La fécondation in vitro recule légèrement en Suisse

Dernière mise à jour 07/05/14 | Article
La fécondation in vitro recule légèrement en Suisse
Deux bébés sur cent sont issus de la procréation assistée, et les chiffres montrent que le recours à la FIV est en légère baisse.

De quoi on parle?

En 2012, quelque 1626 bébés sont nés en Suisse grâce à la procréation médicalement assistée, selon l’Office fédéral de la statistique. Un chiffre qui ne prend toutefois pas

en compte les enfants nés à la suite d’une simple stimulation ovarienne ou d’un transfert de sperme dans l’utérus maternel. Après une augmentation constante de ces naissances entre 2002 et 2010, le recours à ces techniques tend à se stabiliser.

En Italie, une femme vient de découvrir que les jumeaux qu’elle porte grâce au recours à la procréation médicalement assistée sont les enfants biologiques d’un couple inconnu, qui a lui-même eu recours à la médecine pour tenter de surmonter sa stérilité. L’échange involontaire ne s’est pas fait à la naissance, comme cela arrive parfois, mais bien avant, juste après la conception des embryons en éprouvette, au moment du transfert dans le corps maternel.

Cette affaire n’est pas une première. Elle rappelle à quel point la fécondation in vitro (FIV, voir infographie) fait désormais partie de la médecine courante et est entrée dans les mœurs. Depuis 1978 en effet, plus de cinq millions d’enfants sont arrivés au monde grâce à cette technique. En Suisse, cela représente chaque année plus de 1600 enfants, soit près de deux naissances sur cent. Un chiffre qui s’est toutefois stabilisé et a même très légèrement baissé, après des années d’augmentation spectaculaire.

Les risques cardiovasculaires

A quoi attribuer cette baisse, alors que la stérilité des couples ne diminue pas? Elle pourrait être liée aux récentes interrogations portant sur l’avenir de la santé cardiovasculaire des enfants issus d’une FIV. En effet en 2012, une étude menée par le professeur Urs Scherrer de l’Hôpital de l’Ile, à Berne, en collaboration avec le Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV), a fait grand bruit. Elle a montré que ces enfants avaient un risque cardiovasculaire plus élevé que ceux nés de façon naturelle. Ils présentent aussi un risque accru de développer un diabète. Ce serait le milieu de culture dans lequel sont placés les embryons qui causerait des anomalies dans le développement des vaisseaux.

«Il s’agit toutefois d’une étude préliminaire portant sur très peu d’enfants. Ces résultats doivent encore être confirmés, d’autant qu’il y a de nombreux milieux de culture différents sur le marché. Mais cela montre que l’on doit rester prudent et ne recourir à la fécondation in vitro que lorsque c’est strictement nécessaire», commente Dorothea Wunder, médecin-cheffe de l’unité de reproduction et endocrinologie gynécologique du CHUV.

Mais, pour la spécialiste, cette étude n’est pas la principale raison qui explique la stagnation. «Celle-ci est surtout due à l’assouplissement des lois dans certains pays, dont les ressortissants venaient suivre leur traitement chez nous. Les considérations économiques entrent aussi en ligne de compte. Un cycle de FIV coûte de 5000 à 9000 francs, des montants élevés et qui ne sont pas remboursés par les assurances. Et il faut parfois compter plusieurs cycles pour obtenir une grossesse!»

Une technique qui se perfectionne

On parle de procréation artificielle dès le moment où la médecine doit aider la nature pour la conception d’un enfant. La première insémination avec sperme de donneur a eu lieu en 1884, aux Etats-Unis. En 1959, le premier animal issu d’une fécondation in vitro (FIV) – un lapin – est né en France. En 1978, en Grande-Bretagne, Louise Brown, premier «bébé-éprouvette», donc issu d’une FIV, a vu le jour. Depuis 1992, il est possible de sélectionner un spermatozoïde et de l’injecter directement dans un ovocyte. On parle alors d’injection intracytoplasmique (ICSI)

Peur d’une grossesse multiple

Mais il est aussi possible que la baisse du nombre de FIV soit liée à la crainte des couples de devoir faire face à une grossesse multiple. Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique montrent en effet que la FIV multiplie par dix ce risque. Or ces grossesses sont sujettes à complication et aboutissent souvent à des accouchements prématurés. Les enfants nés trop tôt nécessitent un suivi médical important et gardent parfois des séquelles. Un coût humain mais aussi financier important pour la société.

Toute FIV augmente donc le taux de grossesses multiples. Mais la Suisse a de loin le taux le plus élevé parmi les pays développés. La raison n’a rien à voir avec la qualité des équipes médicales, mais avec le fait que les chances de réussite de la grossesse augmentent lorsque plusieurs embryons sont transférés dans l’utérus. En Suisse, on en implante en général deux, sauf contre-indication absolue à une grossesse gémellaire. Il est pourtant possible d’obtenir le même taux de succès, voire un meilleur, en implantant un seul embryon, mais en le choisissant.

Choisir le bon embryon

Cette technique, pratiquée par la majorité des pays, est appelée «transfert électif d’un seul embryon». On observe d’abord le développement de l’ensemble des embryons pendant trois jours au microscope. Puis on choisit celui qui évolue le plus favorablement pour l’implanter. «En Suède et en Belgique, où la loi permet ce procédé, le taux de grossesses multiples est tombé à environ 5%, alors qu’il est de 15 à 20% chez nous où la méthode n’est pas autorisée par la loi», explique Dorothea Wunder. Les avantages sont évidents: ces pays ont moins d’accouchements prématurés et de complications liés à la FIV. A noter que la Commission nationale d’éthique vient de plaider pour un changement de la loi, afin que soit autorisé chez nous aussi ce transfert électif d’un embryon.

Ce recul des naissances après une FIV montre que la Suisse est encore loin de suivre la vague du «social freezing» ou «autoconservation d’ovules» qui touche de nombreux pays. Malgré cela, chez nous aussi, des entreprises incitent, à grand renfort de publicités, les femmes à congeler leurs ovocytes, le temps de faire carrière. L’esprit libéré du tic-tac de l’horloge biologique, ces dernières pourraient ainsi mettre entre parenthèses leur fertilité, et la faire redémarrer plus tard. En réalité, selon une enquête récente du Centre de médecine reproductive de l’UZ Brussel en Belgique, les femmes qui recourent à cet artifice le font en majorité pour se donner le temps de trouver l’âme sœur…

Pour Dorthea Wunder, le «social freezing» n’est en tout cas pas la solution aux problèmes de travail. Ce qu’il faudrait avant tout, selon elle, c’est créer des conditions sociétales permettant à la femme de concilier vie professionnelle et vie de famille. «La congélation d’ovocytes, conclut la spécialiste, devrait surtout être réservée à des jeunes femmes dont la fécondité est menacée par une maladie, en particulier par certains cancers. Car aussi bien la congélation que la FIV ne sont pas des procédures anodines et, comme le montre l’étude du professeur Scherrer, il vaut mieux ne les mettre en œuvre qu’en l’absence d’autres choix.»

La fécondation in vitro (FIV)

En collaboration avec

Le Matin Dimanche

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