Enceinte à l'ère du Covid: quels sont les risques?

Dernière mise à jour 11/10/20 | Questions/Réponses
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Les répercussions d’une infection au SARS-CoV-2 sur la grossesse et le fœtus font encore l’objet d’études en Suisse et à travers le monde. Sur la base des premiers éléments disponibles, les recommandations et le suivi médical ont été adaptés à cette situation inédite, qui peut s’avérer anxiogène pour certaines futures mamans. Grossesse, accouchement, premiers jours avec bébé… les réponses à vos questions.

Pendant la grossesse: se protéger

Enceinte, suis-je plus à risque de complications en cas de contamination?

Alors que les premières données chinoises, américaines et italiennes récoltées ne semblaient pas mettre en avant de risque particulier pour les femmes enceintes, de récentes études menées sur de plus grands effectifs tendent à montrer que celles-ci constituent bien un groupe à risque. «On ne sait pas encore si elles sont plus à risque d’être infectées, mais elles développent en revanche plus souvent des formes plus sévères que les femmes non enceintes du même âge et sont plus propices à être admises en soins intensifs», rapporte le Pr David Baud, médecin-chef d'obstétrique au Département Femmes-mères-enfants du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Cette vulnérabilité s’expliquerait par trois facteurs: la capacité pulmonaire réduite pendant la grossesse, le système immunitaire qui baisse sa vigilance et un système cardiovasculaire sous pression.

Dois-je prendre des mesures particulières de précaution?

Les mesures de protection sont les mêmes que pour le reste de la population et doivent impérativement être respectées: distanciation physique (1,5 mètre minimum), port du masque, lavage des mains régulier… «Même les rencontres avec la famille et les amis devraient être limitées aux réunions indispensables, au cercle très proche et en respectant les gestes barrières», ajoute le Pr Baud. Si le conjoint est infecté, des mesures scrupuleuses de protection et d’isolement doivent être suivies.

Dans quels cas vais-je être dépistée?

Toute personne, enceinte ou non, présentant des symptômes type fièvre, toux, difficultés respiratoires, etc., doit être dépistée via un test PCR (frottis du nez). Si le partenaire ou des proches contacts sont positifs, une quarantaine est recommandée et un dépistage sera proposé en cas d’apparition de symptômes.

Quels traitements puis-je prendre si je suis infectée?

Rappelons qu’il n’y a pas aujourd’hui de traitement spécifique pour le Covid-19 et que plusieurs molécules sont en cours d’évaluation. Pour soulager les symptômes comme la fièvre et/ou les douleurs, le paracétamol est recommandé et n’est pas contre-indiqué durant la grossesse.

Mes rendez-vous prénataux peuvent-ils être maintenus?

Oui, les contrôles, examens, échographies, rendez-vous médicaux sont conservés. Si vous êtes infectée par le coronavirus ou que vous présentez des symptômes, il sera conseillé de décaler les examens non urgents de 2-3 semaines, afin d’éviter le contact avec d’autres patientes. «Les femmes enceintes étant plus à risque de développer une forme grave de la maladie, nous mettons en place avec ces patientes positives un suivi téléphonique accru pendant les symptômes et, au besoin, une hospitalisation dans une zone dédiée de notre maternité», précise le médecin du CHUV.

Quels sont les risques pour mon bébé si je suis contaminée?

De récentes études ont montré que le virus pouvait atteindre le placenta et provoquer des lésions qui altèrent son fonctionnement, pouvant entraîner un risque de retard de croissance. «De plus, il est maintenant prouvé que le virus peut aussi atteindre le fœtus. Bien que la fréquence d’infection du fœtus ne soit pas connue, elle semble plutôt rare, ajoute le Pr Baud. On ne constate pas particulièrement de malformations fœtales, mais on manque encore un peu de recul, notamment pour les cas de contamination durant le premier trimestre.» Chez les femmes contaminées, une hausse des accouchements prématurés a également été relevée. «Ceci n’est pas dû au virus directement mais à l’état de la mère qui se péjore, nous incitant à déclencher l’accouchement plus tôt que prévu.»

Je suis enceinte et je travaille dans le milieu médical. Dois-je demander un arrêt de travail?

