Echographies «pour le plaisir» du futur bébé: pourquoi il faut savoir dire non

Dernière mise à jour 11/07/12 | Vidéo
Echographie
En France une institution officielle vient de mettre en garde contre la multiplication des échographies obstétricales réalisées à la demande des futurs parents. Ces examens ne devraient être pratiqués qu’à des fins médicales. La raison réclame de ne pas exposer inconsidérément aux ultrasons les yeux et les organes génitaux des fœtus. Une recommandation qui coïncide avec des images diffusées par la BBC de la formation in utero d’un visage d’un fœtus.

Comment peut-on résister? Vous attendez un enfant et à ce titre vous avez découvert avec votre gynécologue la pratique de l’échographie obstétricale. Une fois toutes les inquiétudes passées pourquoi ne pas bénéficier des prodiges accomplis par cette technique en dehors de toutes préoccupations médicales? Pourquoi ne pas céder aux sirènes qui vous proposent cette forme de photographie avant l’heure du nouveau-né? A quel titre ne pas enrichir l’album de famille de quelques clichés da la période anténatale?

Or, on sait depuis peu pourquoi il convient de résister à ces tentations modernes. Et la réponse vient de France. La surexposition des fœtus aux ultrasons durant des périodes pouvant aller jusqu’à 25 minutes, avait déjà été dénoncée dès fin 2011, par la Commission Nationale d’Echographie Obstétricale et Fœtale du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (Cngof). Présidée par le Pr Jacques Lansac, ces spécialistes dénonçaient notamment la dimension « commerciale » des offres faites aux futurs parents d’admirer sur écran leur bébé à naître; ce pour des sommes allant généralement de 60 à 140 euros. Ces offres échographiques commerciales à destination des femmes enceintes fleurissent sur Internet, certaines proposant des vidéos en trois ou quatre dimensions.

Or, il faut savoir que dans une échographie médicale, le faisceau ultrasonore est constamment déplacé et l’exposition aux ultrasons de chaque zone du fœtus est brève. Et ce n’est pas le cas dans une échographie commerciale où des parties localisées du fœtus, comme le crâne et les organes génitaux, sont exposées en continu. «Comme tout examen d’imagerie, l’échographie présente un rapport bénéfice-risque, rappelait le Pr Lansac. L’effet thermique et l’effet mécanique des ultrasons sont proportionnels au niveau d’exposition et  ont été démontrés sur les tissus humains. L’exposition doit donc être limitée au maximum dans le seul but de pour réaliser le meilleur diagnostic.» Le Cngof en appelait  alors au gouvernement français pour qu’il réserve l’usage des échographies au champ médical.

En janvier 2012, ce gouvernement saisissait de cette question la Haute Autorité de Santé (HAS) qui vient de rendre son rapport après analyse des données scientifiques et audition des représentants des principaux acteurs. Pour la HAS, il convient de renforcer le contrôle et la réglementation des échographes et de freiner les détournements auxquels leur utilisation peut donner lieu. Selon la Haute Autorité française de Santé, l’échographie fœtale ne devrait intervenir qu’à des fins diagnostiques, de dépistage ou de suivi? En clair elle devrait être exclusivement pratiquée par des médecins ou des sages-femmes, ce qui n’est pas le cas au regard de la loi française.

Les échographies commerciales sont généralement effectuées sur des durées allant de dix à trente minutes et ciblent particulièrement longuement des régions anatomiques localisées du fœtus au premier rang desquelles la face et les organes génitaux. La HAS a recensé pas moins de seize recommandations de sociétés savantes françaises, britanniques, européennes, canadiennes, américaines et internationales qui dans leur grande majorité s’opposent avec vigueur  à la pratique des échographies fœtales non médicales et ce pour rapport bénéfice/risque négatif.

