Un enfant, trois ADN

Dernière mise à jour 28/10/15 | Article
Un enfant, trois ADN
Une nouvelle technique de procréation médicalement assistée vise à éviter la transmission de maladies génétiques d’origine maternelle. Elle vient de recevoir le feu vert des députés britanniques.

Une toute nouvelle technique de procréation médicalement assistée vient d’être autorisée en Grande-Bretagne, qui sera le premier pays au monde à la pratiquer. Pour faire simple et surtout frapper les esprits, elle a été qualifiée de conception de «bébés à trois parents». L’expression n’est pas seulement exagérée, elle est même «fondamentalement trompeuse», selon Alex Mauron, professeur de bioéthique à l’Université de Genève. En fait, les nourrissons nés grâce à cette nouvelle technique hériteront essentiellement du patrimoine génétique de leur mère et de leur père. Seul leur ADN mitochondrial, qui ne représente qu’une infime portion de leur génome –moins de 1%– proviendra d’une donneuse, ce qui permettra de les préserver de maladies graves.

Les mitochondries, ces petites structures qui servent de centrale énergétique aux cellules, possèdent leur propre ADN, qui est distinct de celui contenu dans le noyau cellulaire. Cet «ADN mitochondrial» est uniquement transmis par la mère. Lorsqu’il porte des mutations, «la centrale fonctionne au ralenti», explique Nicolas Vulliemoz, responsable de l’Unité de médecine de la reproduction au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Cela génère chez le nourrisson des maladies très diverses, dont certaines «sont sévères et au pronostic parfois très sombre». Suivant la nature de l’anomalie génétique, on peut assister à des retards dans le développement, des problèmes auditifs, musculaires ou à bien d’autres troubles.

Un problème éthique?

Comme toute intervention médicale touchant à la procréation, le transfert d’ADN mitochondrial soulève des questions éthiques. «Il est essentiel de se les poser», souligne Nicolas Vulliemoz, responsable de l’unité de médecine de la reproduction au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Mais il faut y répondre en tenant compte «de la balance entre les risques et les bénéfices». C’est aussi l’avis d’Alex Mauron, professeur de bioéthique à l’Université de Genève, qui constate que cette technique ne change pas fondamentalement le bagage génétique de l’enfant. A ceux qui craignent des dérives eugénistes, il rappelle que ce terme renvoie à une «volonté politique de façonner l’hérédité», alors qu’ici, il s’agit «d’un choix individuel visant à éviter à son enfant une maladie très sérieuse».

Bébé hérite des chromosomes de sa mère

Pour éviter ce risque, on peut avoir recours à la fécondation in vitro avec don d’ovocyte. La méthode – autorisée dans de nombreux pays, mais pas en Suisse – consiste à implanter à la mère un embryon provenant de l’œuf d’une donneuse qui a été fertilisé par les spermatozoïdes du père. Toutefois, de nombreux couples s’y refusent car, dans ce cas, «l’enfant n’héritera pas du patrimoine génétique de sa mère, mais de celui de l’autre femme», explique le médecin du CHUV.

La technique du «transfert du fuseau maternel» mise au point par des chercheurs britanniques de Newcastle permet de surmonter cet écueil. Dans ce cas, on prélève un ovocyte chez la donneuse, on ôte son noyau et on le remplace par le noyau d’un ovocyte de la future mère. L’œuf obtenu est ensuite fécondé et réimplanté dans l’utérus maternel. Variante de cette technique, le «transfert pronucléaire» est fondé sur le même principe qui est, cette fois, appliqué à un œuf qui vient d’être fécondé.

Dans les deux cas, l’enfant héritera des chromosomes de sa mère et seul son ADN mitochondrial viendra d’une tierce personne. «Cela ne changera quasiment rien à son héritage génétique», précise Alex Mauron, qui compare ce procédé à «une greffe d’organe».

Soupeser les risques

Cette méthode a été testée chez des souris et des primates dont les descendants «n’ont pas présenté d’anomalies, même à long terme», constate Nicolas Vulliemoz. Certes, entre le singe et l’être humain il y a un pas mais «il reste des incertitudes, concernant notamment les interactions entre l’ADN de la mitochondrie et celui du noyau». C’est pour cette raison, ajoute le spécialiste du CHUV, qu’il faudra veiller à «suivre les enfants pendant plusieurs années».

Cependant, si risque il y a, «il doit être comparé au risque que l’on prendrait si on ne faisait rien». Dans ce dernier cas, on s’expose à avoir un enfant «souffrant d’une maladie gravissime», insiste Nicolas Vulliemoz, conscient que le procédé soulève des questions éthiques (lire encadré).

Quoi qu’il en soit, le transfert d’ADN mitochondrial sera réservé selon lui «à des situations extrêmement rares. En Grande-Bretagne, on prévoit qu’il ne devrait concerner qu’une quinzaine de couples chaque année». C’est dire que si elle était un jour autorisée en Suisse – ce qui n’arrivera probablement pas de sitôt – cette méthode ne deviendrait pas une technique de routine.

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