Non, mais un changement de secteur doit être envisagé si la soignante enceinte est dans un service de premier recours (urgences) ou dans un secteur d’hospitalisation dédié aux patients Covid. Le masque doit être porté en permanence, règle qui est valable pour tous les employés des hôpitaux actuellement. À noter qu’il n’y a eu aucune transmission du virus de patients à soignants depuis le port du masque obligatoire en milieu hospitalier. Le risque d’infection par son entourage est donc largement supérieur si celui-ci ne respecte pas les mesures de distanciation sociale. À noter qu’un certificat médical ne sera recevable par l’assurance que si la patiente présente une pathologie.

Est-ce vraiment le bon moment pour commencer une grossesse?

Le désir de grossesse est propre à chaque couple et de nombreux paramètres entrent en jeu dans la décision. «En analysant les données d’autres épidémies comme Ebola, Zika ou la grippe espagnole, on constate cependant une baisse d’environ 15% des accouchements neuf mois après le pic, suivi d’un rebond de plus 15% un an et demi après. Cela devrait aussi être le cas pour le Covid-19, remarque le spécialiste. Il y a des couples qui décident d’eux-mêmes de repousser un projet d’enfant dans ces périodes particulières.»

Covid-19: un impact sur la fertilité?

Des inquiétudes commencent à émerger autour de l’impact du SARS-CoV-2 sur la fertilité masculine. En effet, la protéine ACE2, nécessaire à l’entrée du virus dans les cellules, est présente dans les testicules. «Il existe donc une possibilité théorique que des lésions testiculaires, subséquentes à une infection par Covid-19 ou à une réponse immunologique et inflammatoire, provoquent une infertilité», suggère une méta-analyse[1] publiée par le National Center for Biotechnology Information. Pour le Dr Daniel Wirthner, spécialiste en gynécologie et obstétrique au CPMA de Lausanne, c’est surtout l’élévation de la température du corps causée par la fièvre – comme c’est le cas dans d’autres infections – qui risque d’impacter temporairement la spermatogenèse. «Mais il est encore tôt pour tirer des conclusions sur une possible influence de SARS-CoV-2 sur la fertilité des hommes.» A noter que la protéine ACE2 est présente dans le placenta tout au long de la grossesse, selon une étude qui va être publiée par une équipe de chercheurs du CHUV.

Accouchement: ce qui change

Mon conjoint peut-il assister à l’accouchement?

Oui, le conjoint peut assister à l’accouchement – s’il ne présente pas de symptômes – en respectant les consignes de protection et d’hygiène.

Vais-je accoucher à proximité de malades atteints du Covid?

Les maternités ont mis en place des zones spécifiques pour séparer les patientes positives des autres. Il n’y a donc pas de risque de croiser un patient Covid-19 lors de votre séjour à la maternité. «Il a fallu créer un hôpital dans l’hôpital, avec des équipes dédiées, raconte le Pr Baud. De grandes mesures de précaution ont été suivies: équipement intégral pour les soignants, règles d’hygiène strictes, port du masque pour la femme enceinte…» Grâce à ces mesures, le risque d’infection à l’hôpital semble inférieur à celui de la population générale, précise le spécialiste.

Pourrai-je bénéficier d’une péridurale?

Oui. Il n’y a pas de contre-indication à l’anesthésie péridurale liée au Covid-19. «Chez toutes les femmes enceintes, nous effectuons une prise de sang pour vérifier une éventuelle atteinte du virus avant la pose de péridurale», précise le Pr Baud.

Y a-t-il un risque plus grand de contamination si j’accouche par voie basse?

Une étude effectuée par l’équipe du Pr Baud à Lausanne a permis de montrer que le risque de contamination du bébé était le même par voie basse et par césarienne. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a de son côté rappelé que, malgré le contexte sanitaire, «le mode d’accouchement doit être individualisé et reposer sur les préférences de la femme, ainsi que sur les indications obstétricales».

Mon enfant sera-t-il testé à la naissance?

Si vous n’avez pas contracté le Covid-19 durant la grossesse et en l’absence de symptômes, l’enfant ne sera pas testé. En revanche, si la mère est positive, l’enfant sera lui aussi considéré comme «infecté» et donc isolé avec la mère et testé. «Les nouveau-nés hospitalisés dont la mère est positive bénéficieront également de mesures de protection renforcées», précise le Pr Matthias Roth-Kleiner, médecin chef au Service de néonatologie du CHUV.