Les auditions menées par la HAS ont fait apparaître d’autres types de risques; et tout particulièrement les effets psychoaffectifs délétères sur la mère et l’entourage liés à une découverte ou à la suspicion d’un problème sur le fœtus. Une situation particulière qui nécessite alors au plus vite l’accompagnement d’un professionnel de santé qualifié. Plus généralement la question soulevée est celle de savoir comment parvenir à faire comprendre aux futurs parents que la plaisir sera plus grand encore avec la découverte, de visu, du visage et du corps non pas du fœtus dans le liquide amniotique mais bien de leur nouveau-né sorti de l’utérus de sa mère.

Mais on sait que l’affaire n’est pas simple, comme en témoigne indirectement cette étonnante animation en trois dimensions montrant comment se forme le visage du fœtus dans le sein de la future mère. «C'est à la série télévisée britannique Inside the Human Body diffusée par la BBC que l'on doit ce document inédit: la reconstitution du visage du fœtus au moment même où il se forme, soit pendant le premier trimestre de la grossesse, nous apprenait il y a quelques jours le quotidien français Le Figaro.Cette vidéo de 30 secondes a été réalisée à partir de clichés d'échographies, réalisés de la 4e à la 10e semaine de grossesse, combinées à un méticuleux travail de reconstruction par ordinateur. On y voit se former en accéléré les différentes parties du visage, qui s'agrandissent pour ensuite fusionner entre elles selon un processus complexe.»

Plus précisément ces transformations semblent se dérouler autour d'un point-clé: la fossette située au-dessus de la lèvre supérieure (le philtrum). «Celle-ci persiste d'ailleurs une fois le visage formé, témoignant de cette élaboration délicate. Une perturbation qui surviendrait à l'une de ses étapes pourrait en effet entraîner des malformations comme le bec de lièvre, où la lèvre et le palais apparaissent fendus, ajoutait Le Figaro.  Les graphistes de la série ont été récompensés en mai dernier pour l'ensemble de leurs impressionnantes animations réalisées dans le cadre de cette émission, recevant le prix des meilleurs effets spéciaux décerné par la Visual Effects Society.»

Articles sur le meme sujet
PS51_test_prenatal_trisomie

Un test prénatal sans risques pour dépister la trisomie

La détection de la trisomie est une des étapes de la grossesse pouvant générer beaucoup d’inquiétude chez les futurs parents. En plus de l’issue du test, la méthode de dépistage a longtemps été crainte en raison des risques qu’elle comportait. Désormais, un test prénatal non invasif permet de détecter sans risques les trisomies les plus fréquentes.
Tubes d'analyses

Trisomies 13 et 18: grosses divergences sur la «qualité de vie»

S’intéresser aux personnes porteuses d’une anomalie chromosomique n’est jamais une chose très facile. Des chercheurs de Montréal l’ont fait. Ils ont cherché à évaluer de quelle manière les parents perçoivent ce qu’il en est de la «qualité de vie» de leur enfant trisomique. Puis, ils ont fait de même avec les médecins prenant en charge ces mêmes enfants. Les résultats donnent amplement matière à réflexion.
bébé_trois_adn_espoirs_contreverse

Le bébé conçu avec trois ADN soulève espoir et controverse

La conception d’un enfant à partir de trois ADN en 2016 au Mexique marque un tournant scientifique dans la procréation médicalement assistée. Et pose de nouvelles questions éthiques.
Videos sur le meme sujet

L'exposition à des polluants de l'air durant la grossesse altère le développement du fœtus

L'Université de Grenoble, en collaboration avec l'Inserm, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale en France, a publié une étude dans The Lancet Planetary Health sur les effets de la pollution de l'air sur les grossesses.

Une étape clé identifiée dans le développement de l'embryon

Des chercheurs français ont identifié une étape clé dans la formation de l'embryon, nommée "compaction".

Test prénatal, espérance de vie: la Trisomie 21 à l'heure du choix

Le dépistage prénatal de la trisomie 21 est une avancée technologique, mais il place aussi les parents devant une décision difficile.