qui garantit leur qualité. Attention cependant, car dans le cas de la gonorrhée, le préservatif n’est pas toujours suffisant. La bactérie se trouve sur les organes génitaux et peut donc être transmise par simple contact physique, sans pénétration.

Pas de sperme ni de sang menstruel dans la bouche: Certaines infections sexuellement transmissibles se transmettent au contact du sperme ou du sang. Il est donc recommandé de ne pas en avaler.

Consultez immédiatement un médecin: En cas de symptômes grippaux après un rapport non protégé, de démangeaisons, de sensations de brûlures, d’écoulements ou de tout autre trouble au niveau des parties génitales.

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Paru dans le Quotidien de La Côte le 11/10/2017.

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