Les visites à l’hôpital sont-elles autorisées?

Les consignes pour les visites se sont allégées et les partenaires peuvent désormais se rendre à la maternité, accompagnés des frères et sœurs (un enfant à la fois, port du masque demandé à partir de 5 ans si collaborant et obligatoire dès 12 ans). Pour les autres membres de la famille ou amis, les visites sont en revanche toujours limitées selon les maternités.

Retour à la maison: rester vigilant

Quels sont les risques pour mon bébé s’il est testé positif?

Les principaux symptômes décrits chez les bébés positifs au coronavirus et hospitalisés en néonatalogie sont des difficultés respiratoires et une toux. «Le poumon du nouveau-né est l’organe le plus immature. Si un virus diminue sa fonction à la naissance, cela peut induire la nécessité d’un soutien respiratoire, explique le Pr Roth-Kleiner. Mais ça ne concerne qu’un très petit nombre d’enfants et la sévérité des symptômes chez eux est finalement moindre que ce que l’on craignait.»

Mon bébé doit-il porter un masque?

«Surtout pas!», prévient le spécialiste. Chez les bébés, le port du masque entraîne un risque d’obstruction des voies aériennes. Comme mesure de protection du Covid-19, le port du masque chez les enfants n’est recommandé qu’à partir de 12 ans.

Puis-je recevoir de la visite à la maison?

Oui, sauf cas de contamination parmi les visiteurs et en respectant les mesures de protection recommandées pour tous. «Pour les personnes présentant des symptômes viraux – que ce soient ceux du Covid ou d’une autre infection virale –, la visite au nouveau-né est fortement déconseillée», rappelle le Pr Roth-Kleiner.

Puis-je allaiter si j’ai eu le coronavirus?

Pour le moment, aucune étude ne semble montrer de contamination via le lait maternel. Les pédiatres recommandent une continuation de l’allaitement même en cas d’infection. «Les bienfaits du lait maternel sont connus, notamment sur le système immunitaire», rappelle le spécialiste. L’allaitement peut donc être poursuivi, sur volonté de la mère et en respectant quelques mesures de protection: bien se laver les mains et la poitrine avant d’allaiter, porter un masque pendant l’allaitement et nettoyer correctement le matériel de tirage du lait si un allaitement direct n’est pas possible.

Les rendez-vous médicaux recommandés sont-ils toujours de rigueur?

Oui, le suivi du nouveau-né doit être maintenu, afin d’assurer un suivi médical et une mise à jour du calendrier vaccinal.

Témoignage

Monia, maman de Soraya, née le 29 mars à Neuchâtel: «J’étais terrorisée à l’idée d’accoucher à l’hôpital»

«La vie n’attend pas la fin de l’épidémie… Je n’avais pas imaginé que la naissance de mon premier enfant se passerait ainsi. Alors que s’installait le confinement, est montée en moi la peur d’accoucher à l’hôpital dans une ambiance anxiogène, près des malades du Covid, et alors que je souffre d’une maladie auto-immune. J’aurais préféré mettre au monde ma fille dans une maison de naissance mais je n’ai pas eu le choix. Ayant dépassé le terme de ma grossesse, j’ai été hospitalisée d’urgence. C’est à ce moment-là – malchanceuse coïncidence – que mon mari a commencé à développer des symptômes: fièvre, perte de goût et d’odorat, toux. Testé positif au Covid-19, il n’a alors pas pu entrer dans la maternité pour être à mes côtés. Considérée moi aussi comme une patiente "suspecte", j’ai été placée dans une salle d’accouchement spéciale, soumise à des règles très strictes d’hygiène et de protection. Heureusement, malgré cela, les sages-femmes ont été formidables. Elles ont accepté de me filmer et d’appeler mon mari pendant l’accouchement pour qu’il ne soit pas privé de ce moment-là. Je leur en suis très reconnaissante.»

 

NB : Cet article a été rédigé en tenant compte des connaissances actuelles autour du Covid-19, qui sont potentiellement amenées à évoluer.

[1https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7171435/

___________

Paru dans Le Matin Dimanche le 11/10/2020.

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