Une polypill pour prévenir les maladies cardiovasculaires

Dernière mise à jour 11/02/13 | Article
Une polypill pour prévenir les maladies cardiovasculaires
Les événements cardiovasculaires (attaque cardiaque et cérébrale ou infarctus du myocarde et accident vasculaire cérébral) restent la première cause de mortalité en Suisse. La solution pourrait arriver des Etats-Unis où une polypill associant plusieurs composants actifs en un seul comprimé devrait être commercialisée avant 2013.

En Suisse, la prise de traitements de prévention est encore mal acceptée, alors même que ceux-ci pourraient apporter des améliorations à la prise en charge de maladies très répandues comme les maladies cardiovasculaires. La polypill est un bon exemple de ce genre de traitement préventif. L’idée n’est pas nouvelle: il s’agit d’administrer à une population âgée de plus de 55 ans un comprimé constitué de plusieurs composants actifs à faible dose. Le but: cumuler l’effet de chacun des éléments constitutifs de la pilule. Autre avantage: assurer un traitement combiné en une seule prise et faciliter ainsi le respect des prescriptions, ce que les spécialistes appellent «l’adhérence». Or, justement, en Suisse, l’adhérence des patients aux traitements de prévention est clairement insuffisante. Prendre plusieurs pilules par jour sur le long terme est difficile et la polypill pourrait théoriquement constituer une réponse partielle à ce problème.

Une approche qui vise toute la population

Aujourd’hui, les médecins privilégient une approche personnalisée. Chaque médicament est prescrit individuellement et à des doses différenciées. La polypill représente à l’inverse une approche impersonnelle visant la prévention à une large échelle, celle de la population dans son ensemble. Elle pourrait être considérée comme le premier échelon médicamenteux de la prévention cardiovasculaire. En cas de symptômes cardiovasculaires plus importants, elle pourrait alors laisser place à une approche individuelle comme on la connaît aujourd’hui.

Autre avantage: la polypill simplifierait le dépistage. Grâce au seul critère de l’âge, elle permettrait de traiter préventivement une grande partie de la population à risque cardiovasculaire faible ou moyen. Le suivi régulier des valeurs anormales chez les personnes sans symptômes ne serait dès lors plus nécessaire.

Les détracteurs de la polypill soulignent toutefois que les malades doivent avoir une perception du risque pour adhérer à un traitement préventif. La prise quasi automatique d’une pilule rend au contraire la démarche banale et pourrait ne pas être suivie. Inconvénient lié: le simple fait d’informer, de manière répétée, les malades d’un risque cardiovasculaire est déjà un outil qui favorise la diminution d’événements cardiovasculaires. En proposant une polypill à une population sans symptômes apparents, celle-ci risque de négliger les recommandations usuelles que sont la pratique du sport, l’alimentation saine et l’arrêt du tabac.

Complémentaire à une meilleure hygiène de vie

Pour s’imposer, la prise d’une pilule unique devrait être vue comme une «ceinture de sécurité» qui seule ne prévient pas les accidents mais en diminue l’ampleur. Elle ne doit pas cacher l’essentiel, c’est-à-dire que les personnes à risque adhèrent à une meilleure hygiène de vie. La polypill doit être considérée comme complémentaire aux mesures usuelles. Autre condition d’un possible succès: la composition de la polypill devrait être variable et différenciée. Plusieurs versions devraient être proposées: cardiovasculaire, anticancers ou neuroprotectrice. Dès lors, une remise en question constante et de nombreuses études seront nécessaires. Et dernière limitation de taille: il faudra tenir compte des effets secondaires, car, même s’ils sont souvent bénins et réversibles avec l’arrêt du traitement, ils pourraient être nombreux avec un tel médicament.

Mais en dépit de ces limitations et de ces recommandations, une polypill de composition différente selon le degré d’intervention pourrait être un instrument complémentaire et prometteur dans la lutte contre le grand nombre de problèmes cardiovasculaires.

Référence

Adapté de «Sommes-nous prêts à prescrire une polypill à nos patients?» J. Castioni, V. Mooser et G. Waeber, in Revue médicale suisse, octobre 2012,2046 -51, en collaboration avec les auteurs.

A LIRE AUSSI

Hypertension
Quand les reins fonctionnent mal

Quand les reins fonctionnent mal

L’insuffisance rénale chronique est une maladie grave, trop souvent ignorée des patients eux-mêmes car,...
Lire la suite
Cholestérol
Anti-cholestérol «naturels», levure de riz rouge: pas si anodins

Anti-cholestérol «naturels», levure de riz rouge: pas si anodins

Depuis plus de vingt-cinq ans les statines ont été prescrites aux patients présentant un taux de cholestérol...
Lire la suite
Chirurgie cardiaque

Fistule artérioveineuse (dialyse)

La création d'une fistule est le type d'accès vasculaire préféré pour effectuer les dialyses dans le...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Les bêtabloquants sont-ils vraiment bons pour le cœur?

Les bêtabloquants sont-ils vraiment bons pour le cœur?

Selon une très large étude, ces médicaments ne seraient pas efficaces. Révolution en vue?
Vitamines, antioxydants, oligoéléments et polypill pour tout le monde?

Vitamines, antioxydants, oligoéléments et polypill pour tout le monde?

Est-ce que les vitamines et les oligoéléments peuvent nous aider à vivre plus longtemps? Les preuves scientifiques sont minces pour l'instant comme l'analyse le professeur Gérard Waeber.
Les statines sont utiles pour réduire les récidives d’AVC

Les statines sont utiles pour réduire les récidives d’AVC

Initialement élaborées pour permettre de contrôler un taux de cholestérol sanguin trop élevé, les statines ont aussi montré qu’elles diminuent le nombre d’accidents cardiovasculaires, et surtout les récidives. Une aubaine quand on sait que, dans le monde, près d’un décès sur quatre est dû aux maladies coronariennes et aux accidents vasculaires cérébraux.
Videos sur le meme sujet

Température corporelle: un fragile équilibre

La température dans laquelle nous évoluons est rarement tout à fait à notre goût. Tant qu'il s'agit de confort, on peut faire avec. Mais si les températures deviennent extrêmes, cela peut avoir des conséquences graves. L'antidote se penche sur la question.

Premiers secours: tous utiles

En Suisse, les secours professionnels sont efficaces. Malgré des interventions rapide, il reste toujours un laps de temps durant lequel tout un chacun peut agir, et jouer un rôle important pour la victime d'une maladie ou d'un accident.

Hypertension: le mal du siècle

Trop de tension? "Et alors?" diront certains. Pourtant c'est la première maladie à travers le monde. Ou en est la situation, et pourquoi en sommes-nous là?