«Les Experts» dans la vraie vie, mieux qu'à la télé

Dernière mise à jour 09/11/16 | Article
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Sur petit écran, le médecin légiste démasque l’assassin en un temps record, aidé d’une technologie clinquante. Dans la réalité, tout va moins vite, mais les prouesses se révèlent bien plus impressionnantes. Contre-enquête menée avec la professeure Silke Grabherr, directrice du Centre universitaire romand de médecine légale.

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(Stand Centre universitaire romand de médecine légale / Ecole des sciences criminelles Université de Lausanne / Académie de police de Savatan)

Chacun son rôle

Dans les séries télévisées, le médecin-légiste est partout à la fois: sur la scène de crime, dans la salle d’autopsie, derrière les éprouvettes du laboratoire, dans la rue derrière le méchant, à la porte de chez ses grands-parents. Mais s’il est vrai que le médecin légiste peut être appelé sur la scène de crime pour en noter chaque détail, dans la vraie vie, à chacun son rôle. Techniciens de laboratoire, spécialistes en imagerie médicale, généticiens ou encore experts en toxicologie s’affairent en fonction des cas pour compléter les résultats de l’autopsie. Chacun apportant autant d’éléments qui permettront au médecin légiste de rédiger le rapport destiné au procureur, lui-même personnage clé des investigations et pourtant grand absent des séries télévisées. Quant à l’enquête de police, elle est laissée… à la police.

Top chrono

Pour que l’étape «analyses au laboratoire » n’empiète pas trop sur la durée des épisodes, il faut agir vite. Alors les éprouvettes révèlent les résultats toxicologiques et génétiques en une poignée de secondes. Dans les faits, une demi-journée est le minimum pour les premiers résultats. Et ce n’est raisonnablement qu’au bout d’un à trois jours qu’un rapport préliminaire peut être rendu au procureur. Quant au temps nécessaire pour boucler complètement le dossier, il faut compter six mois en moyenne. «Le travail d’écriture qu’il requiert n’est pas montré à l’écran, mais il occupe tout notre temps quand nous ne sommes pas sur le terrain ni en salle d’autopsie, explique la Pre Silke Grabherr. En cas de procès de l’assassin présumé, le document va être passé au crible par les avocats de la défense. Dès lors, chaque mot compte.»

18:12… ou pas du tout

Même la toute dernière application installée sur les smartphones des médecins légistes ne saurait donner l’heure exacte d’un décès. Dans les conditions optimales, quand le décès ne remonte qu’à quelques heures, que le corps est bien préservé et que le médecin légiste a pu venir sur place pour faire un maximum de mesures et de constatations (température du corps, analyse de la rigidité cadavérique, évaluation de la lividité plus ou moins avancée de la peau, etc.), seule une estimation peut être faite, et ce dans une fourchette de deux heures minimum. Au-delà de quelques jours ou semaines, donner l’heure du décès est tout simplement impossible.

Belles coiffures mais grosses bêtises

Forcément, version Hollywood, quelle que soit l’heure à laquelle la police appelle le médecin légiste pour se rendre sur une scène de crime, il ou elle est impeccable. Mais le maquillage et les projecteurs ne font pas tout: l’expert en oublie parfois le bon sens. «A la télévision, on peut voir des dizaines de prélèvements réalisés sur un cadavre au début de l’épisode pour dresser son profil génétique, et seulement cinq minutes avant la fin voir l’expert se demander qui a trouvé le corps, s’amuse la Pre Silke Grabherr. En vrai, des protocoles précis et la collaboration étroite avec la police nous empêchent de passer à côté d’évidences ou de faire l’enquête dans le désordre. Se ruer sur des analyses extrêmement coûteuses n’est pas toujours utile, par contre savoir qui a retrouvé le corps, dans quelles circonstances, si la victime prenait des médicaments, qui avait le double des clés, tout cela fait partie des premiers indices incontournables.»

Des mouches… seulement en tout dernier recours

Certaines séries ont fait des mouches des alliées à toute épreuve. Pourtant, ces agents ailés sont bien peu utiles dans les conditions réelles. «Si nous nous aidons des insectes –de simples mouches généralement– c’est que nous sommes vraiment désespérés, que le décès remonte à plusieurs semaines, et que nous n’avons rien d’autre à quoi nous raccrocher, ce qui est rare, confie la Pre Silke Grabherr. Certes nous pouvons recueillir les œufs présents sur un cadavre, évaluer la durée de leur cycle de vie et ainsi estimer l’âge des mouches adultes présentes sur le corps. Mais les conclusions sont très limitées: les œufs récoltés peuvent être ceux de la troisième ou quatrième génération de mouches ayant investi le cadavre.»

Bio express

14 avril 1980 Silke Grabherr naît à Hohenems en Autriche.

2004 Obtient son doctorat de médecine à l’Université d’Innsbruck (Autriche).

2004 Arrive à l’Institut de médecine légale de Berne pour faire une thèse sur l’autopsie virtuelle.

2004-2012 Met au point (à l'Institut de médecine légale de Berne et ensuite au Centre universitaire romand de médecine légale, site de Lausanne) une nouvelle technique : l’angiographie post-mortem, aujourd’hui plébiscitée dans le monde entier. Le principe : remettre en route le système de circulation dans les veines et les artères après la mort pour visualiser les lésions internes.

2013 Nommée Private Docent à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne.

2014 Nommée responsable de l'Unité d'imagerie forensique nouvellement créée du Centre universitaire romand de médecine légale.

1er janvier 2016 Nommée professeure ordinaire de médecine légale à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne et à la Faculté de médecine de Genève et directrice du Centre universitaire romand de médecine légale.

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